XPeng affiche ses ambitions européennes avec le L03

Est-ce une provocation ? Une coïncidence ? Un pied de nez ? Pour le lancement du L03, son premier véhicule mondial, XPeng a choisi de s'exposer sur les terres de BMW. Devant plusieurs milliers de personnes, regroupant presse internationale, dont une impressionnante délégation chinoise, clients et partenaires du constructeur, Xiaopeng He, le fondateur de la marque, a présenté sa vision de l’automobile.
"Nous sommes ici à Munich pour notre premier lancement mondial, car j’ai un très grand respect pour l’industrie automobile allemande et tout particulièrement BMW", a-t-il présenté en guise d’introduction.
Mais au vu de la présentation, c’est plutôt du côté de Tesla, voire d’Apple, que lorgne XPeng, qui se présente avant tout comme un constructeur de technologies et non pas d'automobiles. Au cours de cette grand-messe, Xiaopeng He a déroulé sa feuille de route autour de quatre axes : l’automobile intelligente, les robotaxis, les voitures volantes et les robots humanoïdes.
Avec une promesse : que toutes ces technologies arriveront en Europe dans les années à venir. Le message projeté sur l’écran géant est d’ailleurs assez limpide : "In Europe, for Europe".

Xiaopeng He, le fondateur et président de XPeng. Il s'agit d'un des très rares constructeurs automobiles chinois dont le nom est celui de son fondateur. ©Le Journal de l'Automobile
La première concrétisation de cette stratégie sera le L03. Ce SUV de 4,65 m de long, à la limite entre le segment C et D, se présente comme le fer de lance de la marque. Contrairement aux autres projets de XPeng, il aura une réalité très concrète, puisque ce modèle sera commercialisé dès la rentrée 2026.
En revanche, il sera produit en Chine, ce qui n'est pas le cas des autres modèles de la gamme (G6, G9 et P7+), assemblés dans l'usine autrichienne de Magna Steyr qui, selon nos informations, peine à suivre la demande.
Comme d’habitude chez XPeng, la gamme est simple : deux batteries (LFP), deux moteurs. La capacité des batteries, de 58,3 et 71,2 kWh, assure une autonomie de respectivement 445 et 520 km, assez quelconques.
Quant au moteur, ce dernier affiche une puissance de 245 ch et un couple de 264 Nm quelle que soit la capacité de la batterie. À noter qu’une version quatre roues motrices de 388 ch (431 Nm) est également au catalogue.
Mais le diable se cache dans les détails. Car si le L03 embarque une architecture 400 V, alors que les autres modèles de la gamme, les G6, G9 et P7+, reposent sur du 800 V, il dispose d’une capacité de recharge jusqu’à 236 kW, ce qui promet une recharge de 10 % à 80 % en 20 minutes.
Puce magique
Surtout, il s’appuie sur la nouvelle puce maison Türing VLA 2.0. Disponible sur les versions supérieures du L03, cette technologie embarque une puissance de calcul inédite. Elle est notamment capable d'adapter les aides à la conduite et les fonctions de conduite autonome aux spécificités de la circulation européenne.
"En Chine, nous n’avons pas de priorité à droite ou d’intersection sans panneaux, indique le dirigeant. Grâce à notre nouvelle puce, nous intégrons toutes ces spécificités. Nous sommes ainsi le seul constructeur chinois à proposer des véhicules véritablement adaptés à la circulation européenne."
Outre sa technologie maison embarquée, XPeng est le premier constructeur chinois à avoir signé un partenariat avec Google, lui donnant accès à l'ensemble des services du géant américain, notamment sa navigation connectée.
Des tarifs très agressifs
Plus prosaïquement, le L03 se démarque par une politique tarifaire très agressive. La gamme commence en effet à partir de 34 990 euros pour monter à 42 990 euros dans sa version la plus huppée, dotée de cette fameuse puce, et jusqu’à 46 990 euros pour la traction intégrale.
