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Constructeurs

Plastique recyclé : la révolution qui attend l’automobile

Publié le 30 octobre 2026

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Par Jean-Baptiste Kapela
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12 min de lecture
Avec le nouveau règlement européen sur les véhicules hors d’usage, les constructeurs devront intégrer davantage de plastique recyclé dans leurs véhicules neufs. Un changement qui oblige toute la filière à repenser le recyclage dès la conception des pièces.
plastique recyclé
25 %, c'est le taux de plastique recyclé issu de "déchets postconsommation" qui devra être intégré dans une voiture neuve dans dix ans. ©AdobeStock-bokstaz

Chaque année, l’industrie automobile consomme plusieurs millions de tonnes de plastique. En moyenne, une voiture moderne se compose de 15 à 20 % de matière plastique par rapport à son poids total, soit entre 210 kg et 240 kg.

 

Le 18 juin 2026, les eurodéputés ont voté un texte qui va changer la manière de concevoir une voiture dans le futur. Le Parlement européen a adopté, à 437 voix pour, 112 voix contre et 20 abstentions, un nouveau règlement sur la gestion des véhicules hors d’usage (VHU) et, en particulier, sur leur recyclage.

 

Publié au Journal officiel de l’Union européenne le 24 juillet 2026, il fixe pour la première fois des objectifs contraignants concernant la part de plastique recyclé dans les véhicules neufs. Ces derniers devront intégrer au moins 15 % de plastique recyclé issu de "déchets postconsommation", six ans après l’entrée en vigueur du texte.

 

Un taux qui passera ensuite à 25 % au bout de dix ans. Cela correspond aux nouveaux types de véhicules homologués à partir du 1er septembre 2032 pour le premier palier, puis du 1er septembre 2036 pour le second. Une projection sur le long terme qui ne doit pas être sous-estimée par les constructeurs en première ligne, puis, par ricochet, par les équipementiers.

 

Mais un point retient en particulier l’attention. En effet, au moins 20 % de l’objectif de plastique recyclé devra provenir de véhicules hors d’usage. Autrement dit, une partie du plastique d’une voiture neuve devra pouvoir être issue des modèles arrivés en fin de vie.

 

 

La création d’une boucle circulaire entre le VHU et le véhicule qui sort d’usine semble simple sur le papier. Mais contrairement aux années 1970, où les voitures de petite taille étaient principalement composées d’acier et d’aluminium, le recyclage du plastique est un procédé complexe.

 

"Certains de mes collègues du domaine de la durabilité chez d’autres constructeurs européens regrettent les véhicules de cette époque. Aujourd’hui, les voitures ont pris de l’embonpoint, poussant les constructeurs à les alléger en appliquant davantage de plastique de différents types – notamment mélangé – plus difficile à recycler que le métal", soulève Sophie Schmidtlin, directrice de la technologie de The Future is Neutral, l’entité du groupe Renault dédiée à l’économie circulaire automobile.

 

Le polypropylène représente entre 30 et 40 % du plastique présent dans une voiture. ©AdobeStock-MaciejBledowski

 

Une réglementation bien accueillie

 

Pourtant, les nouvelles règles du jeu ont particulièrement bien été accueillies par les industriels de l’automobile. Il faut dire que ces derniers ont anticipé le sujet. La création de The Future is Neutral en octobre 2022 par le groupe Renault en est le symbole.

 

Stellantis a, de son côté, également anticipé le sujet avec la fondation de SUSTAINera en novembre 2023. Ces deux entités de constructeurs comptent notamment Gaia pour le premier et Galloo Plastics pour le second, deux entreprises spécialisées dans le recyclage de matériaux plastiques.

 

Les constructeurs associent à leur démarche les équipementiers, maillon essentiel de l’économie circulaire. À titre d’exemple, Forvia a créé en 2022 Materi’Act, dont l’objectif est de commercialiser des matériaux plastiques durables, recyclés et biosourcés, pour diminuer de 85 % les émissions de carbone par rapport au plastique vierge.

 

 

"Si la réglementation va permettre d’accélérer sur le sujet, nous avions quand même poussé en faveur d’objectifs plus ambitieux. Nous voulions directement intégrer, dès le début, 25 % de plastique recyclé, car nous savons techniquement le faire", explique Élise Moreau, présidente de Materi’Act.

 

Ce savoir-faire sur la réutilisation des matériaux plastiques reste pourtant plutôt faible. Selon des analyses réalisées par la Commission européenne en 2022 et 2023, les plastiques automobiles affichaient des taux de recyclage inférieurs à 10 % en raison de la complexité des pièces intérieures.

