Automobile : l’Élysée défend une production européenne à 27

L'édition 2026 sonne comme le dernier Mondial de l'Auto pour le président Emmanuel Macron. Celui qui "adore la bagnole" quitte un secteur en plein doutes et questionnements sur son avenir. La filière industrielle attend toujours un signal venant de l'Allemagne sur l'issue des négociations concernant le paquet automobile. Pour favoriser la discussion, Emmanuel Macron a même missionné Florent Menegaux, PDG de Michelin, et Nicolas Peter, président du conseil de surveillance de BMW, pour jouer les négociateurs entre les deux nations.
Pas d’accord franco-allemand à ce stade
Pour l'instant, aucune fumée blanche n'est encore sortie de ce dialogue. Interrogé sur les informations de la presse allemande évoquant un compromis entre Paris et Berlin et notamment un assouplissement supplémentaire de l’objectif de réduction des émissions à l’horizon 2035 en contrepartie d’une préférence européenne stricte, l’Élysée affirme qu’aucune entente n’a été conclue. "Pour le moment, il n’y a pas d’accord" indique la présidence, qui souligne les différences entre les modèles industriels des deux pays : positionnement des véhicules, poids des exportations et implantation internationale des constructeurs.
L’Élysée récuse également l’idée que les échanges se concentreraient sur un nouveau déplacement de l’objectif de 2035. Différentes rumeurs avançaient par exemple un abaissement de l'objectif d'émissions de CO2 à 80 % à cette échéance (contre 90 % proposé par la Commission européenne) contre l'acceptation de l'Allemagne d'un Made in Europe strictement limité à l'Union européenne des 27. Mais cette information diffusée par le quotidien allemande Handersblatt a, depuis, été réfutée.
Une préférence européenne couvrant toute la chaîne de valeur
Sur le périmètre géographique, en revanche, Paris réaffirme une position explicite. La préférence européenne défendue par la France doit être limitée aux vingt-sept États membres de l’Union, et concerner autant les véhicules que les batteries, les pièces et les autres composants. Cette ligne s’inscrit notamment dans les discussions sur l’Industrial Accelerator Act (IAA). Sans détailler les seuils de contenu local ni les modalités envisagées, l’Élysée insiste sur la nécessité de conserver une part réelle de la valeur ajoutée en Europe.
La présidence entend surtout éviter que la localisation industrielle se résume à une opération finale d’assemblage. Elle rejette les "usines tournevis", dans lesquelles l’essentiel des composants et de la valeur proviendrait de l’extérieur de l’Union.
Les investissements chinois acceptés sous conditions
Cette exigence de production locale ne signifie pas pour autant une fermeture aux capitaux chinois. L’Élysée défend au contraire leur accueil lorsque les projets s’accompagnent d’emplois locaux, de transferts de technologie et d’une intégration dans l’écosystème industriel européen. La présidence cite le partenariat entre Renault et Envision à Douai comme illustration de cette approche. "Ce que nous voulons, c'est accueillir en Europe des gens qui produisent pour l'Europe", résume l'Élysée.
Paris assume qu’une implantation européenne puisse leur permettre d’éviter les droits applicables aux importations, dès lors qu’elle apporte effectivement de la valeur et de l’emploi sur le continent. Ce sera par exemple le cas pour Dongfeng qui doit être accueilli dans l'usine de Rennes (35) de Stellantis.
L’Élysée présente, en tout cas, la négociation comme une recherche d’alignement des règles européennes avec une priorité industrielle : "produire plus de véhicules électriques en Europe". Pour terminer son mandat sur une note industrielle plus réjouissante, la position du chef de l’État reste ferme. Électrifier le marché automobile ne suffira pas : encore faut-il que cette transformation bénéficie aux usines européennes et a minima françaises. C'est en tout cas la ligne que va défendre l’Élysée à l'occasion de la visite du président de la République au Mondial de l'Auto qui ouvre ses portes dès le lundi 12 octobre 2026 à la porte de Versailles à Paris.
Le véhicule autonome, autre bataille pour la valeur
La même logique doit guider les échanges sur le véhicule autonome. Au-delà des constructeurs, l’Élysée souhaite mettre l’accent sur les capteurs, les logiciels, les solutions cloud et la gestion des données. Il ne se prononce pas sur une éventuelle décision française concernant le système FSD de Tesla. Une table ronde présidentielle doit réunir tous les acteurs de la chaîne de valeur.
Le déplacement au salon sera précédé, dimanche soir, d’un dîner à l’Élysée réunissant une soixantaine de représentants de la filière, des constructeurs aux équipementiers, en passant par les fabricants de batteries et les acteurs des terres rares.
Sur le même sujet
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.
