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Constructeurs

Pourquoi BYD estime avoir franchi un cap en France

Publié le 17 juillet 2026

Par Catherine Leroy
9 min de lecture
Avec 14 000 immatriculations depuis janvier 2026, BYD considère avoir passé une première étape de son développement en France. Dorothée Bonassies, directrice générale, et Anthony Perier, directeur des ventes, préparent une nouvelle phase de croissance, tournée vers les entreprises, aidée par la production européenne et la consolidation du réseau de distribution.
développement BYD en France
Le développement du réseau constitue l'un des piliers de la stratégie de BYD en France. Le constructeur compte aujourd'hui 115 sites et vise près de 200 points de vente d'ici à la fin de l'année, tous intégrant un atelier après-vente. ©AdobeStock-Aleksandr-Fedosov

Depuis deux ans, BYD travaille à légitimer sa présence sur le marché français. Il lui fallait convaincre les grands groupes de distribution de rejoindre son réseau, démontrer qu'un constructeur chinois pouvait rivaliser avec les marques historiques autrement que par une guerre des prix, mais aussi rassurer sur sa capacité à s'inscrire durablement dans le paysage automobile hexagonal. Pour Dorothée Bonassies, directrice générale de BYD France, et Anthony Perier, directeur des ventes, les bases du développement de la marque sont aujourd'hui posées. Aujourd'hui, il s'agit de consolider les positions.

 

Les chiffres du premier semestre 2026 illustrent cette évolution. Avec plus de 21 000 commandes enregistrées depuis janvier pour près de 14 000 immatriculations, soit quasiment autant que sur toute l'année 2025, la marque affiche une dynamique qui dépasse désormais le simple effet de nouveauté. "Nous sommes rentrés en 2026 avec un portefeuille très faible. Aujourd'hui, nous avons déjà plus de 6 000 commandes de plus que sur toute l'année dernière", avance Anthony Perier.

 

Et la présence de la marque sur des canaux tels que la location de courte durée ou les véhicules de démonstration qui ont pesé près 43 % des immatriculations ne sont qu’un phénomène conjoncturel selon les deux dirigeants. "Nous avons décidé de pousser sur mai et juin les volumes à courte durée car nos partenaires loueurs en avaient besoin pour la saison. Mais vous verrez que nous allons freiner ensuite sur ce canal pour terminer l’année autour de 8 à 9 % de nos volumes totaux", fait observer Anthony Perier.

 

Quant aux immatriculations de véhicules de démonstration, le lancement de quatre modèles depuis le début de l’année, que sont l’Atto 2 DM-i, le Sealion 5, l’Atto 3 Evo et l’Atto 2, a nécessité d’augmenter la part dans les showrooms. "Mais nous n’avons pas vocation à encombrer notre réseau de véhicules de démonstration pour chercher des parts de marché", justifie-t-il.

 

 

À écouter Dorothée Bonassies et Anthony Perrier, la recherche de parts de marché n’est pas l’objectif de la marque ni de sa dirigeante, Stella Li. Se positionner en tête de la concurrence entre marque chinoise non plus. "Nous cherchons plutôt à séduire de nouveaux clients", précise Dorothée Bonassies. Un chiffre pour illustrer mes propos : 63 % de nos clients, selon C-Ways, achetaient auparavant des voitures d’occasion. Ce qui veut dire avant tout que nous rendons accessibles des voitures neuves à des clients qui n’en achetaient pas. Et que l’on va dynamiser le marché du véhicule neuf en France", observe la directrice générale de BYD en France.

 

Les flottes deviennent la prochaine cible

 

Si BYD estime avoir trouvé sa place auprès des particuliers, le constructeur sait aussi où se situe désormais son principal relais de croissance : les entreprises. Jusqu'à présent, la marque est restée largement absente des politiques automobiles des grands comptes et des loueurs longue durée. Et pour cause ! Les modèles importés de Chine se heurtent à une fiscalité française devenue particulièrement pénalisante. Entre les droits de douane européens et surtout les critères de l'écoscore, une grande partie des appels d'offres reste aujourd'hui inaccessible au constructeur.

