La "concurrence déloyale" chinoise fragilise les fournisseurs européens

La pression chinoise se renforce en Europe. Mais commençons par la "bonne nouvelle". Dans une nouvelle étude, le Clepa, l’association européenne des fournisseurs automobiles, mesure la santé du secteur au premier semestre 2026.
Celle-ci annonce la suppression de 18 900 emplois sur la période. S’il s’agit de la troisième année consécutive de restructuration, l’étude précise que ce chiffre est en baisse de 35 % par rapport au second semestre 2025, qui comptait 29 250 suppressions.
Notons qu’en parallèle, les créations de postes sont en rebond de 40 % par rapport au second semestre 2025, avec 5 440 nouveaux emplois. Il s’agit du plus haut niveau enregistré depuis 2023.
L’étude précise que cette dynamique s’accompagne d’une bascule technologique majeure. En effet, 66 % des emplois créés au premier semestre 2026 sont liés à l’électrification des véhicules. Ainsi, les industriels réorientent leurs investissements vers la transition électrique, même si le solde net de l’emploi reste largement négatif.
"Les pertes d'emplois sont le symptôme visible d'un problème plus profond : la concurrence déloyale. Nous entrons dans une troisième année de restructurations majeures, souligne le secrétaire général du Clepa, Benjamin Krieger. Moins d'emplois sont supprimés, mais la tendance négative globale se poursuit. Pendant ce temps, la Chine capture une part constamment croissante de la base industrielle européenne, tout en fermant la porte à nos exportations."

©Clepa
Une chaîne de valeur en proie à la menace chinoise
Le Clepa note en effet que le véritable nœud de la crise actuelle de l’automobile réside principalement dans le basculement des flux commerciaux. Au premier semestre 2026, les importations européennes de composants automobiles en provenance de Chine ont atteint cinq milliards d'euros, enregistrant une hausse de 23 % sur un an.
Une transformation d’autant plus spectaculaire que ces importations ne s’élevaient qu’à environ 1,8 milliard d’euros au premier semestre 2020, soit un niveau comparable à celui des composants britanniques ou japonais. Les fournisseurs traditionnels ont ainsi cédé une part conséquente de la chaîne de valeur automobile européenne au profit des acteurs chinois.

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À l’inverse, si les importations chinoises ne font que s'accroître, les exportations européennes ont tendance à s’affaisser. Les ventes de composants automobiles européens vers la Chine ont été presque divisées par deux en deux ans, chutant de 5,4 milliards d'euros au premier semestre 2024 à 3,2 milliards d'euros au cours des six premiers mois de 2026.
En conséquence, l'excédent commercial automobile global de l’Union européenne est passé de 16,2 milliards d’euros au second semestre 2023 à 8,6 milliards d’euros au premier semestre 2026.
Le solde commercial bilatéral des composants automobiles avec la Chine est, quant à lui, passé d'un excédent de 1,9 milliard d'euros au premier semestre 2024 à un déficit de 1,8 milliard d'euros au premier semestre 2026.

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La solution du "Made in Europe" à nouveau sur la table
Pour Benjamin Krieger, la crise dépasse le simple passage à vide conjoncturel. Il qualifie la situation actuelle de "concurrence déloyale". "Ces chiffres traduisent une réalité qui dépasse un simple ralentissement économique temporaire. L'Europe restructure son industrie automobile au moment même où sa position dans la chaîne de valeur mondiale se fragilise", explique-t-il.
L’association en appelle donc à un "sursaut politique d’urgence". Pour cela, le Clepa soutient le Made in Europe, avec la mise en œuvre d’une stratégie industrielle ciblée et de mesures d’incitation favorisant la production locale, afin d’éviter un déclin de la base industrielle régionale.
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