Distribution automobile : une rentabilité aux abonnés absents

2025 confirme l’enlisement de la distribution automobile. Selon les remontées des réseaux et les données communiquées par les constructeurs, la rentabilité moyenne s’établit à l’équilibre, autour de 0,08 %, contre 0,46 % en 2024, une année déjà jugée difficile.
"2025 aura été la sixième année consécutive de crise, souligne Marc Bruschet, président de la branche des concessionnaires au sein de Mobilians. Avec un marché en recul de 5 % et un volume limité à 1,63 million d’immatriculations, nous atteignons des niveaux historiquement bas, proches de ceux du début des années 1970, alors que la France comptait 17 millions d’habitants de moins."
Une rentabilité en chute libre
Dans ce contexte dégradé, presque toutes les marques voient leur rentabilité reculer par rapport à 2024. Rares sont celles qui parviennent à tirer leur épingle du jeu. Toyota signe la meilleure performance du marché avec une rentabilité de 1,8 %.
Un niveau très correct dans l’absolu, mais en retrait par rapport aux 2,4 % enregistrés en 2023. Le constructeur japonais devance BMW-Mini, stable à 1,6 %. À elles deux, ces marques sont les seules à dépasser le seuil de 1 %, une situation inédite.
Du côté des constructeurs généralistes, la situation apparaît plus tendue. Renault limite la casse avec une légère progression à 0,7 % (+ 0,1 point), mais l’ensemble du marché est pénalisé par les performances des marques de Stellantis.
À l’exception de Peugeot, à peine à l’équilibre (0,1 %), toutes les autres enseignes du groupe basculent dans le rouge. Les pertes sont particulièrement marquées chez FCA (-1,7 %), Opel (-2,2 %) et DS Automobiles (-2,8 %), illustrant une dégradation généralisée de la rentabilité.
Occasion : un marché déséquilibré
Le marché de la voiture d’occasion ne permet pas de compenser ces difficultés. Si les volumes restent globalement stables, les distributeurs font face à une érosion des marges et à une inadéquation croissante entre l’offre et la demande.
Les réseaux se retrouvent notamment avec un surstock de véhicules électriques, tandis que la demande se concentre davantage sur des modèles diesel. Faute de disponibilité, une partie des transactions se reporte vers les particuliers.
Autre point de tension : les valeurs résiduelles, en particulier sur les modèles électriques. "Si certaines pratiques peu vertueuses ont disparu, les écarts restent trop importants et pénalisent le marché", observe Marc Bruschet.
L’activité après-vente, traditionnellement plus résiliente, montre également des signes d’essoufflement. Certains réseaux, notamment au sein de Stellantis, anticipent un recul lié à la baisse des volumes et, dans une moindre mesure, à des problématiques techniques ayant pu entamer la confiance des clients. "On commence à constater effectivement un certain tassement des entretiens", note Marc Bruschet.
2026 : une visibilité très limitée
Les perspectives pour 2026 restent incertaines. Au contexte géopolitique s’ajoute un environnement fiscal jugé pénalisant pour le marché français : malus au poids, évolution des avantages en nature pour les véhicules d’entreprise… autant de facteurs qui freinent la demande.
Dans ce contexte, la France apparaît en décalage avec ses voisins européens. "Si l’on compare les données de l’ACEA, le marché français accuse un retard de 6 à 7 points par rapport à la moyenne européenne. C’est l’un des pays qui décrochent le plus", souligne Marc Bruschet.
Malgré ces difficultés, la profession conserve une certaine capacité de résistance. Les réseaux restent globalement solides et continuent d’être soutenus par les banques, même si ces dernières se montrent désormais plus sélectives dans le financement des projets. "Nous observons néanmoins une prise de conscience des pouvoirs publics concernant la situation", tempère Marc Bruschet.
Des groupes de travail réunissant Mobilians, les acteurs de la location longue durée et les constructeurs ont été lancés afin d’évaluer l’impact de la fiscalité sur le marché. Les premières conclusions sont attendues d’ici juin. Il serait temps. D’ici là, le réseau fait le dos rond.
Dossier réalisé par Christophe Bourgeois, avec Gredy Raffin, Jean-Baptiste Kapela et Catherine Leroy.
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