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Constructeurs

Alain Favey : "Nous devons continuer à démontrer que Peugeot est une marque innovante"

Publié le 13 octobre 2026

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Par Robin Schmidt
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9 min de lecture
Au Mondial de l’Auto 2026, Peugeot a exposé deux visions de son avenir stylistique et technologique, à travers les concepts E-T16 et RCZ Vision. Pour Alain Favey, patron de la marque, l’enjeu est autant de préparer les prochaines générations de modèles que de réaffirmer la capacité d’innovation du constructeur, et ce, malgré les tensions industrielles et les récents problèmes de fiabilité.
Peugeot Alain Favey Mondial de l'Auto 2026
Alain Favey, directeur général de Peugeot, devant le concept RCZ Vision. ©Linkedin-Alain Favey

Peugeot veut regarder devant lui sans renier ce qui a fait son histoire. Pour illustrer cette orientation, la marque au lion n’a donc pas uniquement souhaité miser sur ses modèles de série lors de l’édition 2026 du Mondial de l’Auto. Si la nouvelle e208 GTi constitue l’une des principales attractions du stand Peugeot, les regards des visiteurs sont surtout attirés par deux nouveaux concept cars : E-T16 Concept et RCZ Vision.

 

Le premier préfigure quelques éléments de design de la future e-208, attendue au second semestre 2027. Tandis que le second explore des innovations technologiques et stylistiques que Peugeot pourrait concevoir, à terme, sur ses prochains modèles de série. Sans annoncer de futurs véhicules, ces deux concepts donnent toutefois des indications sur la direction prise par le constructeur.

 

 

"Avec ces deux concepts, nous donnons une indication plus concrète de ce que pourront être les sept nouveaux modèles que nous avons annoncés d’ici à 2030, notamment en matière de style et de technologies", précise Alain Favey, directeur général de la marque. Pour le dirigeant, cette double présentation intervient alors que Peugeot doit simultanément renouveler son image, convaincre les clients de la pertinence de ses innovations mais aussi composer avec des contraintes industrielles persistantes.

 

Deux concepts pour dessiner l’avenir de Peugeot

 

Développé avec Peugeot Sport, l’E-T16 Concept reprend l’esprit de la 205 Turbo 16, deux fois championne du monde de rallye, dans une interprétation moderne et électrique de 816 ch. Au-delà d’un simple exercice de style, il préfigure notamment la signature lumineuse avant et arrière ainsi que des éléments de tableau de bord qui doivent se retrouver dans la prochaine génération de l’e-208.

 

En revanche, le patron de Peugeot ne ferme pas non plus la porte à une production de l’E-T16 en série. Mais celle-ci n’est pas annoncée au programme. "Nous serions capables de la produire dans les années qui viennent", indique-t-il, en précisant, sur le ton de la plaisanterie, qu’il faudrait un client disposant de moyens financiers importants. Le développement mené par Peugeot Sport rend donc le projet techniquement envisageable, sans pour autant préjuger de sa viabilité commerciale.

 

 

De son côté, le RCZ Vision répond à une autre logique. Avec ses 500 ch, son architecture électrique de 1 000 V et son autonomie annoncée de 600 km, le concept est une réinterprétation moderne et 100 % électrique du coupé commercialisé entre 2009 et 2015. Mais il sert surtout de laboratoire pour des technologies qui ne sont pas encore prêtes à rejoindre la série. Peugeot y associe notamment une batterie à électrolyte solide, capable de se recharger de 10 à 80 % en moins de dix minutes, mais aussi des écrans transparents et des commandes électroniques de direction et de freinage.

 

"Nous avons également besoin de batteries qui se rechargent plus rapidement. Les batteries solides ne posent pas tant un problème technologique qu’un problème d’industrialisation. Le défi a été lancé à l’ingénierie de Stellantis. Si nous présentons ce concept, c’est que nous estimons la technologie envisageable", estime Alain Favey. Mais selon le dirigeant, cette technologie ne devrait pas arriver dans les deux prochaines années, évoquant plutôt "un horizon de moyen terme".

 

Convaincre avant de généraliser l’"hypersquare"

 

L’innovation la plus proche de la série est celle qui entraîne aussi le plus de questions. La future e-208, attendue en 2027, inaugurera le système de direction électronique steer-by-wire, associé au volant rectangulaire "hypersquare". Une technologie que Peugeot développe depuis plus de huit ans et qui doit modifier les sensations de conduite comme les manœuvres à basse vitesse.

 

Reste maintenant à faire accepter cette innovation aux clients de la marque. "Personne ne se lève le matin en se disant qu’il veut absolument un volant carré. Nous devons démontrer l’intérêt de cette solution, les sensations de conduite qu’elle procure et les gains d’agilité, notamment pour les manœuvres de stationnement", nous glisse Alain Favey.

 

 

Le réseau de distribution jouera ainsi un rôle central dans le travail d’explication et de communication à mener autour de cette technologie. "Les essais et les démonstrations auprès des clients, notamment via notre réseau, seront essentiels pour leur faire comprendre l’intérêt du steer-by-wire", souligne le patron de Peugeot. Qui ajoute : "Je suis convaincu que, dans vingt ans, tout le monde utilisera cette technologie. Le volant hypersquare, dans sa forme actuelle, restera en revanche une signature propre à Peugeot."

