L'histoire de Dacia s’écrit aussi à Tanger

Au nord du Maroc, là où les vents du détroit de Gibraltar croisent les flux maritimes de l’Atlantique et de la Méditerranée, le groupe Renault a ancré l’un de ses pôles industriels les plus stratégiques. Présent dans le royaume depuis près d’un siècle, le constructeur français y a progressivement bâti un écosystème dont la place ne cesse de croître dans son organisation mondiale.
Et pour cause, le Maroc est aujourd’hui le deuxième pays en volume de production pour le groupe au losange, derrière la France. En 2025, près de 400 000 véhicules sont en effet sortis des chaînes marocaines, soit environ un véhicule sur six vendu par Renault dans le monde.
Derrière ces chiffres se cachent deux usines complémentaires situées à Tanger et Casablanca. Ensemble, elles orchestrent la production de certains véhicules des marques Renault et Dacia pour les marchés locaux comme internationaux. Mais c’est surtout à Tanger que s’écrit l’un des principaux chapitres de l’histoire industrielle du groupe au Maroc.
Car le développement du site est en effet étroitement lié à celui de la marque Dacia. Inaugurée en 2012, l’usine a été implantée au cœur de Tanger Med, la plateforme industrielle et logistique développée par le royaume du Maroc pour favoriser les échanges commerciaux mondiaux. Un emplacement stratégique qui se révèle pleinement lors de la visite du site.
Tanger, l’un des moteurs industriels de Dacia
À première vue, rien ne laisse deviner les volumes qui transitent chaque jour par l’usine de Tanger. Pourtant, ce site de 300 hectares abrite la plus grande usine automobile d’Afrique. Avec un total de 299 386 véhicules fabriqués en 2025, il s’agit également du deuxième site de production du groupe Renault, derrière Bursa, en Turquie.
L’usine de Tanger assemble donc aujourd’hui le Renault Express, ainsi que les Dacia Jogger et Sandero (et sa déclinaison Stepway). Cette dernière, qui est devenue le modèle le plus vendu en Europe, a d’ailleurs largement contribué à l’essor du site, devenant un pilier de sa production, avec environ trois quarts des volumes totaux.
Mais avant de sortir de l’usine, les voitures débutent leur parcours dans le département d’emboutissage. Ce dernier est équipé d’une presse High Speed XXL, "unique sur le continent africain", nous précise-t-on sur place, capable de délivrer plus de 5 600 tonnes de pression réparties sur quatre presses et jusqu’à 15 000 coups par jour. Les différentes pièces d’acier y sont découpées puis mises en forme avant de rejoindre les ateliers de tôlerie.
Dans ces ateliers, les carrosseries prennent forme. Les différentes pièces sont assemblées par des lignes largement automatisées, où les robots assurent les opérations de soudure et d’ajustement avec une grande précision. Une fois la caisse constituée, elle est envoyée vers l’atelier peinture.
Vient ensuite une étape clé du processus : l’assemblage. Ici, deux lignes se partagent la production des différents modèles. La ligne Tanger 1 assemble le Renault Express ainsi que les Dacia Sandero et Sandero Stepway d’entrée de gamme. La ligne Tanger 2 est quant à elle dédiée au reste de la gamme Sandero ainsi qu’au Jogger.
Un véhicule sort ainsi des lignes du site chaque minute. Au total, il faut environ 3 heures et 50 minutes pour qu’il parcourt l’ensemble du processus de montage. Une fois terminé, chaque exemplaire passe une série de contrôles qualité avant d’être testé sur une petite piste de roulage.
Mais l’usine de Tanger se distingue également par un niveau d'intégration industrielle élevé. Si les moteurs et les boîtes de vitesses arrivent directement d'Espagne avant d'être assemblés sur chaque véhicule, plusieurs composants habituellement confiés à des équipementiers, comme les sièges, les boucliers ou encore les essieux, sont tout de même directement fabriqués sur le site.
Cette stratégie s'appuie sur un écosystème industriel particulièrement développé puisque 65 % des fournisseurs de Renault sont aujourd'hui implantés au Maroc. Un taux que le groupe souhaite porter à 75 % d'ici à 2030, afin de réduire davantage les délais d'approvisionnement tout en renforçant sa réactivité.
Une logistique millimétrée
Une fois assemblées, les voitures ne restent que très peu de temps sur le site. En moyenne, elles sont expédiées en moins de 48 heures grâce à une liaison ferroviaire dédiée reliant directement l'usine au port de Tanger Med, situé à une trentaine de kilomètres.
Chaque jour, cinq trains quittent le site. Chacun peut transporter jusqu'à 240 véhicules, soit environ 1 200 voitures expédiées de manière quotidienne. "Il faut environ deux heures pour charger un convoi, une heure pour rejoindre le port, puis deux heures supplémentaires pour le décharger", explique Charles Edouard Thiout, directeur adjoint de l’usine. Au total, près de 90 % de la production emprunte cette liaison ferroviaire avant d'être exportée.
Le terminal ferroviaire de l’usine, capable de stocker jusqu’à 7 300 véhicules, constitue un maillon essentiel de cette organisation logistique. Chaque semaine, environ 8 500 voitures sont ainsi expédiées vers une soixantaine de destinations à travers le monde, contribuant à faire de Tanger l'un des principaux hubs industriels et logistiques du groupe Renault.
Un site déjà tourné vers l'avenir
Le site entend d’ailleurs poursuivre sa transformation. Comme dans toutes les usines du groupe Renault, l’intelligence artificielle se déploie progressivement pour assurer des contrôles qualité automatisés au meilleur niveau. Déjà opérationnelle en peinture, quatre arches de vision IA supplémentaires sont en cours de déploiement au département montage.
Mais l’usine de Tanger se prépare également à accueillir la prochaine génération de modèles Dacia, dont l’arrivée sur le site est prévue, au plus tard, début 2028. Une nouvelle étape qui confirme le rôle central joué par l'usine marocaine dans la stratégie industrielle du groupe Renault, mais aussi dans la trajectoire de Dacia, dont plusieurs modèles emblématiques continueront d'y être assemblés.
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