Prévisions 2022 : redémarrage en douceur
D'un point de vue macroéconomique, la France a connu en 2021 l’une de ses meilleures années depuis 70 ans. La croissance devrait atteindre 6,7 % selon les dernières données de l’Insee. Une année de reprise après une chute de 8,1 % du PIB en 2020 à la suite de la crise sanitaire et ses confinements qui ont stoppé l’économie. Malheureusement, ce rebond n’a pas concerné l’automobile. En effet, après un exercice 2020 où le marché des véhicules neufs a plongé de 25,5 %, à 1,650 million d’unités, le redémarrage n’a pas eu lieu.
Après un début d’année donnant l’illusion d’une reprise, dopé par les mois de mars (+ 191,7 %), avril (+ 568,8 %) et mai (+ 46,4 %) (les trois mois du confinement en 2020), les mois suivants n’ont été qu’une lente descente aux enfers, avec une baisse continue de juin à décembre. Après douze mois d’activité, la croissance est seulement de 0,5 %, soit 8 886 mises à la route de plus qu’en 2020. Le marché VN 2021 totalise ainsi 1 659 004 immatriculations. C’est encore 25 % de moins qu’en 2019.
Le canal des particuliers recule encore
Pourtant, sans être historique, la demande était là. Nombre de constructeurs affichent à fin décembre un portefeuille de commandes supérieur à trois mois d’activité. Il faut y voir une conséquence de l’impossibilité de certains à livrer leurs modèles. Malheureusement pour eux et pour les concessionnaires, l’industrie automobile a été touchée de plein fouet par la crise des semi‑conducteurs, entraînant la fermeture de nombreuses usines dans le monde et particulièrement en Europe. Dans ce contexte délicat, les différents canaux du marché français n’ont pas évolué de la même manière.
Le canal des particuliers n’a pas relevé la tête. En effet, après avoir déjà reculé de 21,1 % en 2020, il abandonne encore 7,6 % en 2021, avec seulement 715 282 immatriculations. Les causes de ce nouveau repli sont multiples, mêlant l’indisponibilité des véhicules, l’inquiétude liée à la crise sanitaire et l’évolution de l’offre toujours plus électrifiée et plus chère.
Un faisceau d’éléments qui explique aussi la très bonne année du véhicule d’occasion. Le VO a effectivement battu un record en 2021 avec plus de 6 millions de transactions, en hausse de 8 %. Les espoirs placés dans les ventes aux professionnels ont été en quelque sorte douchés. En effet, après une année 2020 logiquement perturbée, l’exercice 2021 devait laisser place à plus de renouvellements.
Avec 483 507 véhicules particuliers immatriculés par les administrations, les sociétés et les loueurs longue durée, le bilan est toutefois positif, avec 7,8 % de gagnés, mais pas à la hauteur des attentes. Le déficit est encore de 11,1 % par rapport à 2019. Les loueurs courte durée ont aussi relevé la tête, avec + 24,8 % et 160 414 immatriculations, mais ils sont encore loin d’avoir effacé la catastrophe de 2020, où les volumes avaient plongé de 46,7 %. Le marché français va donc un peu mieux, mais il est encore loin de son niveau passé. Et ce n’est pas sûr qu’il le retrouve un jour.
Une croissance de 7,7 % en 2022
Bien que la croissance devrait être de mise en 2022, il ne faut pas s’attendre à un rattrapage dans les mois à venir. En effet, IHS Markit estime que les immatriculations hexagonales devraient progresser de 7,7 % en 2022, à 1,786 million. "Une croissance relativement faible, explique Lorraine Morard, analyste prévisions des ventes EMEA IHS Markit, car les impacts sur le marché VN seront encore nombreux en 2022. La pénurie de semi‑conducteurs n’a pas disparu et se fera sentir au moins jusqu’au 4e trimestre." Une situation qui pourrait encore pousser les clients à décaler leur achat de VN ou à aller vers des véhicules d’occasion, comme en 2021. Puis, il ne faut pas oublier que la crise sanitaire n’est pas terminée, avec son cortège d’incertitudes. Dans ce contexte, la question de revoir, un jour, un marché VP à des niveaux passés se pose.
"Le marché français retrouvera un point haut en 2024, mais le volume de 2019 (2,214 millions d’immatriculations, NDLR) appartient sans doute au passé", estime Lorraine Morard. Et les raisons sont nombreuses, allant de l’essor des nouvelles mobilités à l’électrification de l’offre, en passant par la désaffection de l’automobile des jeunes générations. L’industrie automobile vit plusieurs révolutions à la fois actuellement et les conséquences seront nombreuses pour les constructeurs comme pour les concessionnaires. La redéfinition actuelle des futurs contrats de distribution peut être vue comme un exemple de la volonté des constructeurs de réintégrer de la valeur ajoutée dans leur business. Car le simple modèle économique reposant, en large partie, sur la vente de VN ne suffira plus dans le monde qui se dessine.
Dacia se rapproche du podium
Comme IHS Markit nous l’annonçait fin 2020, la marque Peugeot a bel et bien terminé l’année 2021 en tête des ventes tous canaux confondus, malgré un recul de ses immatriculations de 5,3 %. Son rival de toujours, Renault, a fait moins bien avec un repli de 14,5 % sur fond de redéfinition du commerce centrée sur les ventes rentables. Les deux marques ont ainsi été séparées par 16 978 unités en 2021 et cet écart devrait rester similaire en 2022. La marque sochalienne pourra compter sur la montée en puissance de la 308, dont le lancement commercial a été perturbé en 2021, mais aussi sur une nouvelle silhouette de SUV coupé en fin d’année, le 4008, dont la production va débuter en novembre à Mulhouse.
A lire aussi : Peugeot compte s'installer en tête du marché français en 2022
Quant à la quatrième marque du marché, Dacia, rien ne semble pouvoir freiner sa marche en avant. Avec le Jogger qui s’annonce et plus largement avec des produits collant à la demande des clients, les analystes la voit encore progresser et réduire l’écart avec Citroën. Séparées de 37 000 immatriculations en 2021, la différence entre elles passerait à moins de 14 000 unités en 2022. Cependant, Citroën compte répondre avec un C5 Aircross revisité en début d’exercice et la C4 X dont les effets commerciaux seront davantage visibles en 2023.
Cette année qui s’ouvre devrait aussi marquer le réveil de Nissan (+ 58,9 %), avec la montée en puissance du Qashqai et l’arrivée du nouveau X‑Trail, et d’Alfa Romeo (+ 293,2 %) qui va enfin pouvoir compter sur le petit SUV Tonale dont IHS Markit estime qu’il pourrait représenter 4 390 immatriculations en France.
Retrouvez l'ensemble du Dossier Prévisions 2022 du JA 1303 en cliquant ici
Sources : chiffres 2021 : AAA Data ; Chiffres 2022 : estimations IHS Markit réalisées le 14/12/2021.
Sur le même sujet
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.