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Constructeurs

Valeurs résiduelles : la bulle financière grossit

Publié le 18 juin 2024

Par Catherine Leroy
7 min de lecture
Plus que jamais, la valeur future des voitures d’occasion est au centre des préoccupations des professionnels. Utilisée comme variable d’ajustement pour déterminer les loyers du leasing, elle est artificiellement gonflée par certains constructeurs afin de baisser ces loyers. Mais le retournement du marché de l’occasion entraîne un risque financier pour tous ceux qui la portent : constructeurs et distributeurs.
Valeurs résiduelles
Résoudre l’équation des valeurs résiduelles est un vrai casse‑tête pour les acteurs du marché automobile. ©AdobeStock-Studiotomo

"Avoir un prix catalogue qui monte et descend est un poison pour les valeurs résiduelles" : cette petite phrase de Tim Albertsen, directeur général du géant de la LLD Ayvens, en dit long sur les tensions qui s’exacerbent sur les valeurs résiduelles des véhicules.

 

Au début de cette année, l’alerte avait déjà été donnée par le loueur de courte durée Hertz. Il est vrai que les résultats financiers ne mentent pas. Le loueur avance une perte nette de 392 mil­lions de dollars à l’issue du premier trimestre 2024. Dont près de la moitié est à mettre sur le compte des yoyos tarifaires de Tesla.

 

Selon ce dernier, la baisse des prix du constructeur amé­ricain serait à l’origine d’une dépré­ciation de la valeur résiduelle de près de 195 millions de dollars. Le reste se répartissant entre la baisse de la de­mande en véhicules électriques et le coût des réparations des Tesla.

 

Il faut dire que Hertz avait mis le paquet dans l’électrification de sa flotte. Fin 2021, ce sont 100 000 unités de la Tesla Mo­del 3 qui étaient commandées pour un montant estimé à 4,2 milliards de dollars. Quelques mois plus tard, en avril 2022, une autre opération d’en­vergure concernait 65 000 Polestar.

 

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Pour se sortir de l’ornière, dans laquelle le loueur s’est engagé, le changement de cap est vital. Au total, ce sont près de 40 000 véhicules électriques qui ont été revendus en catastrophe. Le patron du loueur, Stephen Scherr, a été débarqué et remplacé au pied levé par Gil West.

 

Les résultats financiers de l’année de­vraient être catastrophiques. Mais mieux vaut perdre une main immédia­tement que d’être obligé de se couper le bras dans quelques mois. Parole de marchand VO !

 

Mais cet épisode dramatique est loin d’être un cas isolé. Et le sujet des va­leurs résiduelles est désormais scruté à la loupe par tous les acteurs du mar­ché.

 

Selon le magazine Fortune, les constructeurs automobiles auraient commencé à compenser les loueurs longue durée sur le risque porté pour les valeurs résiduelles. Une informa­tion que nous n’avons pas pu vérifier. Mais sur le terrain, la situation de dan­ger est confirmée par les réseaux de distribution. En tout cas, un certain nombre d’entre eux, à commencer par les distributeurs Stellantis.

 

Tout a débuté après la crise de la Covid qui a vu une montée en flèche des prix des véhicules neufs : +14 % pour les hybrides rechargeables, +20 % pour les électriques, entre la fin de l’année 2020 et le début de 2023, comme le montre le graphique ci‑contre.

 

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De son côté, le marché de l’occasion récente (moins de trois ans notamment) a été dopé par la chute des livraisons de véhicules neufs. Une forme de bulle spéculative s’est em­parée du marché VO. Les stocks étaient bas, la demande bien plus forte.

 

Le leasing pour masquer la hausse des prix

 

Pour faire avaler la pilule aux consommateurs, les constructeurs ont dégainé l’arme du leasing comme solution universelle à la mobilité des Français. Le loyer est préservé, mais uniquement en apparence.

 

Car pour proposer une mensualité acceptable, certains constructeurs ont augmenté la valeur résiduelle pour que le reste à financer dans les trois premières années demeure stable. "Dans les marques du groupe Stellantis, toutes les valeurs des modèles PHEV et 100 % électriques ont été majorées pour tenir les loyers. Mais le problème est que ce coût de la valeur résiduelle est porté par les réseaux", explique ce professionnel.

 

Une stratégie qui fonctionne lorsque le marché du véhicule d’occasion est en croissance. Manque de chance, celui‑ci s’est retourné en 2023 avec un volume de transactions de 5,2 millions de voitures qui s’affiche comme le plus faible de la décennie.

 

Un marché du VO qui dérape, des stocks qui s’accumulent et des délais de rotation qui s’envolent. Selon les données Autovista, il faut plus de 80 jours (toutes marques confon­dues) pour revendre une voiture électrique contre 56 en 2020.

 

Côté hybrides rechargeables, le délai de vente atteint 71 jours en moyenne. Dans les marques premium, il s’en­vole même à près de 150 jours pour les modèles électriques. Or, chaque jour passé sur une place de parking coûte, pour celui qui porte ce VE, 0,10 % du prix du neuf de la voi­ture. Compte tenu de l’envolée des taux d’intérêt, on comprend mieux la pression.

 

Corollaire de la dégradation de la rotation, la baisse des prix de vente des véhicules d’occasion a démarré au début de l’année 2023. Selon Indi­cata, l’indice des prix de transaction, en base 100 au début de l’année 2020, a connu une croissance assez linéaire jusqu’à cette date, pour atteindre un sommet à 111,4. En avril dernier, cet indice était retombé à 101,3. Un re­tour à la case départ, quatre ans après la mise en place de cet indicateur.

 

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"Les groupes de distribution se font peur aujourd’hui en observant la baisse du marché, mais il ne faut pas oublier que le référentiel est très haut, explique ce financeur. Le marché re­devient normal, les marges vont bais­ser. Les distributeurs ne peuvent pas continuer durablement à gagner entre 5 000 à 6 000 euros sur chaque voiture parce que le VN était en souffrance. C’est un nouveau match qui démarre."

 

Le problème est que la baisse des prix des véhicules neufs qui commence à s’opérer, par l’arrivée de nouvelles technologies de batterie, de nou­velles autonomies et la concurrence entre les marques, y compris les nou­veaux entrants du marché, vient chahuter l’équation classique de la valeur résiduelle. En moins de 18 mois, les VR ont perdu entre cinq et dix points se­lon les segments.

 

Ainsi, si les distributeurs sont pé­nalisés aujourd’hui par la baisse des prix de vente, ils le seront bien plus en 2025 et 2026. À cette date, revien­dront sur le marché de l’occasion les modèles dont les contrats de leasing signés en 2023 se sont basés sur des valeurs trop élevées en 2022.

 

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Sans compter les 50 000 dossiers du leasing social. Largement surestimée, la va­leur résiduelle des modèles éligibles a permis d’atteindre ce loyer de 100 eu­ros. Le problème n’est pas tant ces pourcentages, mais le prix auquel ces voitures seront proposées dans trois ans. Entre 12 000 et 21 000 euros. Soit le tarif des véhicules neufs qui seront lancés sur le marché à cette date.

 


 

 

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