Une version prolongateur d’autonomie sera également disponible sur certains marchés européens, "mais elle ne sera pas commercialisée dans un premier temps en France", indique Thomas Rodier, directeur marketing et communication de XPeng France. Dans cette configuration, le L03 Power X, qui embarque une batterie de 37,2 kWh, risquerait d’être malussé.
Le deuxième étage de la fusée XPeng est celui des robotaxis. Déjà déployés en Chine, ces véhicules autonomes pourraient bientôt prendre la route en Europe, où le constructeur recherche activement un partenaire. Comme pour ses voitures particulières, l'intelligence artificielle est au cœur du projet.
Un domaine dans lequel XPeng revendique des moyens importants, avec 1,2 milliard d'euros investis en recherche et développement en 2025 et près de 31 600 salariés.
Les voitures volantes, une réalité… en Chine
Ce dernier travaille également d’arrache-pied pour faire homologuer en Europe ses "voitures volantes", appelées aussi eVTOL, alors que les homologations aériennes sont parmi les plus sévères au monde. "Nous sommes le premier fabrcant mondial de voitures volantes", insiste He Xiaopeng, qui se félicite d’avoir engrangé 7 000 précommandes dans le monde de son engin. Le constructeur déploie actuellement une usine de 120 000 m² capable de produire jusqu’à 10 000 unités par an.
Quant aux robots humanoïdes, le dirigeant n’a pas donné plus de détails sur une commercialisation. "Il existe une certaine continuité entre l’automobile et les robots, a complété Sven De Smet, directeur marketing de XPeng en Europe. Dans les deux cas, les objets interagissent avec leur environnement."
En Europe, depuis son lancement en 2024, XPeng a vendu 61 000 voitures. L’Allemagne, qui abrite l’un de ses six centres de recherche et de développement, reste son premier marché et XPeng ambitionne d'y immatriculer 20 000 véhicules en 2027.
En parallèle, il prévoit d’installer en Europe d’ici 2028, 4 000 points de recharge ultrarapide (jusqu’à 1 MW), suivant ainsi la même stratégie que Denza, la marque de luxe de BYD. Les premières bornes seront posées au Danemark d’ici la fin de l’année.
100 concessions d'ici fin 2026
En France, le réseau poursuit activement son développement. "Alors que nous devions prendre notre bâton de pèlerin pour convaincre les concessionnaires de prendre le panneau lorsque la marque est arrivée en France, c’est désormais l’inverse, note Thomas Rodier. Nous avons désormais le luxe de pouvoir choisir nos partenaires."
Avec des investissements qui ne dépassent pas les 30 000 euros, des standards légers et pragmatiques, et surtout une rentabilité de 0,5 %, la marque a en effet de quoi séduire les investisseurs. C’est d’ailleurs le seul constructeur chinois qui a permis à son réseau de gagner de l’argent en 2025.
"Nous avons ouvert 90 adresses et nous partons sur une centaine d’ici la fin de l’année", précise Thomas Rodier. Parmi les récentes signatures, citons le groupe Lempereur qui se développe avec la marque à Dunkerque (59) et Douai (62), Sofibrie à Maisons-Alfort (94), Deffeuille à Pontarlier (39), Espace 3000 à Besançon (25) ou Lancien à Quimper (29). "En 2027, nous allons poursuivre notre développement, mais dans une moindre mesure, indique Thomas Rodier. Nous visons 130 à 150 distributeurs, ce qui nous permettra d’avoir une bonne couverture du territoire."
Face aux ambitions de la marque – XPeng France compte commercialiser 10 000 véhicules en 2027 – et à l’élargissement de la gamme avec l’arrivée du L03, attendu comme un modèle à volume, les standards vont-ils évoluer ? "Non, nous souhaitons mettre à disposition de notre réseau une gamme simple, lisible, ainsi que des outils qui simplifient les relations entre le constructeur et son réseau", explique-t-il.
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