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Constructeurs

Stella Li : la "dame de faire" de BYD

Publié le 14 avril 2026

Par La Rédaction
10 min de lecture
L’avenir de BYD et de ses marques satellites comme Denza va se jouer sur sa capacité à grandir hors de Chine. Une conquête du monde menée au pas de course et avec une main de fer par l'incontournable et inflexible Stella Li.
Stella Li lancement Denza à l'Opéra Garnier de Paris
Stella Li à l'Opéra Garnier de Paris le 8 avril 2026 pour le lancement de la marque Denza. ©Denza

Par Erik Bielderman

 

Stella Li, c’est déjà un nom. Un patronyme d’actrice d’Hollywood, ou de mannequin californien nourri au lait de soja, venant hypnotiser nos âmes et alléger nos portefeuilles, par un simple sourire défilant sur les panneaux déroulants des publicités, illuminant nos villes harassantes. Si Stella Li réside bien à Los Angeles, elle n’affiche de glamour que son nom.

 

Cette femme, vice-présidente exécutive de BYD, l’ambitieux constructeur automobile chinois, est avant tout une incarnation et une volonté. Qui dit BYD, voit aussitôt l’image de Stella Li s’afficher. Elle et uniquement elle. Comme ce mercredi 8 avril 2026 où elle aura fait réserver l’Opéra de Paris pour lancer Denza, la marque de luxe du groupe. Sa volonté vaut ordre. Rien n’est trop grand pour l’ambitieuse patronne chinoise, amoureuse qui plus est de la capitale française.

 

 

Nommée à ce poste en 2010, à tout juste 40 ans, Stella Li porte en elle l’ADN de BYD, une griffe aux pointes acérées, qui se vante de pouvoir relever le défi Tesla sur l’automobile électrique. Mais pas seulement, Elon Musk n’est pas l’ultime challenger de Stella Li, élue fin 2024 personnalité de l’année dans l’univers automobile par le WCOTY, une association d’essence américaine, qui regroupe plus d’une centaine de journalistes spécialisés, venant des cinq continents.

 

Madame BYD hors de Chine

 

Si la marque a été pensée par Wang Chuanfu en 1995, initialement pour fabriquer des batteries automobiles, l’ingénieur visionnaire, aujourd'hui époux de Stella Li, comprit très tôt qu’il aurait besoin d’un relais ouvert sur la planète. Lui qui s’est lancé avec un investissement de 350 000 euros et 20 employés.

 

Stella Li fut ainsi dès 1997, alors que BYD ne fabriquait que des batteries électriques, envoyée à Hong Kong, fenêtre économique de la Chine moderne, pour ouvrir une première antenne internationale avant d'implanter BYD à Chicago et à Rotterdam. Elle est aujourd’hui basée en Californie, même si les autos siglées BYD n’ont pas encore accès au marché américain ultraprotégé. BYD aux States, ce sont des bus électriques, des camions et des batteries.

 

 

Celle qui allait séduire à l’international est aussi réputée pour son exigence. Les cercles concentriques qui mènent à l’infatigable directrice générale Amériques et Europe de BYD, son second intitulé sur sa carte de visite XXL, chuchotent une vision contrastée de leur boss ou ex-boss. La femme est d’acier. Le fameux cliché de la main de fer dans un gant de velours prend ici tout son sens.

 

Le cauchemar d'Elon Musk

 

Devenu constructeur automobile en 2003, BYD est aujourd’hui la première force au monde de production de batteries électriques. Et ce, dans un pays qui pèse 70 % de la production mondiale de véhicules électriques. Seul Tesla, grâce à la pensée visionnaire d’Elon Musk, fait encore contrepoids.

 

L’écosystème de BYD s’est un temps nourri de la constellation de marques chinoises qui se sont multipliées ces vingt dernières années. Au royaume des "EV Cars", des voitures électriques, BYD joue le rôle de la reine entourée d’abeilles, ces constructeurs émergents, tous plus ou moins ambitieux et armés. Stella Li est dans l’essaim BYD, l’abeille élue, appelée à régner en maîtresse à penser et agir.

