Opel adapte son ingénierie à l'influence grandissante de Leapmotor

Dans le nouveau plan stratégique de Stellantis, Opel, comme Citroën, fait partie des marques régionales, à l'inverse de Peugeot, Jeep ou Fiat qui ont un statut plus global. Un positionnement qui a également des effets sur les moyens.
Dans cette logique, Opel revoit à la baisse les compacités de son historique centre d'ingénierie de Rüsselsheim, en Allemagne. Sur les 1 650 postes d'ingénieurs actuels, 650 vont être supprimés, soit 40 %.
Rebaptisé "Tech Center", le site doit participer au développement d'un nouveau SUV électrique en partenariat avec le constructeur chinois Leapmotor, dont la production est attendue à partir de 2028.
"L'arrivée des constructeurs chinois en Europe est une réalité", justifie auprès de l'AFP le patron d'Opel, Florian Huettl, rappelant qu'ils ont atteint plus de 10 % de part de marché dans l'Union européenne en juin 2026.
Selon lui, le partenariat permettra de combiner le savoir-faire industriel allemand et l'expertise logicielle de Leapmotor "pour créer le meilleur des deux mondes", tout en recentrant les équipes de Rüsselsheim sur leurs compétences clés (châssis, sièges, éclairage, direction, systèmes d'aide à la conduite...).
Un risque de déclassement technologique ?
Le site historique de Rüsselsheim n'est plus ce qu'il était. En effet, les effectifs du centre d'ingénierie et de l'usine sont passés de quelque 42 000 salariés à leur pic à environ 6 800 fin 2025.
Opel n'est aujourd'hui plus le premier employeur des habitants de la commune, cette place revenant désormais à l'aéroport de Francfort, situé à quelques kilomètres, souligne auprès de l'AFP le maire conservateur (CDU) Patrick Burghardt.
Ces nouvelles suppressions de postes ont "naturellement une influence" sur la ville, estime-t-il, disant comprendre l'impératif de compétitivité mais inquiet d'une stratégie qui pourrait finir par "les rattraper à long terme".
Pour Daniel Bremm, responsable local du syndicat IG Metall, le principal risque est celui d'un déclassement technologique, où le centre d'ingénierie deviendrait une simple "station d'adaptation" de véhicules conçus ailleurs dans le groupe ou en Chine.
Les Opel Astra et DS4 jusqu'en 2029
"En France et en Italie, on recrute, alors qu'en Allemagne, on ne fait que supprimer des postes", regrette par ailleurs le syndicaliste, qui dit avoir l'impression d'un lobbying plus offensif du côté de Paris ou de Rome auprès de la maison mère.
Les inquiétudes ont été renforcées par le choix de produire le futur SUV développé avec Leapmotor à Saragosse, en Espagne, plutôt qu'à Rüsselsheim.
Un motif de soulagement est toutefois apparu cet été avec la décision de Stellantis d'attribuer à l'usine de Rüsselsheim la future génération de l'Opel Astra et de la DS4, garantissant l'activité au-delà de 2029.
Cette décision s'inscrit dans un plan d'investissement de Stellantis d'un milliard d'euros en Allemagne d'ici 2030, comprenant notamment la construction d'un nouveau siège à Rüsselsheim, le "grEEn-campus".
La municipalité cherche parallèlement à accélérer sa diversification économique. Opel s'est engagé à céder 140 000 mètres carrés de terrains industriels que la ville souhaite convertir en pôle technologique consacré à l'hydrogène vert.
"Nous avons deux cœurs qui battent dans notre poitrine", confie le maire de la ville Patrick Burghardt. Les suppressions d'emplois sont un processus "difficile" pour les familles, mais constituent selon lui "une chance unique" pour la ville de "se positionner de manière nettement plus saine" et devenir plus "indépendante des crises". (avec AFP)
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