 

À ce jour, nous sommes capables de recycler tous les plastiquesÉlise Moreau, présidente de Materi’Act

 

D’après une étude de l’Ademe, les plastiques recyclés représentent moins de 10 % des matières utilisées dans les véhicules. Le volontarisme affiché par les constructeurs et les équipementiers ne se reflète pas encore dans les chiffres.

 

Pourtant, OPmobility se penche sur le sujet depuis longtemps. Au début des années 2010, l’équipementier a notamment fabriqué un pare-chocs en matière plastique recyclée pour un client. Un produit qui "n’a pas trouvé son public", selon David Meneses, directeur des ressources humaines et du développement durable de l’équipementier.

 

"Il était important qu’à l’époque, il y ait quelqu’un en bout de chaîne qui soit intéressé par l’achat d’un véhicule équipé de pare-chocs recyclés. Il n’y avait pas de réglementation spécifique et l’intérêt était de montrer sa capacité à être un acteur responsable. De plus, à cette période, le plastique recyclé coûtait plus cher que le plastique vierge", ajoute-t-il.

 

L’IniCycled P conçu par Materi’Act, produit de série pour le Renault Master. ©Materi'Act

 

Des plastiques plus recyclables que d’autres

 

"La réglementation a bien été formulée pour mettre en branle la filière. Mais 2032, ce n’est pas pour tout de suite et il faut que les constructeurs intègrent bien cet horizon et qu’ils ne s’y prennent pas à la dernière minute, car les filières doivent s’organiser et ça prend un certain temps", souligne Sophie Schmidtlin.

 

La prise de conscience de l’importance du recyclage a bien eu lieu puisqu’ils sont nombreux à exprimer des objectifs d’intégration de plastique. À commencer par Renault, qui, dans son plan FutuREady, a donné un objectif d’incorporation de 30 % de matières recyclées au global pour l’ensemble de sa gamme.

 

Notons que des concepts comme le Scenic Vision ou la Twingo E-Tech intègrent déjà jusqu’à 30 % et 50 % de matériaux recyclés et biosourcés. Toyota cible également une part de 30 % et Stellantis table, au niveau du groupe, sur 35 % de matières recyclées. Les groupes allemands, Volkswagen, Mercedes-Benz, BMW et Audi, misent quant à eux sur 40 % de matériaux circulaires entre 2030 et 2040.

 

Toutefois, une question subsiste : le plastique recyclé est-il récupéré sur des VHU ? En 2026, seule une moyenne de 3 % des plastiques présents dans les véhicules est recyclée à partir de véhicules en fin de vie.

 

Là encore, la réglementation devrait faire bouger les lignes. En revanche, plusieurs raisons expliquent cette sous-utilisation de plastique recyclé. "L’utilisation de plastique recyclé n’est pas compliquée, néanmoins, la filière démarre seulement et cela se ressent sur les volumes collectés", explique Sophie Schmidtlin.

 

 

En moyenne, 30 à 40 % des plastiques présents dans une voiture sont du polypropylène (PP). Le PP compose notamment les pare-chocs, les tableaux de bord, les garnitures de porte ou encore les passages de roue.

 

La deuxième matière plastique présente dans les véhicules est le polyuréthane, entre 15 et 20 % (mousses de siège, appuie-tête ou encore mousses acoustiques). Le PVC, l’ABS (une sorte de polymère) et les polyamides représentent chacun une part comprise entre 5 et 15 %.

 

Au total, plus de treize types de plastique différents composent une voiture, ce qui rend la tâche compliquée pour les recycleurs, qui regrettent une recyclabilité inégale. "Aujourd’hui, le recyclage concerne principalement le polypropylène", souligne la directrice de la technologie de The Future is Neutral.

 

L’approvisionnement, la prochaine étape

 

Naturellement, au vu de sa proportion, les équipementiers se concentrent sur le traitement du PP. Mais ils ne négligent pas les autres plastiques pour autant. "À ce jour, nous sommes capables de recycler tous les plastiques. Au démarrage, la complexité du recyclage tournait autour du savoir-faire. Il fallait apprendre à gérer et traiter différentes sources pour produire un plastique aux performances équivalentes à celles du plastique vierge. Désormais, l’enjeu tourne autour de la matière première : trouver les bonnes sources et cela tient d’une filière bien structurée pour avoir une circularité totale", soutient Élise Moreau.

 

C’est en ce sens que les équipementiers et constructeurs doivent nouer des partenariats, notamment dans l’accès aux matières premières, pour atteindre un effet d’échelle.

 

D’où l’importance pour les équipementiers de travailler avec Gaia ou encore Galloo Plastics. Pour exploiter les volumes nécessaires, les entreprises sont parfois obligées de se tourner vers la "poubelle jaune".

 

 

Mais là encore, un tri doit s’opérer pour répondre aux exigences spécifiques à l’automobile. "Nous poussons pour une réglementation qui déclenche les investissements dont la filière a besoin", soutient la présidente de Materi’Act (Forvia).

