Mondial de l’Auto 2026 : la PFA appelle au sursaut

"Une parenthèse enchantée dans un océan de désolation de la filière automobile" : la formule de Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA), donne le ton à l’ouverture du Mondial de l’Auto 2026. Le salon parisien retrouve ses exposants, les nouveautés se multiplient et les ventes électriques accélèrent. Pour sa 91e édition, le Mondial attend environ 500 000 visiteurs, un niveau comparable à celui de 2024. Plus de 60 marques sont annoncées, contre 48 il y a deux ans : le rendez-vous parisien confirme son retour dans les stratégies des constructeurs. Mais cette effervescence ne suffit pas à dissiper les inquiétudes sur l’avenir industriel du secteur.
Trois millions de voitures manquent au marché européen
Pour la filière automobile, le rendez-vous parisien doit dépasser la célébration des nouveautés. La présence des dirigeants de constructeurs, des responsables politiques et des candidats à l’élection présidentielle offre une occasion de remettre l’automobile au centre du débat économique. La PFA entend s’en saisir avec un livre blanc, intitulé "L’heure du sursaut".
Le diagnostic exposé par Luc Chatel porte d’abord sur les volumes. Le marché européen a perdu environ un quart de son volume depuis l’avant-Covid, soit trois millions de véhicules par an. Un déficit qu’il faut traduire en capacités industrielles. Cette perte équivaut à l'activité de dix usines automobiles. En France, la production se situe, d’après la PFA, autour de 1,4 million de véhicules, soit un million de moins qu’avant la crise sanitaire. La filière a déjà perdu quelque 50 000 emplois en cinq ans et ses projections font état d’un risque de suppression de 75 000 postes supplémentaires d’ici à 2035.
Pour la PFA, la priorité est de parvenir à un accord franco-allemand associant davantage de flexibilité sur les objectifs de CO₂ à des exigences de contenu local européen. Ces deux sujets sont au cœur des discussions sur l’avenir du cadre automobile européen.
CO₂ et contenu local : à la recherche d’un compromis
"Nous défendons le contenu local, mais nous défendons en parallèle la flexibilité CO₂. Donc c’est un équilibre", explique Luc Chatel. Sur le CO₂, la filière française cherche à garder une diversité technologique à l’horizon 2035. Elle réclame également un lissage des objectifs des voitures particulières sur la période 2028-2032, afin de limiter le risque d’amendes pendant la montée en puissance de l’électrique. "Au moment où il faudrait investir davantage dans la transformation et dans les nouvelles énergies, on vous pénalise", dénonce-t-il. La filière souhaite aussi un traitement particulier pour les petites voitures électriques de moins de 4,20 mètres, qui correspondraient à la nouvelle sous-catégorie de véhicules M1E, générant des supercrédits CO2 pour les constructeurs.
En parallèle, elle défend des exigences de contenu local pour préserver les fournisseurs et les savoir-faire européens. Les équipementiers privilégient un seuil de 75 %, alors que la Commission européenne propose 70 % dans sa copie pour l'Industrial Accelerator Act.
Le succès de l’électrique ne règle pas tout
Et même si les ventes de véhicules électriques bondissent depuis la fermeture du détroit d'Ormuz, avec des parts de 31,4 % en France et de 21,7 % en Europe depuis le début du mois de janvier 2026, le problème de compétitivité avec la concurrence des constructeurs chinois reste entier. La progression des immatriculations électriques doit, selon Luc Chatel, s’accompagner d’une consolidation de la production et des approvisionnements européens. "Oui, on investit dans l’électrique, mais on est en train de perdre notre souveraineté", défend-il.
D'autant que cette accélération de l'électrification des ventes s'explique également par un marché "dopé par les aides et en particulier par le leasing social". Une étude de la PFA évoque notamment que 30 % des consommateurs renonceraient à acheter un véhicule neuf, se tourneraient vers l’occasion ou reporteraient leur achat si le cadre de transition restait inchangé jusqu’en 2035.
Malus, aides et renouvellement du parc
Pour le marché français, la PFA rejoint la demande de Mobilians de geler les malus automobiles sur une période de trois ans. Le président de la Plateforme automobile soutient fermement une simplification des incitations à l'achat. "Je vous mets au défi de m'expliquer comment fonctionnent les dispositifs d'incitation à l'achat aujourd'hui. Je pense qu'il faudrait qu'on fasse faire des stages de plusieurs semaines aux vendeurs dans les concessions automobiles pour qu'ils expliquent à leurs clients comment ils vont bénéficier d'un bonus. Tout ça est absolument illisible", se désespère Luc Chatel qui demande un dispositif unique, universel.
Enfin, ce dernier défend également une prime à la conversion qui pourrait accompagner l’acquisition de véhicules électriques, mais aussi de modèles thermiques récents, afin de retirer de la circulation les voitures les plus anciennes.
Toutes ces questions seront en toile de fond du Mondial de l'Auto qui réunira dirigeants industriels et responsables publics autour de l’avenir du secteur. Emmanuel Macron inaugurera son dernier salon de l'automobile en tant que président de la République dès ce lundi 12 octobre 2026.
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