Groupe Mary : la transmission en mouvement

Trente ans après la création du groupe Mary, François Mary pourrait se contenter de regarder le chemin parcouru. En trois décennies, l'entreprise née autour d'une concession Peugeot est devenue l'un des principaux groupes de distribution automobile français. Présent en Normandie et dans les Hauts-de-France, le groupe a franchi en 2025 le cap de 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires, avec plus de 2 000 collaborateurs, une centaine d'établissements et quelque 250 métiers représentés au sein de ses différentes activités.
Pourtant, lorsqu'on évoque cet anniversaire avec François Mary et ses deux fils, Charles et Victor, la conversation se tourne rapidement vers l'avenir. Car derrière la réussite entrepreneuriale se joue aujourd'hui une autre étape : celle de la transmission. Une transmission déjà engagée, mais sans calendrier officiel ni mise en scène. "Je leur ai toujours dit que je partirais quand ils seraient prêts", résume François Mary.
À ses côtés, Charles et Victor Mary ne se comportent déjà plus comme des successeurs en attente. Ils participent quotidiennement à la conduite du groupe et aux décisions qui engagent son avenir. Victor pilote aujourd'hui les activités Renault, Dacia et Alpine, ainsi que le marketing et les sujets liés à la transformation numérique. Charles dirige les activités Citroën et DS et supervise la stratégie véhicules d'occasion.
Chaque semaine, les trois hommes se retrouvent pour arbitrer ensemble les sujets stratégiques, les investissements, les ressources humaines, les acquisitions et les projets de développement. Une gouvernance collégiale qui reflète la réalité du groupe aujourd'hui. "Le piège dans une reprise comme celle-ci est de fantasmer le moment où on sera le chef", explique Victor Mary. "Aujourd'hui, nous sommes tous les trois sur le même rythme." Pour Victor, comme pour Charles, la transmission n'est pas un rendez-vous futur mais une construction quotidienne.
Une génération qui arrive avec son propre parcours
Comme beaucoup de dirigeants de groupes familiaux, François Mary n'a jamais imaginé une arrivée automatique de ses enfants dans l'entreprise. Charles et Victor ont d'abord construit leur expérience ailleurs. L’un a évolué dans l'univers des logiciels professionnels. L'autre a travaillé au sein du groupe Publicis. Une étape que les deux frères considèrent aujourd'hui comme essentielle. "Nous avons fait autre chose avant. Cela nous a permis de nous construire et de savoir que nous étions capables de réussir ailleurs ainsi que d’intégrer le groupe avec d’autres expertises", explique Victor Mary.
Cette expérience extérieure leur a donné une légitimité particulière lorsqu'ils ont rejoint le groupe familial. Ils n'arrivent pas pour perpétuer un héritage ; ils arrivent avec l'ambition d'apporter leur propre contribution à une entreprise déjà solidement établie. Car le défi n'est plus celui qu'a connu leur père. François Mary a construit le groupe. Ses fils doivent désormais lui permettre de changer d'échelle.
La transformation du groupe ces dernières années est spectaculaire. "Entre 2018 et aujourd'hui, l'entreprise a quasiment triplé de taille", souligne François Mary. Croissance externe, nouvelles implantations, diversification des activités : le groupe a changé de dimension. La distribution automobile demeure son cœur d'activité, mais elle ne résume plus à elle seule son modèle économique.
La vente de véhicules neufs représente aujourd'hui 41 % du chiffre d'affaires. Les véhicules d'occasion comptent pour 23 %. L'entretien-réparation pèse 13 % tandis que la distribution de pièces de rechange représente à elle seule 19 % de l'activité avec MDPR, API, AMC et Mary Recyclage. Le reste provient d'activités complémentaires développées au fil des années : préparation et reconditionnement de véhicules, location, moto, cycles, centre VHU ou encore transport automobile.
Cette diversification n'est pas le fruit du hasard. "Nous sommes certes des distributeurs automobiles, mais avant tout des entrepreneurs", rappelle François Mary. Une formule qui résume parfaitement l'évolution du groupe. Au fil du temps, celui-ci a construit un véritable écosystème autour de la mobilité, afin de ne pas dépendre exclusivement du commerce automobile traditionnel.
Structurer pour continuer à grandir
Pour Victor Mary, l'enjeu principal n'est plus seulement de développer l'entreprise mais de la transformer et l’organiser. Digitalisation, systèmes d'information, pilotage des données, automatisation de certaines tâches, harmonisation des processus : la croissance impose une professionnalisation permanente.
"Chaque année, nous optimisons notre organisation", explique-t-il. Charles Mary partage ce constat, et insiste davantage sur la dimension humaine de cette transformation. "Nous devons continuer à structurer le groupe", explique-t-il. "Nous avons une nouvelle génération de talents qui arrive et nous devons les faire monter en compétences."
Le sujet est stratégique. Avec plus de 2 000 collaborateurs, le développement futur du groupe ne pourra pas reposer uniquement sur la famille fondatrice. La capacité à identifier, former et promouvoir les talents devient un enjeu majeur. Le groupe peut déjà s'appuyer sur une culture interne forte : 87 % de ses managers sont issus de la promotion interne. Pour les deux frères, c'est probablement là que se joue l'avenir du groupe. Construire les équipes de demain.
Dans un secteur automobile en pleine recomposition, les opportunités de développement sont nombreuses. Nouvelles marques, nouveaux constructeurs, notamment chinois, nouveaux territoires : les sollicitations ne manquent pas. Mais François Mary revendique une approche prudente : "Nous devons défendre nos marques." Le dirigeant met en garde contre une tentation qu'il juge dangereuse : multiplier les partenariats sans cohérence stratégique. "Attention à la dilution des marques et à la dilution des ressources. Nous ne sommes pas des opportunistes. Il faut faire attention à ne pas céder au chant des sirènes."
Cette philosophie se traduit par une règle simple que les trois dirigeants appliquent à leurs développements. "Nous nous sommes fixé un objectif : atteindre au moins 100 millions d'euros de chiffre d'affaires par marque", avance le président du groupe. Derrière ce seuil se cache une conviction forte : un distributeur ne peut être performant que s'il atteint une taille critique suffisante pour investir dans les hommes, les outils et les infrastructures. Cette discipline explique largement les choix de développement du groupe depuis plusieurs années.
Traverser les périodes difficiles
Au-delà de la stratégie commerciale, François Mary insiste également sur la solidité financière du groupe. Une préoccupation qui prend une résonance particulière dans une industrie régulièrement confrontée aux retournements de cycle. "Transmettre à ses enfants est une grande fierté", confie-t-il. Mais cette transmission n'aurait pas de sens sans une entreprise capable de traverser les périodes difficiles.
Le groupe a ainsi conservé la maîtrise de son immobilier, limité son recours à l'endettement et constitué des provisions destinées à absorber les risques liés aux engagements de reprise des véhicules : "Nous passerons les années difficiles", rassure François Mary.
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