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Avec Mon Garage Digital, l'enjeu majeur de la digitalisation est à la portée de tous

Publié le 18 janvier 2023

Par Jean-Baptiste Kapela
12 min de lecture
Après plus d'un an d’existence, Mon Garage Digital, initiative permettant aux garagistes de se mettre à niveau en matière de digitalisation, devrait passer la seconde en 2023. Philippe Bonne, fondateur et dirigeant de Midrange Group et Joan Gobit, directeur adjoint de Mobilians, en disent davantage au sujet de ce dispositif.
Mon garage digital
Philippe Bonne, fondateur et dirigeant de Midrange Group

Journal de l’Automobile. Pourriez-vous m’expliquer la genèse du projet Mon Garage Digital ? 

Joan Gobit. Depuis plusieurs années, Mobilians avance sur un plan de modernisation des garages, dont la digitalisation fait entièrement partie. Aujourd'hui, il s’agit d’un axe majeur de développement au service des clients aussi bien dans le domaine de la vente que de l’après-vente.  À partir de là, nous avons fait un certain nombre de propositions et de demandes au gouvernement. Il s'avère que, dans le cadre des démarches post-Covid, l’État a lancé des appels d'offres, via Bpifrance, sur la digitalisation des entreprises. Notre partenaire, Midrange Group, s'est positionnée et a remporté l'appel à projets. Le dispositif "Mon Garage Digital" est venu d’un développement fait par Midrange Group au service des garages automobiles.

Philippe Bonne. Au début de l'année 2021, Midrange Group a décidé de répondre à l’appel à projet lancé par Bpifrance. Notre motivation profonde se base sur notre expérience et notre expertise dans le monde de la distribution automobile et des nouvelles mobilités. Midrange Group accompagne ce secteur d'activité depuis 1993 et avait toute l'expérience nécessaire pour gagner le projet.

 

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JA. Pourquoi est-ce important pour les garagistes de se digitaliser ? 

PB. Aujourd'hui, les garages font face à une réalité : le parcours client se complexifie. La manière dont les clients se renseignent en amont évolue. Ils commencent systématiquement par une recherche sur internet, bien en amont. Le digital est un incontournable pour se faire connaître : capter le client potentiel au plus tôt dans son parcours, lui proposer des services en ligne et générer ainsi du trafic dans les garages.

Les habitudes du client ont fortement évolué avec l’usage des réseaux sociaux. Pour interagir avec lui, il faut communiquer là où il se trouve. Avec la communication digitale, le garagiste va promouvoir sa marque, ses produits et son offre différemment, et ainsi générer de nouvelles opportunités de contact, élargir ainsi sa clientèle et sa zone de chalandise. Peu à l'aise et souvent perdu avec ses nouveaux outils de communication, le professionnel a besoin d’être accompagné. Nous avons capitalisé sur les bonnes pratiques et modélisé une formation qui est utile au quotidien et qui a un impact immédiat sur ses affaires.

 

Avec la communication digitale, le garagiste va promouvoir sa marque, ses produits et son offre différemment, et ainsi générer de nouvelles opportunités de contact, élargir ainsi sa clientèle et sa zone de chalandise.

 

JA. Les inscriptions ont été lancées en octobre 2021, en plus d'un an, quel bilan en tirez-vous ? 

PB. Nous étions en phase de test jusqu'à maintenant. Nous avons balayé l'ensemble des métiers, puisque Mobilians en représente 19. Sur chacun d’eux, nous nous sommes positionnés pour prendre en compte les spécificités de chacun. Nous avons lancé le projet avec 1 000 premiers garagistes pilotes. Ils nous ont permis de créer un environnement modélisé et de l'enrichir de toutes les bonnes pratiques du métier.

Les professionnels expérimentent les nouveaux outils de communication digitale, se forment, échangent entre pairs avec un expert du digital. Ils téléchargent toutes les ressources pour une mise en place pratique. Il en reste encore 4 000 à toucher puisque nous sommes sur un portefeuille de 5 000 garagistes. Pour accélérer les démarches, depuis octobre, nous avons lancé le site internet : Mon Garage Digital.

"Mon Garage Digital s'adresse en priorité à des entreprises artisanales"

JA. Peut-on dire que 2023 sera une montée en puissance du dispositif ? 

JG. Nous l’espérons. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une conjoncture économique assez tendue, pour les raisons que nous connaissons. Mais pour autant, l’activité de l’après-vente fonctionne assez bien pour le moment. Chez les réparateurs notamment, mais aussi dans un certain nombre d'activités liées à ce domaine. Mon Garage Digital s'adresse en priorité à des entreprises artisanales, la population cible que nous souhaitons toucher et faire monter en compétences au travers de ce dispositif.

Nous avons beaucoup d'artisans et de très petites entreprises qui sont encore, malheureusement, le nez dans le guidon, et qui ont du mal à prendre assez de recul, pour se rendre compte de l’intérêt du digital dans leur activité professionnelle quotidienne. Pour eux, il s’agit d’un enjeu crucial, tant pour la survie de leur entreprise que pour son développement.  L’avantage du dispositif, c’est qu’ils peuvent prendre, à un instant T, l'ensemble des éléments que nous mettons à leur disposition, que ce soit de la pédagogie, des tutoriels ou encore des fiches-conseils. Puis, le mettre en œuvre dans le temps.

