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Constructeurs

Prévisions 2022 : redémarrage en douceur

Publié le 26 janvier 2022

Par Christophe Jaussaud
6 min de lecture
La reprise attendue n’a pas eu lieu en 2021 avec un marché des véhicules particuliers au même niveau qu’en 2020. L’exercice qui s’ouvre devrait renouer avec la croissance sans toutefois permettre de dépasser 1,8 million d’immatriculations.
Dacia devrait connaître une bonne année 2022 en France avec des ventes estimées en hausse de plus de 24 %.

D'un point de vue macroéco­nomique, la France a connu en 2021 l’une de ses meil­leures années depuis 70 ans. La crois­sance devrait atteindre 6,7 % selon les dernières données de l’Insee. Une an­née de reprise après une chute de 8,1 % du PIB en 2020 à la suite de la crise sanitaire et ses confinements qui ont stoppé l’économie. Malheureusement, ce rebond n’a pas concerné l’automo­bile. En effet, après un exercice 2020 où le marché des véhicules neufs a plongé de 25,5 %, à 1,650 million d’unités, le redémarrage n’a pas eu lieu.

 

Après un début d’année donnant l’illusion d’une reprise, dopé par les mois de mars (+ 191,7 %), avril (+ 568,8 %) et mai (+ 46,4 %) (les trois mois du confine­ment en 2020), les mois suivants n’ont été qu’une lente descente aux enfers, avec une baisse continue de juin à dé­cembre. Après douze mois d’activité, la croissance est seulement de 0,5 %, soit 8 886 mises à la route de plus qu’en 2020. Le marché VN 2021 totalise ainsi 1 659 004 immatriculations. C’est en­core 25 % de moins qu’en 2019.

 

Le canal des particu­liers recule encore

 

Pourtant, sans être historique, la de­mande était là. Nombre de construc­teurs affichent à fin décembre un por­tefeuille de commandes supérieur à trois mois d’activité. Il faut y voir une conséquence de l’impossibilité de cer­tains à livrer leurs modèles. Malheu­reusement pour eux et pour les conces­sionnaires, l’industrie automobile a été touchée de plein fouet par la crise des semi‑conducteurs, entraînant la fer­meture de nombreuses usines dans le monde et particulièrement en Europe. Dans ce contexte délicat, les différents canaux du marché français n’ont pas évolué de la même manière.

 

Le ca­nal des particuliers n’a pas relevé la tête. En effet, après avoir déjà reculé de 21,1 % en 2020, il abandonne en­core 7,6 % en 2021, avec seulement 715 282 immatriculations. Les causes de ce nouveau repli sont multiples, mêlant l’indisponibilité des véhicules, l’inquiétude liée à la crise sanitaire et l’évolution de l’offre toujours plus élec­trifiée et plus chère.

 

Un faisceau d’élé­ments qui explique aussi la très bonne année du véhicule d’occasion. Le VO a effectivement battu un record en 2021 avec plus de 6 millions de transactions, en hausse de 8 %. Les espoirs placés dans les ventes aux professionnels ont été en quelque sorte douchés. En effet, après une année 2020 logiquement perturbée, l’exercice 2021 devait lais­ser place à plus de renouvellements.

 

Avec 483 507 véhicules particuliers immatriculés par les administrations, les sociétés et les loueurs longue durée, le bilan est toutefois positif, avec 7,8 % de gagnés, mais pas à la hauteur des at­tentes. Le déficit est encore de 11,1 % par rapport à 2019. Les loueurs courte durée ont aussi relevé la tête, avec + 24,8 % et 160 414 immatriculations, mais ils sont encore loin d’avoir effacé la catastrophe de 2020, où les volumes avaient plongé de 46,7 %. Le marché français va donc un peu mieux, mais il est encore loin de son niveau passé. Et ce n’est pas sûr qu’il le retrouve un jour.

