Salon de Pékin 2026 : démonstration de force

Un seul mot vient à l’esprit lorsque l’on visite pour la première fois le Salon de Pékin : démesure. Le premier marché automobile du monde a offert à la planète un show à la grandeur de son industrie.
Les chiffres donnent leur tournis. Sur 380 000 m², soit cinq fois plus que le Mondial de Paris, plus de 1 400 véhicules sont exposés, dont 181 premières (chinoises ou mondiales) et 71 concept-cars. Plus d’une centaine de marques sont représentées et le double de conférences de presse ont eu lieu.
Mais derrière cette débauche de moyens, se cache une réalité économique beaucoup plus contrastée. Depuis quelques mois, le marché chinois, ultra concurrentiel, connait une forte contraction.
Selon la China Association of Automobile Manufacturers, les immatriculations ont reculé de 20 % pour atteindre 4,82 millions d’unités sur le dernier trimestre. Pire, les NEV, qui englobent les hybrides et les électriques, par opposition aux modèles thermiques, ont baissé de 23,8 %, soit un volume d’un peu plus de 2 millions d’unités.
Un marché tendu
Plusieurs facteurs expliquent cette contraction. Le gouvernement chinois a cessé de mettre la main à la poche pour aider les constructeurs. A titre d'exemple, la TVA n'est plus récupérable sur les voitures électriques. En outre, la Chine connait un ralentissement économique qui freine naturellement le marché.
C'est donc dans ce contexte que les constructeurs chinois montrent les muscles et rivalisent de puissance avec des véhicules tous plus grands, plus technologiques les uns que les autres.
Des tailles XXL
Car ce qui marque le plus est la taille des véhicules. A part chez quelques rares acteurs, comme MG et Firefly, marque du constructeur Nio, rares étaient les modèles des segments B ou C. A Pékin, le format minimum était la berline de segment D, silhouette encore extrêmement prisée en Chine.
Surtout, la grande tendance était sur le segment E, avec au choix des SUV ou des monospaces six places de plus de 5,20 m de long, rivalisant de technologies ou des berlines tout aussi longues qui semblent avoir comme seule inspiration stylistique la Porsche Panamera.
Chiffres porte-bonheur
Sans être exhaustifs, Zeekr et Geely, BYD, Arcfox (groupe BAIC), très populaire à Pékin, Aito (groupe Seres), Xpeng, IM (groupe SAIC) dévoilaient des véhicules grand format, appelés ici les "Big 8" ou "Big 9", eu égard à leur taille et à leur appellation qui consiste à accoler à une lettre le chiffre 8, porte-bonheur en Chine, ou le 9, qui suggère l’exclusivité ou le prestige.
Dans ce contexte, les constructeurs étrangers tentent d’exister… en copiant désormais ce que font les constructeurs chinois. C’est par exemple le cas de Volkswagen, qui, avec son partenaire FAW, a présenté le ID. Era 9X, un SUV du segment E. Le constructeur a d'ailleurs annoncé commercialiser 20 nouveaux modèles en 2026 et 50 d'ici 2030 !
Des Européens qui tentent de s'adapter
Cette offensive passera par Audi, qui affiche une politique marketing des plus originales. Longtemps numéro un des ventes sur le premium, la marque allemande est mal en point sur son premier marché, fortement concurrencé par les constructeurs chinois.
Audi a donc lancé une nouvelle marque qui s’appelle… Audi ! Subtilité marketing, on parle ici de la "Four-letters brand" par opposition à la "four-rings brand", qui commercialise une partie de la gamme européenne. Ici aussi, ce "nouvel Audi", qui affiche un design très chinois, propose un immense SUV et une berline.

Audi a créé une marque spécifique pour le marché chinois qui s'appelle... Audi. ©Journal de l'Automobile
Même Peugeot essaie de se maintenir à la page. La marque au lion a révélé, à côté de son partenaire Dongfeng, deux concepts : Concept 6, un break de chasse et Concept 8, un SUV du segment E.

Peugeot était présent à Pékin avec deux concept-cars, présentés comme le renouveau de la marque en Chine. ©Journal de l'Automobile
Autre stratégie : s’appuyer sur son histoire. C’est le cas de Mercedes-Benz et de BMW qui exposaient sur leur stand des modèles mythiques qui ont compté au fil des années. Une façon de répondre aux constructeurs chinois qui ont dans la plus grande majorité moins de deux décennies d’existence.
Une technologie omniprésente
Le salon de Pékin montre à quel point un écart gigantesque se creuse entre l’Europe et la Chine en matière d’automobile. Outre la taille des véhicules et le choix pléthorique, la technologie est partout. Lors des conférences de presse, les constructeurs ne jurent que par la puissance de calcul de leurs modèles.
Signe extérieur de cette débauche, des LED bleues qui apparaissent dans les projecteurs avant, arrière ou dans les rétroviseurs extérieurs. Cela signifie que le véhicule dispose de la conduite semi-autonome, voire autonome (niveau 3), désormais autorisée en Chine sous certaines conditions.
Les constructeurs comme GAC travaillent également sur les robot taxis. De son côté, la société chinoise Pony AI, qui opère déjà ses robots (conduite autonome niveau 4) dans les rues de Pékin, Shanghai, Guangzhou (Canton) et de Shenzen, exposait tout son savoir-faire.

Les robots-taxis étaient présents en masse. ©Journal de l'Automobile
Quant aux motorisations, les constructeurs ne s'interdissent rien. Thermique, hybride rechargeable ou non, électrique ou avec prolongateur d'autonomie, le choix est très large. D'ailleurs, ce salon n'était pas exclusivement celui des constructeurs. De nombreux acteurs de la batterie, comme CATL pour ne citer que celui-ci, étaient aussi fortement représentés.
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