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Constructeurs

Autopartage : le grand désengagement des constructeurs automobiles

Publié le 19 août 2026

Par Catherine Leroy
6 min de lecture
La vente de Free2move par Stellantis à Mutares confirme le désengagement des constructeurs automobiles de l’autopartage. Après BMW et Mercedes avec Share Now, puis Renault avec Zity, les industriels renoncent à exploiter directement des flottes urbaines, trop coûteuses et rarement assez rentables au regard des capitaux engagés.
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Après Free2move, Zity et Share Now, les constructeurs abandonnent l’autopartage, un modèle trop coûteux et insuffisamment rentable. ©stock.adobe.com-Tada Images

La cession de Free2move par Stellantis à Mutares en plein cœur de l’été 2026 marque une nouvelle étape dans le désengagement des constructeurs automobiles des services de mobilité partagée. Après BMW et Mercedes avec Share Now, puis Renault avec Mobilize et Zity, le constructeur franco-italo-américain renonce à son tour à exploiter directement des flottes urbaines. Un constat s’impose : malgré les promesses de croissance, l’autopartage peine à offrir aux industriels une rentabilité à la hauteur des capitaux engagés.

 

Cette récente décision s’inscrit dans le cadre du plan FaSTLAne 2030 présenté en mai 2026 par Antonio Filosa. Le constructeur a visiblement conclu que l’exploitation de flottes d’autopartage ne faisait pas partie des activités créatrices de valeur. Difficile en effet de conserver une filiale gourmande en capitaux quand les pertes du groupe en 2025 ont atteint 22,3 milliards d’euros, avec un résultat opérationnel ajusté négatif de 842 millions et un flux de trésorerie industriel négatif de 4,5 milliards. Free2move a donc également fait partie du grand reset annoncé par le nouveau dirigeant. Et un nouveau revers pour la stratégie mise en place par Carlos Tavares.

 

Des pertes masquées

 

"En nous concentrant davantage sur nos activités automobiles stratégiques, nous consolidons notre capacité à générer une performance durable sur le long terme", a expliqué Virgilio Cerutti, responsable du développement commercial et des partenariats de Stellantis dans un communiqué. Le profil du repreneur, le fonds allemand Mutares, éclaire toutefois la nature de l’opération. Ce dernier est spécialisé dans l’acquisition d’entreprises en transition présentant un potentiel d’amélioration opérationnelle. Il reprend donc un ensemble dont le modèle économique devra être optimisé.

 

La cession ne permet pas d’affirmer que Free2move perdait de l’argent. En mai 2025, l’entreprise disait avoir "atteint la rentabilité dès 2021" et "redressé ShareNow en dix-huit mois". Elle revendiquait également une croissance annuelle moyenne de 99 % de son chiffre d’affaires entre 2021 et 2024.

 

Mais cette rentabilité concernait l’ensemble de Free2move, un périmètre associant autopartage, location, abonnement, courtage, stationnement et services technologiques. Ni Free2move ni Stellantis n’ont publié le résultat de l’autopartage pris isolément. Renault n'a pas été plus transparent dans ses chiffres. La vente suggère donc a minima une absence totale de profits, voire une perte, compte tenu des capitaux mobilisés pour les véhicules et les équipes.

 

Stellantis pensait réussir là où BMW et Mercedes avaient reculé

 

Le retrait de Stellantis est d’autant plus symbolique que le groupe avait fortement renforcé Free2move en rachetant Share Now à BMW et Mercedes en 2022. L’opération lui avait apporté environ 3,5 millions de clients et 10 000 véhicules, dont près de 3 000 électriques, dans 16 grandes villes européennes.

 

Stellantis affichait alors des ambitions considérables : porter Free2move à 15 millions de clients et 2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2030. La mobilité devait devenir un relais de croissance et contribuer à transformer le constructeur en entreprise technologique vendant des usages autant que des automobiles.

 

Quatre ans plus tard, l’activité change une nouvelle fois de propriétaire. BMW et Mercedes l’avaient transmise à Stellantis ; Stellantis la confie désormais à un fonds spécialisé dans le redressement d’entreprises. Cette succession de ventes résume à elle seule les difficultés du modèle.