 

Une croissance de 7,7 % en 2022

 

Bien que la croissance devrait être de mise en 2022, il ne faut pas s’attendre à un rattrapage dans les mois à venir. En effet, IHS Markit estime que les immatriculations hexagonales de­vraient progresser de 7,7 % en 2022, à 1,786 million. "Une croissance relative­ment faible, explique Lorraine Mo­rard, analyste prévisions des ventes EMEA IHS Markit, car les impacts sur le marché VN seront encore nombreux en 2022. La pénurie de semi‑conduc­teurs n’a pas disparu et se fera sentir au moins jusqu’au 4e trimestre." Une si­tuation qui pourrait encore pousser les clients à décaler leur achat de VN ou à aller vers des véhicules d’occasion, comme en 2021. Puis, il ne faut pas ou­blier que la crise sanitaire n’est pas ter­minée, avec son cortège d’incertitudes. Dans ce contexte, la question de revoir, un jour, un marché VP à des niveaux passés se pose.

 

"Le marché français re­trouvera un point haut en 2024, mais le volume de 2019 (2,214 millions d’im­matriculations, NDLR) appartient sans doute au passé", estime Lorraine Mo­rard. Et les raisons sont nombreuses, allant de l’essor des nouvelles mobilités à l’électrification de l’offre, en passant par la désaffection de l’automobile des jeunes générations. L’industrie auto­mobile vit plusieurs révolutions à la fois actuellement et les conséquences seront nombreuses pour les construc­teurs comme pour les concession­naires. La redéfinition actuelle des futurs contrats de distribution peut être vue comme un exemple de la vo­lonté des constructeurs de réintégrer de la valeur ajoutée dans leur business. Car le simple modèle économique re­posant, en large partie, sur la vente de VN ne suffira plus dans le monde qui se dessine.

 

Dacia se rapproche du podium

 

Comme IHS Markit nous l’annonçait fin 2020, la marque Peugeot a bel et bien terminé l’année 2021 en tête des ventes tous canaux confondus, malgré un recul de ses immatriculations de 5,3 %. Son rival de toujours, Renault, a fait moins bien avec un repli de 14,5 % sur fond de redéfinition du commerce centrée sur les ventes rentables. Les deux marques ont ainsi été séparées par 16 978 uni­tés en 2021 et cet écart devrait rester similaire en 2022. La marque socha­lienne pourra compter sur la montée en puissance de la 308, dont le lancement commercial a été perturbé en 2021, mais aussi sur une nouvelle silhouette de SUV coupé en fin d’année, le 4008, dont la production va débuter en no­vembre à Mulhouse.

 

A lire aussi : Peugeot compte s'installer en tête du marché français en 2022

 

Quant à la qua­trième marque du marché, Dacia, rien ne semble pouvoir freiner sa marche en avant. Avec le Jogger qui s’annonce et plus largement avec des produits collant à la demande des clients, les analystes la voit encore progresser et réduire l’écart avec Citroën. Séparées de 37 000 imma­triculations en 2021, la différence entre elles passerait à moins de 14 000 unités en 2022. Cependant, Citroën compte répondre avec un C5 Aircross revisi­té en début d’exercice et la C4 X dont les effets commerciaux seront davan­tage visibles en 2023.

 

Cette année qui s’ouvre devrait aussi marquer le réveil de Nissan (+ 58,9 %), avec la montée en puissance du Qashqai et l’arrivée du nouveau X‑Trail, et d’Alfa Romeo (+ 293,2 %) qui va enfin pouvoir comp­ter sur le petit SUV Tonale dont IHS Markit estime qu’il pourrait représenter 4 390 immatriculations en France.

 

Retrouvez l'ensemble du Dossier Prévisions 2022 du JA 1303 en cliquant ici

 

Sources : chiffres 2021 : AAA Data ; Chiffres 2022 : estimations IHS Markit réalisées le 14/12/2021.

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