 

peugeot direction électronique

Le concept Polygon de Peugeot a livré un aperçu du volant rectangulaire voué à être commercialisé dès 2027. ©Peugeot

 

Alain Favey assure d’ailleurs que le constructeur a prévu "des systèmes de secours pour qu’un second dispositif prenne le relais en cas de défaillance du premier". Une référence implicite à la crise de fiabilité autour du moteur PureTech, qui a affecté la confiance d’une partie des clients de Peugeot au cours de ces dernières années. "Nous ne devons pas arrêter d’innover parce que nous avons rencontré des problèmes de moteur il y a cinq ans", affirme-t-il.

 

Avant de poursuivre : "Nous devons continuer à démontrer que Peugeot est une marque innovante. Nous savons que les problèmes rencontrés ont renforcé les attentes des clients en matière de qualité. Nous devons en tenir compte et prendre le temps nécessaire pour démontrer que nous sommes capables de proposer cette technologie au niveau de fiabilité attendu. Il y aura peut-être un a priori à dépasser", reconnaît le dirigeant. L’"hypersquare" doit ainsi contribuer à différencier la marque, même si cette innovation n’a pas vocation à faire baisser le prix des voitures.

 

"Peugeot n’a pas vocation à aller sur la E-car"

 

En l’absence de nouveauté majeure en 2026, si l’on excepte le restylage de la 408 et le lancement de l’e208 GTi, deux modèles aux volumes de ventes limités, Peugeot devra donc patienter jusqu’à la fin de l’année 2027 pour renouveler son offre sur un segment plus porteur, avec la présentation de la future e-208. Celle-ci inaugurera ainsi un cycle de sept nouveaux modèles que la marque prévoit de dévoiler d’ici à 2030.

 

 

Pour l’instant, le constructeur préfère capitaliser sur son portefeuille de produits et ajuster ses promotions, plutôt que de chercher à s’aligner systématiquement sur les prix de ses concurrents. "Le rôle de Peugeot au sein de Stellantis n’est pas nécessairement de proposer les voitures les moins chères. Citroën répond très bien à ce besoin, comme le montre le projet de la 2CV électrique à 15 000 euros. Nous nous adressons à une clientèle qui peut rechercher un niveau d’équipements et de prestations différent. Peugeot n’a donc pas vocation à aller sur la E-car", déclare Alain Favey.

 

Le dirigeant plaide également pour un soutien plus stable à l’électrification, appelant à éviter les dispositifs qui "changent du jour au lendemain". "Dans les conditions actuelles, les aides rendent les voitures électriques plus abordables et contribuent à leur adoption. Si les véhicules coûtaient 6 000 à 7 000 euros de plus en l’absence de ces dispositifs, la situation serait évidemment différente", souligne le patron de Peugeot.

 

 

Pour le dirigeant, l’enjeu est également de soutenir l’industrie européenne, et surtout française. "Dans les discours politiques, on entend beaucoup parler de réindustrialisation. Pour moi, le sujet numéro un est avant tout de faire en sorte que l’industrie existante soit pérenne. Il y a déjà des usines et des constructeurs qui produisent en France. Faisons ce qu’il faut pour les maintenir avant d’ouvrir la porte à des acteurs qui produisent des voitures à l’autre bout du monde", résume-t-il.

 

Les batteries ACC, toujours un point de blocage

 

Cette ambition industrielle se heurte toutefois à une difficulté très concrète. En octobre 2026, Stellantis va en effet interrompre de façon temporaire la production dans ses usines de Sochaux (25), de Rennes (35), de Mulhouse (68) et de Poissy (78). Dans l’usine de Sochaux, qui fabrique les Peugeot 3008 et 5008, l’activité sera suspendue du 23 au 30 octobre 2026.

 

 

D’après le groupe, ces arrêts temporaires sont liés aux difficultés rencontrées par l’usine de batteries d’ACC, dont la production de cellules peine à monter en cadence. Le site, situé à Billy-Berclau (62), ne permet donc pas actuellement de fournir des volumes suffisants pour les versions "long range" des véhicules électriques produits par Stellantis, dont les Peugeot e-3008 et e-5008 font partie.

 

Alain Favey reconnaît que le rythme de production reste difficile à anticiper et que l’approvisionnement constitue un "goulot d’étranglement". "Nous avons plusieurs milliers de clients qui ont acheté un e-3008 ou un e-5008 avec une batterie long range et qui attendent depuis plus d’un an. Nous avions annoncé des délais de douze mois, mais certains clients les ont dépassés", explique-t-il. Peugeot entend donc réserver les batteries disponibles aux commandes les plus anciennes, dans leur ordre d’arrivée.

 

 

Le constructeur a également tenté d’orienter certains clients vers les versions à autonomie standard, sans pouvoir convaincre ceux qui recherchent les plus de 700 km promis par la grande batterie. "Nous nous engageons à livrer avant la fin de l’année 2026 tous les clients ayant commandé il y a six mois ou plus. L’objectif est ensuite de commencer 2027 avec des délais de livraison plus courts, de l’ordre de trois à quatre mois plutôt que six", promet le dirigeant. Cette échéance dépendra néanmoins de la capacité d’ACC à fournir les volumes attendus, Peugeot ne souhaitant pas compenser les manques en produisant des milliers de voitures destinées à rester en stock.

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