S'abonner
Constructeurs

Importations chinoises : François Provost réclame un accord pour rééquilibrer la concurrence en Europe

Publié le 14 octobre 2026

■
Par Catherine Leroy
■
4 min de lecture
Face à l’écart de compétitivité avec la Chine et à l’accumulation des normes européennes, le patron de Renault réclame un encadrement des importations de véhicules chinois, une trajectoire CO₂ assouplie et un gel réglementaire pendant dix ans.
francois-provost-mondial-auto-2026
Face à l’écart de compétitivité avec la Chine et à l’accumulation des normes européennes, le patron de Renault réclame un encadrement des importations de véhicules chinois© Fisheye

L'industrie automobile européenne est en pleine crise existentielle ! Les près de 3 000 professionnels et dirigeants sur secteur auto qui assistaient au Paris Automotive Summit du Mondial de l'Auto ont trouvé un patron du groupe Renault combatif ce 13 octobre 2026. Un an après un premier cri d’alarme lancé à la filière, le diagnostic s’appuie sur une érosion déjà profonde de l’emploi. En France, l’industrie automobile a perdu 33 % de ses effectifs entre 2010 et 2023. François Provost dénonce une "illusion technocratique", associant prolifération des normes et libre-échange naïf, qui fragilise la capacité de l’Europe à conserver sa production automobile.

 

Les enjeux dépassent les seuls constructeurs. Le secteur représente, rappelle-t-il, 10 % de l’emploi industriel européen, un tiers de la recherche et développement privée et plus d’un million d’emplois directs et indirects en France.

 

Dix milliards d’euros d’investissements sous condition

 

Face à cette situation, François Provost met en avant le poids de la France dans Renault Group : le pays concentre 40 % des effectifs et représente 22 % des ventes du groupe. Il rappelle également que Renault a investi 13 milliards d’euros depuis 2020.

 

Le dirigeant s’engage à investir 10 milliards d’euros supplémentaires jusqu’en 2030, mais assortit cette perspective d’une condition : "si l’environnement économique et politique le permet". La poursuite des investissements dépend donc aussi du cadre dans lequel les industriels européens devront évoluer.

 

"Face à cette crise existentielle, que faisons-nous ? Allons-nous nous contenter de gémir, de demander des aides ? Certainement pas", souligne-t-il. Pour rétablir une compétition loyale, François Provost identifie trois priorités : encadrer les flux d’importation de véhicules chinois, rendre la trajectoire de décarbonation réaliste et stopper l’inflation normative.

Encadrer les importations chinoises

 

La première demande porte sur la concrétisation urgente de l' accord commercial entre l’Union européenne et la Chine. François Provost veut encadrer et limiter les volumes de véhicules importés, face à une progression qu’il juge susceptible de déstabiliser l’industrie européenne.

 

Selon les chiffres qu’il présente, la part de marché des constructeurs chinois en Europe est passée de 2 % en janvier 2024 à 11 % en août, puis à 13,6 % en septembre. Il redoute une poursuite de cette trajectoire, qui pourrait porter les importations à 15 %, 20 %, voire 25 % du marché européen. Ce dernier niveau est, souligne-t-il, déjà observé au Brésil.

 

Le dirigeant estime que cette offensive repose sur un différentiel de compétitivité de 30 % à 40 % en faveur de l’écosystème chinois par rapport au modèle européen. Sans limites fixées par l’Union européenne, il prévient que les réglementations industrielles risquent de ne plus s’appliquer qu’aux "derniers survivants européens", alors que la production locale reculerait.

 

L’accord demandé ne vise pas une fermeture hermétique des frontières. François Provost défend une implantation durable des acteurs étrangers, avec des investissements dans la chaîne de valeur européenne, le recours aux fournisseurs locaux et des transferts de technologies. Il rejette les importations directes sans valeur ajoutée locale comme les simples "usines tournevis".

 

Une flexibilité de 20 % en 2035 et un lissage sur 2028-2032

 

La deuxième priorité concerne les objectifs de décarbonation. François Provost réclame un assouplissement du calendrier CO₂, avec une flexibilité de 20 % en 2035 et un lissage sur la période 2028-2032, soit la position défendue par l'ACEA depuis cet été. "Sans assouplissement, c'est simple, le groupe pourrait envisager une réduction de la production européenne de 300 000 véhicules par an", alerte-t-il.

 

Le gel réglementaire sur 10 ans est également un leitmotiv de Renault. François Provost veut stopper une inflation normative qui aurait ajouté plus de 3 000 euros au coût de chaque voiture au cours des six dernières années. "On a des réglementations délirantes, un objectif inatteignable en 2035 et qu’est-ce qui se passe ? Bah, les Français ne peuvent pas s’acheter de voiture", assure-t-il.

 

Vous devez activer le javacript et la gestion des cookies pour bénéficier de toutes les fonctionnalités.
Partager :

Sur le même sujet

Laisser un commentaire

cross-circle