S'abonner

Tribune - Électrifier les flottes d'entreprise : la transition ne réussira qu'en s'adaptant aux usages des collaborateurs

Publié le 17 septembre 2026

Par Damien Chalon
4 min de lecture
Tribune - L’électrification des flottes entre dans une nouvelle phase : il ne s’agit plus de remplacer indistinctement les véhicules thermiques, mais d’identifier les usages et les collaborateurs pour lesquels l’électrique est aujourd’hui réellement pertinent.
Anthony Ambler Enterprise Mobility
Anthony Ambler, directeur des ventes sociétés d'Enterprise Mobility France. ©Enterprise

L'électrification des flottes d'entreprise n'est plus une perspective lointaine. En 2025, près de 327 000 voitures particulières 100 % électriques ont été immatriculées en France, représentant désormais près d'une voiture neuve sur cinq. Le parc français dépasse aujourd'hui 1,5 million de véhicules électriques, tandis que le réseau public s’approche des 200 000 points de recharge. Les conditions sont donc réunies pour accélérer cette transition vers ce modèle avéré plus vertueux, si tant est qu’il faut raisonner en nombre de véhicules à convertir plutôt qu'en usages à accompagner.

 

La véritable question n'est donc plus de savoir combien de véhicules électriques intégrer à une flotte, mais quels sont les collaborateurs pouvant les utiliser dès aujourd'hui. Car une flotte d'entreprise n'est pas un ensemble de véhicules identiques : c'est une diversité de métiers, de contraintes et d'habitudes de déplacement qu’il faut prendre en compte.

 

La réglementation impose d'accélérer, pas de précipiter

 

Les entreprises ne peuvent plus différer leur réflexion. Depuis 2025, celles disposant d'une flotte d'au moins 100 véhicules sont soumises à une taxe annuelle incitative visant à accélérer l'intégration de véhicules légers à faibles émissions. Après un objectif de 15 % en 2025, celui-ci passe à 18 % en 2026, avant de continuer à progresser d'ici 2030.

 

Cette évolution ne signifie pas pour autant que chaque véhicule thermique doit être remplacé immédiatement par un modèle électrique. Répondre à une contrainte réglementaire par une électrification uniforme serait même contre-productif. La réussite de cette transition repose avant tout sur une planification adaptée aux usages réels des collaborateurs.

 

Ce ne sont pas les véhicules qu'il faut analyser, mais les types déplacements

 

Le débat autour du véhicule électrique s'est longtemps focalisé sur la distance des déplacements et l’autonomie. Pourtant, les modèles les plus récents peuvent désormais aller jusqu'à 700 kilomètres avant recharge, une performance qui couvre déjà une grande partie des besoins professionnels.

 

Mais cette donnée, aussi rassurante soit-elle, ne peut suffire à guider une politique de mobilité. L'autonomie réelle varie selon les conditions climatiques, la vitesse, le chargement ou encore le type de trajet. Un commercial effectuant principalement des déplacements régionaux avec une borne à domicile n'aura pas les mêmes besoins qu'un technicien intervenant quotidiennement sur plusieurs départements ou qu'un collaborateur ne disposant d'aucune solution de recharge.

 

Autrement dit, l'enjeu n'est plus de savoir si le véhicule électrique est capable de répondre aux besoins des entreprises. Il s'agit d'identifier les situations dans lesquelles il apporte déjà une réponse pertinente.

 

Accompagner les collaborateurs vaut mieux qu'imposer une transformation

 

Les réticences à l'égard du véhicule électrique tiennent moins à ses performances qu'à la méconnaissance de son usage. Beaucoup de collaborateurs n'ont jamais eu l'occasion de l'utiliser au quotidien et continuent d'anticiper des contraintes qui ne correspondent plus toujours à la réalité.

 

C'est pourquoi la transition ne peut reposer uniquement sur le renouvellement des flottes. Elle doit aussi s'appuyer sur l'expérimentation. Une période de location de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, un véhicule mutualisé ou une solution d'autopartage permettent aux collaborateurs de se familiariser progressivement avec cette nouvelle mobilité, tout en offrant aux entreprises un retour d'expérience concret avant d'investir durablement.

 

Cette approche progressive répond également aux réalités opérationnelles. L'arrivée d'un nouveau collaborateur, le renouvellement d'un véhicule de fonction ou l'évolution d'un poste constituent autant d'occasions d'introduire l'électrique de manière ciblée, sans bouleverser l'organisation de l'entreprise.

 

La transition vers le véhicule électrique ne se gagnera ni par la contrainte ni par une approche uniforme. Elle réussira si les entreprises acceptent de placer les usages au cœur de leur stratégie de mobilité. En accompagnant leurs collaborateurs plutôt qu'en leur imposant un modèle unique, elles feront de l'électrification non seulement une réponse aux enjeux environnementaux, mais aussi un véritable levier de performance et d'efficacité.

Vous devez activer le javacript et la gestion des cookies pour bénéficier de toutes les fonctionnalités.
Partager :

Laisser un commentaire

cross-circle