 

Et contrairement aux abeilles qui ne piquent qu’une fois, si l’essaim est menacé, sacrifiant ainsi leur vie, Stella Li est, elle, armée telle une guêpe. Qui s’y frotte, s’y pique. Et à répétition. Même Elon Musk a senti le danger. Il suffit de lire la journaliste Vivienne Walt dans le magazine Fortune dégainant cette formule glacée : "BYD est le pire cauchemar d’Elon Musk". Qui bénit d’être désormais protégé aux États-Unis par son meilleur et pire ami Donald Trump, maître à ériger des barrières douanières pour empêcher l’armée de Li d’envahir les États-Unis avec ses voitures à prix cassés.

 

Le lancement de Denza à l'Opéra Garnier

 

Qu’importe, à défaut de pouvoir faire naître un nouvel essaim hypertrophié en terre nord-américaine, la marque chinoise est partie à la conquête de l’Europe. Avec Stella Li à sa tête. Elle qui aime Paris et y réside régulièrement. Elle a ainsi invité ce 8 avril 2026 trois cents des plus belles fortunes au monde pour un dîner VVVVIP dans les entrailles de l’Opéra Garnier sous la coupe de Potel et Chabot pour un menu d’exception.

 

Denza, flambeau du luxe à la chinoise adapté aux goûts européens, méritait cette mise en lumière surpuissante. Et qui plus est au cœur de ses terres de conquête. Son titre à rallonge dit d’ailleurs tout de son aura et de son territoire d’expansion : vice-présidente exécutive de BYD et directrice générale pour l’Amérique et l’Europe. Pour Amérique son titre en anglais comporte un s. Nous sommes bien là sur un pouvoir continental des frontières septentrionales de l’Alaska jusqu’à Ushuaïa. Il est désormais loin le temps où Stella Li n’occupait qu’un poste de cadre en charge des données statistiques chez BYD, alors tout juste fabricant, géant certes, de batteries. Stella est donc une historique.

 

 

Et son titre le plus évocateur est celui de vice-présidente de BYD. Une numéro 2 qui vit et pense comme une numéro 1. C’est elle qui est à l’origine des éléments de langage déclinés par les cadres maison, comme tout récemment encore, via Dorothée Bonassies, la directrice générale de BYD France : "Il nous aura fallu treize ans pour aller de notre première auto à la millionième. Puis, 18 mois pour passer d'un à trois millions. Désormais, nous produisons un million de BYD tous les deux mois."

 

Ce à quoi Stella Li aime voir ajouter : "BYD est le seul constructeur automobile au monde à produire en interne ses propres batteries, moteurs, plateformes électroniques, et nombre de semi-conducteurs. Cette maîtrise complète de la chaîne de valeur nous rend plus agiles et plus efficaces. BYD aujourd’hui c’est un million d’employés".

 

L'innovation plutôt que la tradition

 

Et tout cela en étant encore un acteur balbutiant sur le continent européen, là où s’est écrit l’histoire de l’automobile, là où le niveau de vie moyen d’un marché de 450 millions d’habitants autorise chacun ou presque à posséder son véhicule. Si en 2024 BYD était présent dans le monde dans 88 pays, fin 2025 on en dénombrait 124.

 

Stella Li aime se déclarer admirative de l’histoire et du savoir-faire des Européens, ce qu’elle traduit par "la tradition", non sans un léger effet de morgue. Elle se revendique, elle, dans "l’innovation, la modernité, l’adaptabilité". De ces mots-slogans qui catapultent une entreprise croupion en monstre conquérant en moins de deux décennies.

 

 

Stella Li : "Nous étions trop petits et personne ne faisait attention à nous. Nous avons donc travaillé en amont. Plutôt que de chercher à produire des autos avec zéro plus-value technologique et viser les bénéfices immédiats, nous avons mis tout notre argent dans la R&D. Denza en est l’illustration de luxe." Ainsi allait naître une armée d’ingénieurs. En Chine pour débuter et désormais dans le monde entier pour adapter l’offre à la spécificité de chacun des marchés.

 

S'adapter au plus vite

 

Reste une faille apparue récemment dans le système. La baisse des ventes de BYD en Chine (-30,5 % entre janvier 2026 v. 2025 avec 105 509 immatriculations), alors que, hors de Chine, BYD a vendu 100 009 autos (soit +51,5 % v. jan 2025). Une guerre des prix dans son pays natal érode les marges. La capitalisation boursière de BYD a été entamée en 2025 avec 15 milliards d'envolés. Pas étonnant donc que l’entreprise évoque officieusement et mise avant tout pour 2026 sur une hausse de 24 % des exportations (1,3 million de ventes espérées).

