S'abonner
Services

La précarité mobilité s’accentue en France

Publié le 18 septembre 2026

Par Jean-Baptiste Kapela
6 min de lecture
Alors que l'automobile reste incontournable pour les déplacements quotidiens, la quatrième édition du Baromètre des mobilités du quotidien révèle une aggravation inquiétante de la précarité de la mobilité en France. Elle touche désormais 31 % des Français, soit environ 17 millions de personnes.
précarité automobile
En milieu rural, la dépendance est telle que 79 % des interrogés estiment n’avoir aucune alternative de transport en cas de panne de leur véhicule ©AdobeStock-Richard Villalon

L'édition 2026 du Baromètre des mobilités du quotidien dresse un constat alarmant en ce qui concerne la mobilité en France. L’étude, pilotée par Ipsos BVA pour l'association Wimoov auprès de 13 400 personnes, montre une fracture sociale qui s’aggrave encore.

 

Désormais, 31 % de la population française se trouve en situation de précarité mobilité, soit environ 17 millions de personnes. Le baromètre enregistre une progression constante par rapport aux éditions précédentes, où le baromètre dénombrait 15 millions de Français dans cette situation. Au démarrage de l’étude, en 2022, Wimoov comptait 13,3 millions de personnes en précarité mobilité. Un taux qui s’élève à 44 % dans les territoires ruraux.

 

"Auparavant, la mobilité était une conséquence des précarités. Aujourd'hui, elle est une précarité qui alimente les autres. Il y a vraiment un effet amplificateur sur les autres précarités et, de fait, sur l'accès aux droits essentiels que sont l'emploi, la santé, l'alimentation ou le logement", affirme Sébastien Bailleul, porte-parole de Wimoov lors de la présentation de l'étude. 

 

La voiture, outil de mobilité principal, en particulier en zone rurale

 

En dépit du développement des mobilités douces et des transports collectifs, la voiture individuelle conserve une prépondérance. Elle reste naturellement le mode de transport principal pour 72 % des Français (et 90 % en usage régulier ou occasionnel).

 

Si l’électrification continue de croître, les motorisations thermiques sont encore majoritaires. Ainsi, 34 % des conducteurs sondés roulent principalement à l'essence et 32 % au diesel. Si les modèles hybrides atteignent 10 %, la voiture 100 % électrique stagne à seulement 5 % en tant que mode principal.

 

La voiture ressort toujours indispensable en zone rurale ou urbaine à faible densité. "79 % des personnes dans le rural, en cas de panne de leur véhicule, n'ont pas d'autre solution de transport", alerte le porte-parole de Wimoov. Au total, 47 % des Français déclarent ne pas pouvoir choisir leur mode de déplacement quotidien, un chiffre en légère progression.

 

Si seuls 19 % des habitants des grandes métropoles se disent privés de choix, la proportion explose à 76 % dans le périurbain peu dense et dans les zones rurales. En milieu rural, la dépendance est telle que 79 % des interrogés estiment n’avoir aucune alternative de transport en cas de panne de leur véhicule. Par ailleurs, 13 % des ruraux déclarent ne posséder aucun moyen personnel de déplacement.

 

Un budget automobile qui met en lumière les disparités sociales

 

Outre le manque d'alternatives à la voiture, la possession et l'entretien d’un véhicule pèsent lourdement dans le budget des ménages. Pour les automobilistes, la facture moyenne grimpe à 254 euros mensuels, tirée par le poste carburant, qui s’élève à 99 euros, et l'assurance, à hauteur de 61 euros. En moyenne, les Français consacrent 225 euros par mois à leurs déplacements du quotidien.

 

Là encore, la mobilité est révélatrice d’une fracture entre les premiers et les derniers déciles. Si la mobilité représente 10 % des ressources des ménages aisés (plus de 2 300 euros par mois), elle concentre 26 % du budget des ménages sous le seuil de pauvreté. Des foyers modestes particulièrement vulnérables aux prix de l'énergie. Une hausse de 30 centimes par litre (+15 %) forcerait 54 % des conducteurs de véhicules thermiques à réduire leurs déplacements.

