Des véhicules hybrides rechargeables pas si vertueux ?

Les hybrides rechargeables sont-ils aussi vertueux qu’annoncé ? Une étude du Conseil international sur le transport propre (ICCT) met en évidence un écart important entre les émissions de CO2 affichées lors de l’homologation et celles observées en conditions réelles. Rappelons que cette ONG est à l'origine des révélations sur le Dieselgate, scandale ayant éclaboussé depuis 2015 des géants du secteur accusés d'avoir dissimulé le niveau réel de la pollution aux oxydes d'azote (NOx) à l'échappement de certains véhicules.
L’étude réalisée par l’ONG environnementale porte sur 920 000 véhicules hybrides rechargeables (PHEV) immatriculés entre 2021 et 2023. Elle met en évidence "un écart important et en forte augmentation entre les émissions de CO2 en conditions réelles et celles mesurées lors des tests d’homologation".
4,6 fois supérieur aux valeurs annoncées en 2023
Concrètement, les émissions moyennes de CO2 en conditions réelles étaient 3,5 fois supérieures aux valeurs homologuées en 2021. En 2023, cet écart atteignait 4,6 fois les valeurs officielles retenues par l'Union européenne. La principale raison avancée par l’ICCT est que les véhicules hybrides rechargeables sont "rechargés moins fréquemment et roulent moins souvent en mode électrique que ne le supposent les calculs retenus".
L'écart par véhicule par rapport à l'homologation est passé d'environ 260 % en 2021 à plus de 400 % en 2023 selon l’étude. En comparant avec les modèles thermiques classiques (qui incluent les hybrides simples), l'écart entre les valeurs annoncées à l'homologation et l'usage réel n'est que 1,2 fois supérieur (soit un écart d'environ 20 %).

Moyenne des émissions de CO2 en conditions réelles et selon l'homologation pour les véhicules hybrides rechargeables (à gauche) et évolution de l'autonomie homologuée en mode "charge épuisée" (CD) ainsi que du facteur d'utilisation (à droite). Source : ICCT
Les causes de cet écart
L'étude explique cet écart par une baisse de l'utilisation de la conduite électrique dans le quotidien des conducteurs. En effet, cette part passe de 26 % en 2021 à 17 % seulement en 2023. D'autre part, l'ICCT précise que les conducteurs rechargent moins fréquemment leurs véhicules, réduisant l'usage de leur batterie par rapport aux taux d'homologation.
Peter Mock, directeur de l’ICCT Europe, souligne également que l’augmentation de l’autonomie électrique des nouveaux modèles ne s’est pas traduite par une utilisation accrue du mode électrique dans les faits. "Cela peut sembler contre-intuitif, mais l’allongement de l’autonomie électrique des nouveaux modèles ne s’est pas traduit par une utilisation accrue du mode électrique dans les faits", explique-t-il.
Un impact sur les objectifs européens
La révision du mode de calcul prévue l’an prochain devrait cependant "probablement réduire l’attrait des hybrides rechargeables comme outil permettant aux constructeurs d’atteindre les objectifs européens d’émissions de CO2 pour les voitures neuves", prévient Peter Mock. Selon lui, elle devrait également entraîner "une nouvelle baisse de leur part de marché".
D’après l’ICCT, les hybrides rechargeables ont représenté environ 10 % des immatriculations de voitures neuves en Europe entre janvier et juillet 2026, contre 9 % sur la même période l’an dernier. Les véhicules 100 % électriques ont, eux, atteint une part de marché de 22 % sur la période janvier-juillet 2026.
Une technologie au cœur des débats européens
La publication de cette étude intervient alors que les hybrides rechargeables figurent parmi les technologies que certains constructeurs, notamment allemands, souhaitent voir continuer à être prises en compte dans la stratégie européenne de décarbonation du secteur automobile.

Nombre de véhicules hybrides rechargeables (PHEV) immatriculés dans l'Espace économique européen entre 2021 et 2023 et part couverte par les données OBFCM. Source : ICCT
Poussée par l’Allemagne, la Commission européenne a accordé en décembre une légère flexibilité dans l'interdiction des ventes de voitures thermiques neuves en 2035. À la place, les constructeurs devront réduire de 90 % les émissions de CO2 par rapport aux niveaux de 2021 et compenser les 10 % d’émissions restantes.
La coalition allemande voudrait toutefois aller plus loin, selon la presse, et accorder davantage de place aux véhicules hybrides. Pour éviter une "erreur stratégique", sept pays, dont la France, ont appelé en juin l’Union européenne à maintenir une "trajectoire ambitieuse" en faveur des véhicules électriques. (Avec AFP)
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