 

Et qui dit "export", dit Stella Li. Et ce, alors que l’Europe légifère depuis une décennie sur le 100 % électrique, à échéance 2035 et où les mouvements écologistes s’en prennent à la voiture thermique. Une croisade rêvée pour BYD, qui aura investi à fond dans l’électrique, avec comme arme de destruction, une politique de prix cassés, grâce aux subventions de l’État chinois sur les modèles vendus à l’international.

 

 

Cependant aujourd’hui, les équipes de Stella Li sont appelées à repositionner leur offre vers des énergies alternatives (hybride rechargeable, hybride…), parce que le client n’est pas mûr pour le 100 % électrique hors subventions et pressions sur les flottes d’entreprises. Plus de 120 000 personnes travaillent désormais à l’international. Une multitude de départements recherche et développement, chapeautés par Madame Li. Qui exige de ses troupes qu’elles "trouvent et adaptent". La R&D est devenue la T&A. Les PHEV "super hybride" illustrent cette volonté de trouver et d'adapter.

 

Réussir en Europe pour devenir incontournable

 

"Nous voulons être à l’automobile ce que l’iPhone est aux smartphones" image Stella Li. Et quand la "dame de faire" parle, on exécute chez BYD. "Nous ne serons reconnus comme une saga à succès qu’une fois devenus incontournables en Europe", affirme-t-elle encore. En clair, si le continent historique de l’automobile valide l’invasion BYD et Denza donc, les autres pièces du domino tomberont d’elles-mêmes.

 

Alors plus que le nombre de pays où BYD est présent, on retiendra ses parts de marché sur les zones où depuis plus d’un siècle l’automobile a entamé son histoire. Et pour ce faire, Stella Li a déterminé une stratégie. Recruter les meilleurs chez les constructeurs historiques. À l’image de la saignée de BYD chez Volkswagen France avec un recrutement XXL dans tous les secteurs clefs de développement d’un nouvel acteur sur un marché concurrentiel.

 

Du management, au commerce, au pricing, au marketing et à la communication, en passant par l’après-vente, les véhicules d’occasion et le financement. Pas un constructeur n’a échappé au niveau mondial à cette quête de RH. "C’est en s’inspirant des talents, de l’organisation, du savoir-faire des constructeurs européens que nous gagnerons des parts de marché." Comme quoi, celle que nous avions croquée en guêpe pourrait ici être associée à un frelon asiatique qui, au lieu de dévaster les ruches qu’il envahit, chercherait ici avant tout à convaincre les plus agiles et dévouées abeilles butineuses à rejoindre sa colonie.

 

La technologie ne remplace pas le style

 

"L’Europe est mère de traditions. D’exigence. Elle a pendant plus d’un siècle dominé le monde de l’industrie automobile. Elle n’est en retard que sur un domaine. L’électrification, le 100 % électrique comme l’hybridation rechargeable", juge la directrice générale. Là où l’Europe a imposé d'aller, fragilisant un pan essentiel de l’équilibre industriel et économique du continent.

 

 

Face à notre naïveté, nos oukases bruxelloises et notre volonté de nous parer d’un tissu vertueux pour monter à l’échafaud, les Chinois ont anticipé plutôt le concept de notre mort lente. Stella Li ne semble pas s’en réjouir. Il n’est pas de combat inégal où la victoire est joyeuse.

 

Mais élevée au pragmatisme, l’entrepreneuse pousse son avantage et a lancé son essaim à la conquête de l’Europe, profitant de l’apathie continentale, de son manque de réactivité, de son politiquement correct et de cette croyance toujours active à s’imaginer phare du monde. Et qu’importent les barrières douanières sur le 100 % électrique, érigées par l’Europe, BYD s’apprête à inaugurer très vite une usine en Hongrie qui ne produira que des voitures câblées.

 

Il ne restera à ce petit bout de femme au regard perçant, à la folle énergie, qu’à distiller un peu de miel sucré à ses créations, au design bien fade encore. Si BYD s'échine à redessiner la planète automobile, il lui manque encore ce coup de crayon qui va donner une vraie personnalité à ses voitures. Notre abeille, notre guêpe, notre frelon asiatique, nous hésitons, le sait et ses équipes sont à la tâche. Les hyménoptères laborieuses de Madame Li sont décidément infatigables.

 

 

Daniel Craig est l'ambassadeur de la marque Denza. ©Denza/chaine Youtube de Denza Europe

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