 

"Quand on étudie les émissions carbone par ménage, j'ai l'habitude de décrire cela en disant : il y a l'orgie carbone du côté des riches et il y a la prison carbone du côté des premiers déciles de revenus. Et quand vous voulez lutter contre l'orgie carbone, eh bien vous augmentez la taxe carbone, et vous avez les gilets jaunes, parce que vous mettez des barreaux supplémentaires à la prison carbone", constate Jacques Berger, directeur général de l'Action Tank, lors d’une table ronde organisée par le Club mobilité.

 

Une précarité mobilité qui bloque l’emploi

 

Entre la dépendance et les frais engendrés par la voiture, les interrogés doivent faire des choix sur divers aspects de la vie quotidienne. Au cours des douze derniers mois, 22 % du panel déclarent être fréquemment privés de loisirs, 15 % ont réduit leurs dépenses alimentaires et 12 % sont allés jusqu’à renoncer à des soins de santé pour pouvoir continuer à financer leurs trajets.

 

Une situation de précarité qui touche en particulier les jeunes de 18 à 25 ans. "C'est un jeune sur trois qui réduit son alimentation pour pouvoir continuer à bouger", déplore Sébastien Bailleul. L'impact sur l'insertion professionnelle est immédiat puisque 10 % des Français (et 26 % des demandeurs d'emploi) ont déjà renoncé à un travail ou à postuler à une offre en raison de difficultés de transport, souligne l’étude. Sans moyen de déplacement ou sans permis, l'accès à l'emploi devient plus compliqué. Sans emploi, le financement d'un véhicule devient impossible.

 

Un manque de connaissance sur les aides publiques

 

Alors que les politiques publiques incitent fortement à la transition énergétique, les aides financières demeurent largement méconnues. Aujourd'hui, 72 % des Français ignorent l'existence des dispositifs d'aide à l'achat d'un véhicule propre ou d'un vélo (contre 67 % en 2024). Pourtant, 40 % des automobilistes éligibles mais non informés affirment qu'ils changeraient de véhicule s'ils connaissaient leurs droits.

 

Le profil des bénéficiaires actuels met en évidence l'inadaptation sociale des mécanismes actuels. Sébastien Bailleul le souligne sans détour : "Quand on regarde le profil des personnes qui touchent une aide pour électrifier, c'est généralement un homme de plus de 35 ans qui a plus de 2 300 euros par mois et qui vit en grande métropole. Donc là, on se dit qu'il y a quand même de la marge pour pouvoir aller aider toutes ces personnes en précarité mobilité".

 

Les propositions de Wimoov

 

Wimoov souhaite rendre effectif le droit à la mobilité pour tous, avec l’objectif de passer sous la barre des dix millions de personnes en situation de précarité mobilité d’ici 2030. Pour ce faire, l'association propose de développer le métier de conseiller mobilité sur tous les territoires. L’objectif étant "d’accompagner le changement de pratiques et donc d’optimiser l’usage des solutions alternatives à la voiture individuelle thermique existantes, et mieux informer le grand public sur les différentes aides et solutions existantes", précise l’association dans son étude.

 

Wimoov préconise également de sanctuariser et d'investir dans les dispositifs ayant démontré leur efficacité, afin de favoriser leur déploiement massif et leur réplicabilité. L'association souligne notamment le succès de l'accompagnement des demandeurs d'emploi vers la mobilité, un levier qui permet une baisse régulière des renoncements à l'emploi pour cause de difficultés de transport.

 

En parallèle, l'association défend l'idée de faire de la mobilité une compétence qui s'apprend et se réapprend à tous les âges de la vie. Pour concrétiser cette démarche tout au long du parcours des individus, Wimoov propose d'instaurer un continuum éducatif à la mobilité, lequel devrait être porté de manière interministérielle.

Vous devez activer le javacript et la gestion des cookies pour bénéficier de toutes les fonctionnalités.
Partager :

Sur le même sujet

Laisser un commentaire

cross-circle