Renaut, Stellantis et Volkswagen unissent leurs voix pour infléchir le "Made in Europe"

L'exercice est suffisamment inhabituel pour être souligné. Renault Group, Stellantis et Volkswagen Group, qui représentent ensemble plus de 60 % de la production automobile européenne, décident de parler d'une seule voix.
Dans une lettre adressée aux eurodéputés et aux États membres, les trois groupes soutiennent le principe d'une stratégie "Made in Europe" destinée à favoriser les véhicules produits sur le continent, tout en demandant une profonde révision du dispositif actuellement sur la table et toujours en cours de discussion.
Les constructeurs résument eux-mêmes leur inquiétude : il faut veiller à ce que le futur dispositif soit "réalisable de manière réaliste" pour les groupes les plus implantés industriellement en Europe afin que le Made in Europe ne devienne pas "une contrainte réglementaire imposée aux constructeurs automobiles européens mais un outil efficace pour stimuler la production européenne."
Cette prise de parole intervient alors que se déroulent actuellement les discussions avec les États membres et avec les acteurs de l’industrie automobile (constructeurs et équipementiers).
Produire en Europe avec l'Europe
L'objectif de l'Indsutrial Accelerator Act défendu par Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, est clair : favoriser les véhicules produits localement dans un contexte marqué par la montée en puissance des constructeurs chinois et la dépendance persistante de l'Europe à certaines technologies stratégiques, notamment les batteries.
Les trois constructeurs saluent la volonté de l’exécutif européen, mais Renault, Stellantis et Volkswagen mettent en garde contre des critères qu'ils jugent trop ambitieux.
Premier sujet de désaccord : le seuil de véhicules conformes nécessaire pour qu'un constructeur bénéficie des avantages liés au Made in Europe. Bruxelles envisage un seuil de 85 % des ventes de chaque constructeur. Les trois groupes proposent de le ramener à 70 %. Pour justifier cette demande, ils s'appuient sur le niveau actuel des importations automobiles en Europe.
"La part des importations sur le marché automobile de l'UE s'élève actuellement à environ 26 %. Nous devrions prendre ce chiffre comme référence", écrivent-ils dans leur courrier commun. "L'Europe ne se referme pas sur elle-même. L'Europe met simplement un terme à la tendance à l'externalisation croissante de la production industrielle vers des pays tiers."
Un argument qui traduit une ligne de crête délicate : soutenir la réindustrialisation européenne sans rompre avec des chaînes de valeur mondialisées dont les constructeurs restent largement dépendants.
Les batteries au cœur du débat
C'est toutefois sur les batteries que la lettre se révèle la plus intéressante. Les trois groupes soutiennent la volonté européenne de bâtir une filière de la batterie locale. Mais ils jugent irréaliste l'obligation envisagée de produire certaines cellules de batterie dans l'Union dès 2028. "Pour diverses raisons indépendantes de la volonté des constructeurs automobiles, la mise en place d'une chaîne d'approvisionnement en batteries au sein de l'UE prend plus de temps que prévu", reconnaissent-ils.
Un constat qui sonne comme un aveu des difficultés rencontrées par la stratégie européenne des batteries. Entre les retards industriels, les difficultés de financement et la concurrence chinoise, plusieurs projets de gigafactories peinent à tenir leurs calendriers initiaux. Renault a notamment mis en garde Verkor contre ses retards de fabrication au début de ce mois de juin 2026. Porsche vient de fermer les portes de sa filiale Cellforce spécialisée dans les batteries. Et ACC, filiale de Stellantis, Mercedes et Total Énergie, se démène toujours pour monter en cadence et réduire ses rebus.
Les constructeurs demandent donc de repousser cette exigence, après 2030 contre 2028. Renault, Stellantis et Volkswagen estiment qu'une obligation trop précoce pénaliserait les groupes qui ont choisi d'investir massivement dans des capacités industrielles européennes.
Une autre définition de la valeur européenne
Les trois groupes contestent également la méthode envisagée pour mesurer le contenu européen d'un véhicule. Selon eux, limiter le calcul à l'origine des composants reviendrait à ignorer une grande partie de la valeur créée sur le continent. "Un véhicule est bien plus que la simple somme de ses composants", clament-ils.
Les constructeurs demandent que soient également pris en compte l'assemblage, les activités d'ingénierie, la recherche et développement ainsi que l'emploi qualifié généré en Europe. Cette revendication n'est pas neutre. Elle avantage naturellement les groupes historiques européens, dont les centres de décision, les bureaux d'études et les activités de R&D restent largement implantés sur le continent.
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