 

Le milliard d’euros de BMW et Mercedes n’a pas suffi

 

Les deux groupes allemands avaient pourtant été parmi les pionniers de l’autopartage. Mercedes avait développé Car2go et BMW Drive Now. En février 2019, ils avaient réuni leurs services de mobilité au sein de cinq coentreprises consacrées à l’autopartage, aux VTC, au stationnement, à la recharge et aux plateformes multimodales. Les deux constructeurs avaient annoncé plus d’un milliard d’euros d’investissements dans cet ensemble, qui revendiquait alors près de 60 millions de clients. Le rapprochement de Car2go et Drive Now avait donné naissance à Share Now, présenté comme le premier opérateur mondial d’autopartage en libre-service.

 

L’expansion a pourtant rapidement laissé place au repli. Dès 2020, Share Now s’est retiré d’Amérique du Nord ainsi que de plusieurs villes européennes, parmi lesquelles Londres, Bruxelles et Florence. L’entreprise avait alors expliqué vouloir concentrer ses ressources sur les marchés offrant les meilleures perspectives de rentabilité.

 

En 2022, BMW et Mercedes ont finalement vendu Share Now à Stellantis pour un montant resté confidentiel. Les deux constructeurs disaient vouloir privilégier FreeNow, leur plateforme de réservation de taxis et de services de mobilité, ainsi que Charge Now, dédiée à la recharge électrique.

 

Même cette stratégie plus légère n’a pas résisté au recentrage. En 2025, BMW et Mercedes ont vendu FreeNow à l’américain Lyft pour 175 millions d’euros. La plateforme affirmait pourtant avoir atteint la rentabilité au second semestre 2024. Les constructeurs ont justifié cette nouvelle cession par leur volonté de concentrer leurs moyens sur leur cœur de métier ainsi que sur l’électrification, la numérisation, l’intelligence artificielle et la décarbonation.

 

Renault ferme Zity et démantèle Mobilize

 

Chez Renault, le constat est encore plus explicite. Zity avait été lancé à Madrid en 2017 avec le groupe espagnol Ferrovial, avant d’être étendu à Paris puis à Milan. Le service reposait sur des flottes de voitures électriques disponibles en libre-service et sans station fixe. Zity a quitté Paris en janvier 2024, puis Milan, avant de fermer sa dernière implantation à Madrid en mai 2026. Renault n’a pas publié le montant des pertes accumulées, mais les retraits successifs ne laissent guère de doute sur l’absence d’une rentabilité satisfaisante.

 

La fermeture accompagne le démantèlement de Mobilize Beyond Automotive. Créée en 2021 sous l’impulsion de Luca de Meo, Mobilize avait été présentée comme la quatrième marque de Renault Group. Elle devait incarner le passage de la vente de véhicules à la fourniture de services de mobilité, d’énergie et de données.

 

En décembre 2025, Renault a annoncé que Mobilize Beyond Automotive cesserait d’exister comme entité autonome. Le groupe a décidé d’abandonner les activités présentant des perspectives de rentabilité limitées ou ne servant pas directement ses priorités stratégiques. Zity est concerné, tout comme les quadricycles électriques Duo et Bento.

 

Les solutions de recharge, d’énergie et de recharge bidirectionnelle sont, en revanche, réintégrées dans les opérations commerciales du constructeur. Leur mission n’est plus de constituer un métier indépendant, mais de venir soutenir les ventes de véhicules électriques.

 

Une équation économique presque impossible

 

Le retrait successif de Renault, Stellantis, BMW et Mercedes dans le secteur montre les difficultés des services d’autopartage qui cumulent les contraintes et handicaps. Il faut d’abord financer ou louer les véhicules avant de connaître leur taux réel d’utilisation. Viennent ensuite l’assurance, l’entretien, le nettoyage, la recharge, la réparation des dégradations, l’assistance aux clients et le repositionnement des voitures. Le stationnement constitue une autre charge décisive. Les règles, les autorisations et les tarifs changent d’une collectivité à l’autre. La rentabilité dépend alors de négociations locales.

 

Pour absorber ces coûts, chaque véhicule doit être loué suffisamment souvent et suffisamment longtemps. Mais la demande varie selon les quartiers, les heures, les jours et les saisons. L’opérateur doit maintenir un nombre élevé de voitures disponibles pour rendre le service attractif, alors qu’un véhicule en attente immobilise du capital sans produire de chiffre d’affaires.

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