Avec Calvin, Renault ouvre ses usines aux robots pilotés par l’IA

Le soleil se couche sur Douai (59). Dans l’usine de Renault, les lignes de production continuent d’assembler des voitures électriques, notamment des R5, des Mégane E-Tech, des Alpine A290… Arrivé en février 2026 sur le site, Calvin a commencé sa séance de travail. Il est surveillé de près par un autre opérateur.
Et pour cause, Calvin n’est pas un collègue comme les autres : c’est un robot de nouvelle génération, doté de bras et de jambes. Conçu avec la start-up française Wandercraft et présenté ce lundi 8 juin 2026, l’appareil préfigure une nouvelle étape dans l’automatisation des usines automobiles du groupe au losange.
Un robot qui s’adapte à son environnement en temps réel grâce à l’IA
La robotique est loin d’être une nouveauté dans l’industrie automobile. Au département tôlerie de Douai, un atelier automatisé à plus de 98 %, plus de 1 200 bras robotiques assemblent les caisses en blanc de voitures.
Entre les lignes de montage, des petits véhicules automatisés défilent constamment pour acheminer des pièces. Mais ces machines obéissent à une programmation "déterministe" : les robots de tôlerie répètent en permanence une trajectoire précise au dixième de millimètre tandis que les véhicules automatisés suivent des bandes magnétiques au sol.
Là où Calvin est différent, c’est qu'il a la capacité de s’adapter à son environnement en temps réel. "C’est l’intelligence artificielle (IA) qui permet cette transformation", introduit Éric Marchiol, directeur Metaverse Industrie et Qualité du groupe Renault.
À son poste, Calvin déplace des pneus sur un convoyeur pour équiper des véhicules de série. Si les piles sont mal alignées, ses caméras lui permettent de s’adapter. Équipé de 22 moteurs, il fait des petits pas pour trouver son équilibre sur un sol pas très stable.
Capable de soulever jusqu’à 40 kilos, il transporte les pneus deux par deux. Le robot fonctionne donc quasiment en conditions réelles. Un opérateur surveille toujours ses mouvements mais dès la rentrée, Calvin pourrait fonctionner de façon plus indépendante.
Objectif : 350 robots en 2027
Les robots humanoïdes présentent de nombreux avantages selon Eric Marchiol : leur coût est compétitif, ils prennent peu de place au sol, ils peuvent être facilement remplacés en cas de panne et ils sont fiables. Pour 1 000 opérations effectuées, Calvin ne fait pas plus de deux erreurs. Et il a suffisamment d’autonomie pour travailler pendant 2 à 3 heures.
Sachant que les opérateurs humains font des pauses toutes les deux heures dans l’usine de Douai, cela ne pose pas vraiment de problème. "Vous n’avez pas besoin d’arrêter les installations pendant 15 jours pour implémenter ce type de robots. C’est vraiment très prometteur", s’enthousiasme Eric Marchiol.
Renault préfère parler de robot de nouvelle génération plutôt que de robot humanoïde. Une façon pour le constructeur de prendre ses distances avec les androïdes Optimus de Tesla ou les démonstrations de robots danseurs en Chine. Calvin se montre peut-être moins spectaculaire, mais il s’avère déjà utile dans une usine.
Dix robots semblables à Calvin devraient être déployés dans les sites français et espagnols de Renault d’ici la fin de l’année 2026. Et d’ici fin 2027, l’entreprise pense qu’elle aura déployé 350 unités à travers l’Europe.
"C’est super ambitieux. Nos concurrents parlent de livraisons beaucoup plus tardives", se félicite Jean-Louis Constanza, cofondateur de Wandercraft. Outre le transport des pneus, ces robots pourraient servir à déplacer des pièces de tôlerie (qui sont extrêmement coupantes), des boîtes de pièces ou effectuer des contrôles de qualité.
Robot humanoïde : bilan social
Mais une question brûle les lèvres : ce robot va-t-il prendre le travail d’un opérateur humain ? Les équipes de Renault ont bien préparé leur défense sur ce sujet sensible. À Douai, Calvin occupe un poste particulièrement pénible et répétitif, qui consiste à porter des pneus de 12 à 15 kilos sur un "shift" nocturne. Les recrues ne se pressent pas forcément pour ce type de poste. Et le problème risque de s’aggraver avec le vieillissement de la population.
Autre argument invoqué par Renault et Wandercraft : en améliorant la performance des usines, les robots humanoïdes permettront plutôt de sauvegarder l’emploi. "Aujourd’hui, la Chine et l’Allemagne ont entre 400 et 450 robots pour 10 000 salariés dans l’industrie. Et ce sont deux champions industriels. En France, on compte entre 180 et 190 robots. C’est contre-intuitif mais plus vous avez de robots, plus vous avez d’activité industrielle", développe Eric Marchiol.
Prochaines étapes
Fondée en 2012, Wandercraft s’est spécialisée au départ sur des exosquelettes de marche autonomes, notamment pour offrir des alternatives aux personnes en fauteuil roulant. Mais la start-up voit bien plus grand désormais avec le boum de la robotique humanoïde et de "l’IA physique".
Renault est le premier client de Wandercraft et a pris une petite participation au sein de l’entreprise en 2025. Wandercraft prépare son installation dans un nouveau site de production à Paris, où la start-up pourra fabriquer 1 000 à 2 000 robots par an.
Et Renault pourrait aussi produire des robots pour Wandercraft dans ses usines françaises. À terme, Wandercraft évoque la production de dizaines de milliers de Calvin par an. "On a envie d’être l’un des leaders", assure Jean-Louis Constanza.
Les deux entreprises restent discrètes sur les détails financiers de leur partenariat. "Un robot humanoïde va coûter le même prix qu’une voiture", estime Jean-Louis Constanza, en ligne avec les prédictions de Tesla. Et le dirigeant évoque une solution qui est déjà "extrêmement rentable". En parallèle, Renault dit tester d’autres solutions robotiques venant des États-Unis ou de la Chine.
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