Geely : la planète comme horizon

"Dans le monde, nous livrons aujourd’hui 1,5 million de voitures par an et notre stratégie est d’arriver à 6,5 millions d’ici la fin de la décennie. Nous avons pour ambition de représenter 5 % de pénétration sur les plus grands marchés où nous serons présents." Le ton est donné.
Lors d’une conférence de presse dans une immense salle de bal d’un hôtel de Pékin (Chine), à laquelle étaient conviés plusieurs centaines de journalistes du monde entier, Victor Yang, vice-président de Zhejiang Geely Holding Group, a martelé ce message clair et sans ambiguïté. Aujourd’hui dans le top 10 des acteurs mondiaux, le groupe, qui fête cette année ses 40 ans, veut passer à la vitesse supérieure.
Geely fait partie des success-stories à la chinoise. Son fondateur, Eric Li, a commencé comme photographe de rue, puis a monté une entreprise d’électroménager au milieu des années 80. En 1994, il fabrique son premier scooter et quatre ans plus tard, sa première voiture, la Haoqing. Avec un seul but : "produire des véhicules à des prix abordables pour tout le monde". À cette époque, la Chine roule à vélo.

Zeekr est l'une des marque du groupe Geely qui en compte une dizaine. ©Le Journal de l'Automobile
Intégration de Volvo Cars
La bascule s’est faite au début des années 2010. Contre toute attente, Ford cède Volvo à Geely. Ce n’était pas la première fois qu’un constructeur chinois reprenait une marque européenne, mais contrairement à SAIC avec Rover, Geely va laisser les Suédois aux commandes. Et apprendre. Vite. Très vite.
En 2013, il ouvre un centre de R&D en Europe, à Francfort. Dès lors, le groupe partage la conception de ses véhicules entre l’Allemagne, la Suède et la Chine, une organisation unique pour un constructeur chinois. En l’espace de 30 ans, les ventes sont passées de 167 000 unités à 4,1 millions.
Sur le premier trimestre 2026, le groupe s’est même offert le plaisir de battre sur le marché chinois BYD, l’autre géant de l’automobile.
En marge du salon de Pékin, Geely ouvre à la presse l’une de ses usines Zeekr, une des marques du groupe. Nous sommes à Ningbo, à deux heures de route de Hangzhou, ville du siège du constructeur. Inauguré en 2021, le site est flambant neuf. Et impressionnant.
L’accès aux différents ateliers de ce complexe, qui s’étale sur 130 ha, se fait par un sas au sol recouvert de marbre. Nous sommes plus dans un hall de centre commercial que dans celui d’un lieu de production.

Geely est à la tête de nombreuses marques séparées en deux entités : d’une part, Geely Auto qui intègre Geely, Zeekr, Lynk & Co et d’autre part, Geely Holding qui comprend Volvo, Polestar, Lotus (depuis 2017) et Proton (2019). ©JA
Usines flambant neuves
Il a la capacité de produire 300 000 véhicules par an, mais le constructeur reconnaît que les chaînes d’assemblage des Zeekr 9X et 009, ainsi que de son dérivé chez Volvo Chine, l’EM90, sans oublier le Polestar 4, tournent au ralenti, "par manque de demande de la part du marché chinois".
Il a, en effet, baissé de 20 % sur le premier trimestre. Le site fonctionne actuellement avec une seule rotation et assemble moins de 500 véhicules par jour. Il emploie 1 700 personnes dont la moitié est regroupée au sein de l’atelier d’assemblage final.
"Tout ce qui peut être robotisé l’est", indique le directeur lors d’une visite très rapide d’une petite partie de l’usine. Les robots sont entièrement pilotables à distance via des opérateurs installés dans des bureaux en open space qui ne jureraient pas dans une tour de la Défense.

La chambre climatique unique au monde de Geely. ©Le Journal de l'Automobile
Une chambre climatique unique
À quelques encablures du site, le groupe dispose d’un centre de recherche sur la sécurité. Ici aussi, tout est neuf. Inauguré en décembre 2025, il a nécessité un investissement de deux milliards de yuans (250 millions d’euros).
Dans un immense hangar dans lequel sont réalisés des crash-tests au-delà des normes chinoises et européennes, il abrite une chambre climatique unique au monde. Le constructeur est, en effet, capable de reproduire indoor des conditions climatiques extrêmes (neige, pluie, brouillard).
"Cet outil nous permet de raccourcir des phases de validation qui prennent des mois aux autres constructeurs", résume un porte-parole de Geely. Utilisé notamment pour le calibrage des Adas dans le cadre de la conduite autonome, "cet équipement est à la disposition des autres constructeurs, comme l’a été la ceinture de sécurité inventée par Volvo dans les années 1950", nous explique-t-on.
Il vient compléter un tunnel d’aérodynamisme qui a coûté 500 millions de yuans (62 millions d’euros). Ce dernier peut simuler également des tempêtes de neige à 120 km/h, des vents à plus de 200 km/h ou des conditions atmosphériques jusqu’à 5 200 m d’altitude.
Ces structures permettent ainsi au constructeur de réduire le temps et le coût de développement des véhicules, tout en les adaptant aux besoins des différents marchés de commercialisation.
Là où un constructeur européen met quatre à six ans pour développer un nouveau modèle, Geely se targue d’être en dessous des deux ans. "Cela permet de sortir le meilleur véhicule possible au bon moment", souligne-t-il.
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La galaxie Geely
Le constructeur Geely est à la tête de nombreuses marques séparées en deux entités : d’une part, Geely Auto qui intègre Geely, Zeekr, Lynk & Co et d’autre part, Geely Holding qui comprend Volvo, Polestar, Lotus (depuis 2017) et Proton (2019).
En 2025, le constructeur a commercialisé 4,1 millions de véhicules dont 3,02 millions sous l’entité Geely Auto. En parallèle, il dispose d’une coentreprise à parts égales avec Mercedes-Benz pour la marque Smart.
Sur le marché de l’utilitaire, il détient la marque Radar, spécialisée dans le pick-up électrique, ainsi que Farizon et LEVC, qui n’est autre que le constructeur des célèbres taxis londoniens.
Geely a également une entreprise commune avec le groupe Renault, appelée Horse Powertrain, qui a pour mission de développer des moteurs thermiques et hybrides. Horse compte environ 19 000 salariés répartis sur 17 sites de production et 5 centres de recherche. Renault et Geely sont aussi partenaires en Corée du Sud et au Brésil.
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