 

Anthony Perier ne cache pas que cette situation freine encore fortement le développement de BYD : "Tous les grands acteurs des flottes sont intéressés par la marque. Nous échangeons avec les principaux loueurs et les grandes entreprises françaises. Le véritable frein reste aujourd'hui l'écoscore. Une fois cette contrainte levée, ce sera un véritable tournant pour BYD."

 

Dans ce contexte, l'usine hongroise constitue bien davantage qu'un simple investissement industriel. Elle représente le véritable passeport qui doit permettre à BYD d'entrer sur le marché des flottes françaises. Les premiers véhicules sortiront des chaînes avant la fin de l'année. La Dolphin Surf ouvrira le bal, suivie de l'Atto 2, et sans doute d’un autre modèle à partir du deuxième trimestre 2027.

 

À terme, le site pourra produire jusqu'à 300 000 véhicules par an, avec des lignes volontairement conçues pour assembler aussi bien des modèles 100 % électriques que des Super Hybrid DM-i. "Nous avons demandé que les premières productions soient réservées en priorité au marché français", révèle Dorothée Bonassies.

 

En revanche, la dirigeante refuse de commenter les déclarations récentes de Stella Li, vice-présidente exécutive du groupe, qui évoquait dans Les Échos la recherche d'un second site de production européen. "Nous avons découvert ces informations comme tout le monde. À ce stade, nous ne pouvons pas aller plus loin", précise-t-elle. Au-delà des aspects industriels, la responsable française insiste surtout sur l'ambition européenne du constructeur. "Nous voulons produire en Europe, pour l'Europe. Notre objectif est que BYD devienne une véritable marque européenne, avec des véhicules pensés pour les clients européens", poursuit Dorothée Bonassies.

 

 

L'hybride rechargeables change la donne

 

L'autre évolution majeure de ce premier semestre concerne le mix énergétique. Longtemps perçu comme un constructeur exclusivement tourné vers le véhicule électrique, BYD voit aujourd'hui ses modèles Super Hybrid DM-i devenir le principal moteur de sa croissance. Alors que les immatriculations restent encore relativement équilibrées entre électrique et hybride rechargeable, les commandes racontent une tout autre histoire : près de 75 % du portefeuille est désormais constitué de modèles Super Hybrid.

 

Une évolution qui ne surprend pas Anthony Perrier : "Nous nous adaptons simplement à la demande des clients européens. Aujourd'hui, plus de la moitié du marché est hybridée. Notre rôle est d'apporter une réponse à cette demande."

 

Pour BYD, cette double offre électrique et hybride constitue désormais un véritable avantage concurrentiel. La possibilité, demain, de produire les deux technologies sur les mêmes lignes en Hongrie doit justement permettre au constructeur d'adapter très rapidement sa production à l'évolution de la demande européenne. D’autant que la Commission européenne souhaiterait donc augmenter les droits de douane pour les PHEV venant de Chine. Produire en Europe est donc devenu vital pour la marque.

 

Cette montée en puissance commerciale s'accompagne d'une accélération du réseau de distribution. Après avoir convaincu la plupart des grands groupes français de rejoindre l'aventure, BYD compte aujourd'hui 115 sites sur le territoire. L'objectif est d'atteindre 140 implantations dès la rentrée, avant de s'approcher des 200 points de vente d'ici à la fin de l'année. Cette croissance ne répond pas seulement à un objectif de couverture géographique. Chaque ouverture s'accompagne systématiquement d'un atelier après-vente, que la direction considère comme un élément essentiel de la crédibilité de la marque. "L'après-vente est le nerf de la guerre", rappelle Dorothée Bonassies.