 

Dans un secteur hautement concurrentiel, les constructeurs respectent la réglementation à condition qu’elle ne s’applique pas au détriment de la compétitivité sur leur propre marché.

 

En concurrence avec le plastique vierge

 

L’autre défi revient donc à proposer un produit à un prix qui ne soit pas rédhibitoire pour les constructeurs. Les spécialistes du recyclage plastique se retrouvent ainsi en compétition avec les producteurs de plastique vierge.

 

À ce jeu, le tarif du baril de pétrole joue donc le rôle d’arbitre. "Ces trois dernières années, le prix du baril s’est retrouvé à des niveaux particulièrement bas, favorisant le plastique vierge. Sur ces périodes, il est difficile pour nous d’être compétitifs avec nos produits recyclés. Mais ces derniers temps, la tendance s’est inversée", affirme Sophie Schmidtlin.

 

Des fluctuations importantes sur le prix du pétrole ont généré une source de stress pour les industriels. Selon la directrice de la technologie de The Future is Neutral, ces problématiques poussent les industriels à maîtriser leurs approvisionnements et à se décorréler du tarif du baril.

 

Car si les prix du plastique vierge s’apparentent aux montagnes russes sur les quinze dernières années, le prix du recyclé a tendance à être stable.

 

L’utilisation de plastique recyclé n’est pas compliquée, néanmoins, la filière démarre seulement et cela se ressent sur les volumes collectésSophie Schmidtlin, directrice de la technologie de The Future is Neutral

 

"Le plastique recyclé est moins cher que le plastique vierge, en revanche, la manière de le formuler pour arriver au même degré de performance reste coûteuse, car nous ajoutons de la valeur", souligne Élise Moreau.

 

La réglementation pourrait donc également avoir un effet sur les coûts. La demande de plastique recyclé par les constructeurs devrait croître avec un changement d’échelle en matière d’industrialisation, permettant ainsi d’améliorer les coûts.

 

Un recyclage qui doit être pensé en amont

 

Le texte européen ne se limite donc pas à imposer un taux de matières recyclées. La réglementation agit également en amont, dès la conception des véhicules. Les pièces et composants devront pouvoir être retirés plus facilement afin de favoriser leur réemploi, leur remanufacturage et surtout leur recyclage.

 

Pour les équipementiers, cette évolution doit leur permettre d’adapter leurs procédés industriels. Le choix des résines, des assemblages et des additifs devient stratégique et le dialogue avec le constructeur est incontournable.

 

À partir du 1er septembre 2032, les nouveaux types de véhicules devront ainsi être conçus pour être réutilisables ou recyclables à hauteur d’au moins 85 % de leur masse et réutilisables ou valorisables à hauteur d’au moins 95 %.

 

Les constructeurs devront notamment collecter davantage de données sur les matériaux utilisés et assurer leur traçabilité au sein de la chaîne d’approvisionnement.

 

"C’est le design qui pilote le cahier des charges, ce que nous appelons le «bill of materials». Les constructeurs analysent ligne à ligne les risques dans le cas d’un changement de matière et évaluent combien ça leur coûte. C’est donc un dialogue qui s’engage autour de cette nouvelle réglementation, qui se présente pour nous comme une opportunité", souligne David Meneses.

 

 

Comme d’autres équipementiers, OPmobility travaille avec ses constructeurs partenaires pour élaborer des produits qui limitent le nombre de matières premières dans un produit. À titre d’exemple, pour un hayon classique composé de matières différentes, la recyclabilité n’est que de 15 %. OPmobility a développé un hayon concept baptisé "Green Gate", limitant le nombre de matériaux et permettant d’atteindre un taux de recyclabilité de 99 %.

 

Pour faciliter les process, The Future is Neutral travaille avec les constructeurs afin de développer des catalogues de matières intégrant du plastique recyclé. "Nous développons des portefeuilles de matières avec un pourcentage de recyclage. Les ingénieurs du développement d’une marque peuvent s’en servir pour concevoir les pièces et les mettre dans des modèles", indique Sophie Schmidtlin.

 

Avec ce règlement, le plastique n’est donc plus seulement un matériau à gérer lors de la fin de vie du véhicule. Il devient une matière première secondaire que l’industrie automobile devra progressivement réinjecter dans ses propres chaînes de production.

 

Pour les constructeurs européens, le défi sera désormais de transformer cette contrainte réglementaire en une filière industrielle suffisamment performante pour fournir, dans dix ans, un quart du plastique utilisé dans les nouveaux types de véhicules.

 

Une application qui pourrait d’ailleurs outrepasser les frontières du Vieux Continent pour atteindre les États-Unis ou l’Asie, les constructeurs adaptant leurs productions aux règles les plus contraignantes.

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