Ils ont un intérêt à s’inscrire rapidement, puisque le dispositif est timé. Il doit répondre à un certain délai de développements. Notre travail chez Mobilians, est d'inciter les professionnels, quel que soit leur secteur d’activité, d’entrer dans ce dispositif Mon Garage Digital pour prendre le maximum d'informations et mettre en œuvre, par la suite, l'ensemble des outils qui sont mis à leur disposition pour développer leur entreprise sur le plan du numérique.

 

JA. De quelle manière le partenariat avec Mobilians est important pour la mise en place du dispositif Mon Garage Digital ?

PB. Nous accompagnons les entreprises à briser un plafond de verre, celui de l'adoption du numérique. Sans l’accompagnement de Mobilians sur l'ensemble de ces métiers et en déclinant même régionalement les choses, nous serions obligés de faire du cas par cas pour rassembler des professionnels de l’après-vente.

Le programme est d'abord destiné aux TPE, de 0 à 10 collaborateurs, et ensuite aux PME de 10 à 250 salariés. Donc il y a nécessité d'être en proximité directe avec ces professionnels, de comprendre leur particularité puisqu'ils ne fonctionnent pas tous de la même manière, et l'impact du numérique n’est pas forcément le même pour tous. Grâce à Mobilians, nous avons pu aller sur le terrain, vers les régions et vers chacun des métiers. Puis modéliser l'accompagnement. Sans Mobilians, ce programme-là n'aurait pas pu rencontrer ce même écho.

Des retours favorables

JA. Avez-vous des retours des garagistes qui ont suivi la formation ? Est-ce que vous avez remarqué une réelle amélioration dans leur pratique ?

PB. Nous avons eu un très bon accueil et de bons échos lors de la présentation du dispositif Mon Garage Digital. Les entreprises entendent le message et sont conscientes des efforts à fournir. C’est pour cette raison que nous les accompagnons à transformer l'essai pour les amener à s'inscrire dans le dispositif, à suivre les formations.

 

JA. Comment sont composés les groupes de formation ?

PB. Ce sont de très petits groupes composés de six personnes, et ils ont le choix dans un calendrier défini par Midrange Group, et sur lequel ils peuvent s’inscrire facilement. Ils suivent un parcours selon leurs disponibilités. Dix heures d’accompagnement en trois sessions où les sujets abordés sont différents puis viennent une synthèse et la restitution des outils qui leur permettront d’opérer leur communication digitale. Avec une troisième session où certains peuvent démarrer en temps réel une action qui leur a été proposée.

 

JA. Quels sont les différents parcours proposés dans le cadre de Mon Garage Digital ?

PB. Le premier, c’est la "communication digitale", destiné majoritairement aux TPE : maîtriser son image sur internet et mettre en avant ses services et utiliser au mieux les outils. Les PME sont plus matures, avec des problématiques plus complexes autour de ces sujets-là.

Ainsi, le deuxième parcours les concerne. Appelé, "expériences collaboratives", il permet aux entreprises plus grandes, de bénéficier de d’outils pour la visioconférence ou le partage d’outils numérique, de réaliser des ventes en ligne …. Ce sont deux parcours parallèles, complètement différents. De plus, l’enrôlement de départ se fait en digital. L’objectif est que la personne, à la fin, puisse avoir une culture numérique et que tous ses freins potentiels soient brisés.

 

L’objectif est que la personne, à la fin, puisse avoir une culture numérique et que tous ses freins potentiels soient brisés.

 

JA. Il s’agit d’une formation entièrement financée par l’État. Pouvez-vous m’en dire plus sur ce budget alloué par le gouvernement ? 

PB. Mon Garage Digital a été Lauréat du concours de la BPI en juillet 2021. Nous proposons de réaliser 5 000 parcours de dix heures sur une durée de deux ans. Sans la participation de l’Etat, le projet n’aurait jamais vu le jour. Mobilians joue un vrai rôle de facilitateur dans ce domaine pour mettre en relation l’entreprise avec l’intérêt de ce dispositif.

 

JA. Quelles sont les difficultés que vous pouvez rencontrer avec Mon Garage Digital ? 

PB. La principale difficulté, c’est la durée de formation qui prend du temps aux professionnels malgré le découpage en trois sessions. Par ailleurs, les entreprises de moins de deux ans ne sont pas éligibles et nous avons beaucoup de demandes de customisation en fonction des réseaux pour répondre parfaitement aux parcours de l'enseigne.

Les canaux de recrutement : la communication par les réseaux sociaux et mails a ses limites puisque nous sommes sur un secteur éloigné du numérique et il s'avère parfois nécessaire de les accompagner jusqu’au bout de l’inscription. Sans compter le coût de l'opération de communication pour faire connaître le dispositif qui reste onéreux.