 

 

Le constructeur met ainsi en avant une disponibilité des pièces sous vingt-quatre heures dans 99 % des cas, un partenariat noué avec le Garac pour former les futurs techniciens, ainsi qu'une garantie batterie de huit ans et 250 000 kilomètres. La prochaine étape concernera également la réparation indépendante. Sans dévoiler le nom du partenaire concerné, BYD confirme être en discussion avancée avec un grand réseau multimarque afin d'élargir progressivement la distribution de ses pièces d'origine.

 

La rentabilité du réseau devient une priorité

 

Mais cette croissance du réseau n'aurait guère de sens sans un retour à l'équilibre économique des distributeurs. C'était d'ailleurs l'une des principales interrogations il y a encore un an. Plusieurs distributeurs reconnaissaient alors ne pas avoir atteint l'équilibre économique. Au bilan du premier semestre 2026, celle-ci devrait être positive. Cette fois, BYD assume un discours très différent. Anthony Perier fixe un objectif moyen supérieur à 1 % sur l'ensemble de l'année. Le constructeur affirme avoir modifié sa politique commerciale qui doit permettre d’aller chercher cette rentabilité.

 

Pour y parvenir, BYD explique avoir profondément revu sa politique commerciale à compter du 1er janvier 2026. Loin de révolutionner les mécanismes de rémunération, le constructeur a choisi de revenir à un fonctionnement plus proche des standards du marché français, tout en laissant davantage de latitude à ses distributeurs selon les différents canaux de vente. Chaque clientèle (particuliers, entreprises, loueurs...) bénéficie ainsi d'une animation commerciale spécifique. "Nous voulions donner davantage d'agilité à notre réseau et lui permettre d'aller chercher de la rentabilité sur chacun de ses marchés", résume Anthony Perier.

 

Mais c'est probablement sur le sujet des valeurs résiduelles que BYD cherche le plus à rassurer. Alors que la volatilité du marché de l'occasion préoccupe désormais l'ensemble des réseaux de distribution, le constructeur affirme avoir mis en place un dispositif destiné à limiter le risque financier supporté par ses concessionnaires. Concrètement, lorsqu'un véhicule est financé avec une valeur résiduelle prédéfinie, BYD s'engage à accompagner son réseau si la valeur réelle du véhicule s'avère inférieure aux hypothèses retenues lors de la signature du contrat.

 

Le mécanisme, élaboré en concertation avec les distributeurs et nourri par les outils de cotation et de prévision des valeurs résiduelles sur le marché, vise à sécuriser le développement des financements locatifs, devenus indispensables au développement de la marque. "Nous ne jouons pas au poker avec notre réseau. Nous voulons que nos partenaires sachent qu'ils peuvent compter sur nous", insiste Anthony Perier.

 

Denza, deuxième étage de la fusée

 

Parallèlement à l'expansion de BYD, le groupe prépare déjà la montée en puissance de sa marque premium, Denza. L'objectif est clair : il ne s’agit pas de reproduire le modèle de BYD, mais de bâtir un réseau spécifique, dimensionné pour le segment haut de gamme. Après une première ouverture à Saint-Germain-en-Laye (78) avec Car Lovers, puis à Cannes (06) avec le groupe Chopard, un showroom parisien ouvrira prochainement boulevard des Capucines. Une dizaine de sites devrait être opérationnelle d'ici à la fin de l'année, avant un objectif d'une quarantaine d'implantations à terme. "Nous sommes sur un univers totalement différent. Denza s'adresse au marché premium et nécessitera un réseau dédié", explique Dorothée Bonassies.

 

La dirigeante compare volontiers l'ambition de Denza à celle d'acteurs comme Porsche : un réseau plus resserré, une couverture nationale complète, mais des volumes volontairement limités. La gamme, elle aussi, s'étoffera rapidement avec la Z9 GT, la D9, le futur Bao 5 et le concept Z présenté au Festival of Speed de Goodwood, en Grande-Bretagne.

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