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Constructeurs

Salon de Pékin 2026 : les ambitions européennes des constructeurs chinois

Publié le 26 avril 2026

Par Christophe Bourgeois
6 min de lecture
Si certains pensaient que l'arrivée des constructeurs chinois se calmerait en Europe, il n'en est rien. Au salon de Pékin, leurs dirigeants n'ont cessé de marteler leur volonté d'exporter de nouvelles marques vers le Vieux Contient. De quoi saturer le marché ?
Même si certains produits ne sont pas adaptés au marché européen comme le Zeekr 009, les constructeurs chinois veulent asseoir leur image avec ce type de véhicule. ©Journal de l'Automobile

Des SUV XXL de plus de 5,20 m de long, capables d’embarquer six passagers dans un confort princier, avec des écrans géants escamotables dans un plafond baigné de LED, des berlines sportives interminables aux performances dignes d’une Formule 1, des monospaces luxueux...

 

Au salon de Pékin 2026, les nouveautés dévoilées n’avaient sans doute jamais semblé aussi éloignées des attentes du marché européen. Et plus encore du marché français.

 

Derrière cette démesure assumée, les ambitions européennes des constructeurs chinois demeurent. Leur offensive sur le Vieux Continent semble ne connaître aucune limite. Et surtout, ces géants de l’automobile se disent prêts à s’adapter aux spécificités locales pour accélérer leur percée.

 

"Nous avons pour ambition de représenter 5 % de pénétration sur les plus grands marchés où nous allons être présents", a déclaré Victor Yang, vice-président de Geely, lors d’une conférence de presse la veille de l'évènement. "Nous livrons  aujourd'hui 1,5 million de voitures par an et notre stratégie est d’arriver à 6,5 millions d’ici la fin de la décennie".

 

En France, le groupe Geely, déjà présent avec Volvo depuis le début des années 2010 (la marque suédoise est inclue dans ses objectifs), et depuis plus récemment avec Polestar et Lynk&Co, s'apprête à y lancer deux autres marques : Geely Auto et Zeekr.

Xiaomi en embuscade ?

 

Xiaomi, qui déplace toujours autant les foules, ne cache pas non plus ses ambitions hors de Chine. Si aucune information n’a été communiquée sur une date d’entrée sur le marché européen, Lei Jun, à la tête du troisième fabricant de téléphone mobile, y verrait bien ses SU7 et YU7. Il a d’ailleurs ouvert un centre de recherche et développement à Munich en Allemagne l’année dernière, comme ces concurrents, BYD, Geely et Chery.

 

Xiaomi SU7 ©Journal de l'Automobile

 

De son côté, Chery a frappé fort. Depuis l’immense stand qu’il occupait au salon, le constructeur a profité de sa conférence de presse pour annoncer l’arrivée de deux nouvelles marques à l’international : Lepas et iCar. Une offensive qui vient s’ajouter au récent lancement en France de Omoda & Jaecoo, deux labels qui ont déjà trouvé leur public au Royaume-Uni avec 50 000 exemplaires écoulés en 2025.

 

Deux nouvelles marques pour Chery

 

Dans un premier temps, Lepas sera distribuée uniquement en Espagne, pays avec lequel le constructeur a d’importants liens, puisqu’il dispose d’une joint-venture avec Ebro Motors, une ancienne marque espagnole, et d’une usine à Barcelone. Mais rien ne dit que cette marque ne sera pas ensuite développée dans d'autres pays européens.

 

De son côté, iCar, qui présentait des SUV très typés "aventure", arrivera sur le marché européen très rapidement. Elle viendra compléter l’offre Omoda & Jaecoo, deux marques conçues spécialement pour l’export, et Chery, qui fera son entrée sur le marché d’ici la fin de l’année. La filiale française a d’ailleurs nommé un premier distributeur, le groupe Lempereur.

 

 

iCar est une nouvelle marque de Chery qui sera prochainement importée en Europe. ©Journal de l'Automobile

 

En parallèle, Chery ouvrira un centre de recherche et développement à Paris qui aura pour mission de se spécialiser sur les voitures du segment A et B, segments très peu prisés en Chine.

 

Enfin, n’oublions pas GAC, le constructeur de Canton, qui travaille actuellement à son arrivée en France pour la commercialisation d’une partie de sa gamme début 2027. Bien que présent de façon parcellaire en Europe, on parle aussi de l'arrivée en force de Nio, notamment avec ses citadines électriques Firefly ou de Changan, avec la marque Deepal... Cette liste est loin d'être exhaustive.

 

Un marché d'offre plus que de demande

 

Cette profusion de marques, de modèles, ne risque-t-elle de saturer le marché ? Si l’on prend en compte toutes les annonces ou probabilités, on arriverait d’ici deux à trois ans à près d’une centaine de marques disponibles sur le marché français, en intégrant des marques de niche ou de luxe comme Morgan ou Ferrari !

 

En parallèle, aucun expert ne parie sur une reprise du marché automobile, à court terme. Du moins, en France. Ce qui signifie que le gâteau sera, au mieux, de 1,65 million de véhicules, avec un plus grand nombre d’acteurs. Dans ce cas, les constructeurs chinois ne sont-ils pas en train de recréer dans certains pays, voire en Europe, ce qui se passe sur leur propre marché ?

 

Des réseaux à monter

 

Et quid du réseau de distribution ? Celui-ci va-t-il suivre ? Les mètres carrés ne sont pas extensibles. "Pour exister sur le marché, il faut apporter de la valeur ajoutée, de la rentabilité au réseau et pas uniquement casser les prix", glisse Rémy Aybaly, directeur de Zeekr France.

 

Tous les constructeurs chinois interrogés veulent s’appuyer sur un réseau de distribution solide, sur des "local heroes" avec des ambitions qui laissent songeur face à leur ampleur. Ainsi BYD compte développer un réseau de 250 points de vente d’ici dix-huit mois et Omoda & Jaecoo, deux cent d’ici fin 2027. Geely Auto a des projets assez similaires tandis que GAC vise une centaine de point de représentation dans un premier temps, en 2027. Et cela, rien que pour les marques généralistes.

 

Une présence industrielle

 

Au-delà des effets d’annonce, les constructeurs chinois ont néanmoins conscience de la difficulté de pénétrer des marchés aux fiscalités éclatées et parfois très complexes, comme c’est le cas en France. Ils ont également conscience de leur manque de notoriété.

 

C’est pourquoi ils comptent s’appuyer sur leur technologie et leur savoir-faire comme argument marketing, comme le fait Denza ou Zeekr avec la commercialisation de gros SUV luxueux ou de super sportives électriques. "Ce sont des véhicules d'image qui permettent de positionner la marque", glisse Rémy Aybaly.

 

 

Enfin, ils savent que leur pérennité en Europe passera par une présence industrielle, bien que pour l'instant MG avec ses plus de 300 000 ventes en 2025 prouve le contraire.

 

Pour mémoire, Chery assemble déjà en Espagne, GAC et Xpeng en Autriche chez Magna Steyr, et BYD bientôt en Hongrie, tandis que des rumeurs persistantes parlent d'un intérêt de la part de Changan pour l'Espagne. Enfin, l'usine slovaque de Volvo, qui ouvrira en 2027, pourrait intégrer d'autres marques du groupe Geely.

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