Deux ans, peut-être plus

JA. Ce dispositif s’étale jusqu’en 2023. Pourquoi une période de deux ans et pas davantage, lorsque l’on connaît la rapidité à laquelle évolue le secteur digital ? 

JG. Le dispositif repose sur des fonds publics. Il se trouve donc limité dans le temps. Donc Mobilians a un intérêt à inciter les entreprises du secteur à s’engager car il s’agit d’un enjeu majeur et d’un levier de développement. Par conséquent, si l’ensemble des fonds est utilisé à la fin du dispositif, nous aurons démontré tout l’intérêt pour ce sujet et ferons le nécessaire pour solliciter le cas échéant, des fonds supplémentaires d’accompagnement.

Si en revanche, les fonds ne sont pas utilisés en totalité dans les temps impartis, nous réclamerons une prolongation du dispositif Mon Garage Digital.

Deux ans, c’est relativement court, nous avons mis un an avant d’établir un parcours, faire un module de formation, les tester auprès des entreprises pour savoir si ça répondait véritablement aux besoins. De trouver des partenaires, d’intervenir dans les territoires… Vous arrivez très vite à un an de battement et il faut aller vite pour être efficace. 1 000 accompagnements sur 5 000, ça semble peu, et pourtant 99 % des entreprises entrées dans le dispositif ont un avis très favorable sur les suivis et la qualité de la formation dispensée.

C’est assurément efficace, et ceux qui l’ont mis en œuvre de manière immédiate après l’accompagnement ont eu des effets positifs. Certains ont même réalisé un parcours du référencement jusqu’à la livraison des véhicules sur le plan digital. Pour les très petites entreprises, il faut que nous prenions le temps pour qu'elles comprennent l'intérêt, qu'elles dégagent du temps pour s'engager dans cet accompagnement et qu'elles en appliquent les modèles.

 

Mobilians a un intérêt à inciter les entreprises du secteur à s’engager dans la digitalisation car il s’agit d’un enjeu majeur et d’un levier de développement.

 

PB. C’est un dispositif qui s’intègre dans un schéma de transformation du métier et qui ne se fait pas en un claquement de doigt. À l’ère du véhicule connecté, à l’électrification du parc roulant, le fait de se préoccuper de la communication numérique et de rentrer de cette manière dans le digital, ça va permettre, demain, d’être à l’aise sur des pratiques qui vont entrer dans l’après-vente. Ils n’auront plus le choix.

Les véhicules connectés demain, avec l’ensemble des calculateurs qui s’interrogent à distance. Si l’entreprise ne prend pas ce virage de la digitalisation demain, il y aura une partie du business qui va lui échapper.

 

JA. Mon Garage Digital est un rempart à l’uberisation des métiers de l’après-vente ?

PB. L’uberisation, c’est laisser l’opportunité à des nouveaux venus qui ont une maîtrise du digital, de s’insérer dans le marché. Il faut que les garagistes fassent le même métier, en intégrant pleinement toutes les technologies et le numérique associé. Il s’agit de la seule manière de combattre le risque d’uberisation du secteur. La digitalisation dans l'après-vente, ils la pratiquent déjà.

Tous les jours, ils font des mises à jour de calculateurs, ils se connectent sur le serveur cloud des constructeurs, ils interagissent sur des garanties, avec des clouds distants. L’idée c’est que ça devienne naturel et que le numérique améliore sa relation client et pour mieux opérer le métier de l’après-vente.

Il faut s’adapter à la transition, au parcours client, à l’évolution de l’ensemble des produits, ce sera le business de demain. Si les entreprises continuent à s’orienter vers de l’après-vente ou du commerce traditionnel, sans prendre en compte le virage digital, alors elles tomberont face à un mur.

 

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JA. Est-ce qu’il y a une différence entre la maîtrise des outils numériques dans les zones à forte densité et dans les zones rurales ?

JG. Nous avons une lecture assez exhaustive de l’ensemble de nos adhérents. Ce n’est pas parce qu’une entreprise se situe en milieu rural qu’elle n'a pas pris le virage du digital. Les entreprises lancées dans le dispositif Mon Garage Digital ont tout de suite vu l’intérêt de cet accompagnement. Car elles ont, pour la plupart d’entre-elles, une appétence pour le parcours digital depuis plusieurs années.

D’autres, d’une autre génération, ont un peu plus de mal. Mais il y a un effet positif, les enfants qui reprennent l’entreprise des parents ont tout de suite vu le virage et se lancent très aisément dans l’évolution digitale.

PB. Nous ne sommes pas dupes. Si nous avons une typologie d’entreprise qui entre plus simplement dans ce genre de dispositif, ce sont les entreprises qui ont une vraie philosophie du sens du service. Celles qui ont pris conscience qu’il fallait former les équipes de manière régulière, qui investissent dans des équipements et qui développent leur entreprise. Il y a des entreprises que nous n’avons pas besoin de convaincre. Même si elles n'ont pas démarré, leurs dirigeants savent que ça devient indispensable.

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