Voitures autonomes : l’Europe face au risque de devenir une "colonie numérique"

Une prise de conscience potentiellement tardive. Tandis que l’Europe cherche à rattraper son retard sur les questions d’électrification, un rapport du haut-commissariat au Plan tire la sonnette d’alarme sur le retard concernant les véhicules autonomes. Dans le rapport publié le 11 mai 2026 par Thomas Matagne, le sujet pourrait prendre en embuscade le Vieux Continent, au risque de devenir ce qu’il qualifie de "colonie numérique", à la merci d’acteurs technologiques étrangers.
Il est vrai qu’aux États-Unis et en Chine, les voitures autonomes sont en plein essor avec des flottes commerciales appartenant à des entreprises comme Waymo, Baidu ou Pony AI, en forte croissance. Pris en étau entre les deux géants, l’Europe fait pâle figure et Thomas Matagne estime qu’elle est "loin du compte". Absente des débats et de la maîtrise technologique, le Vieux Continent pourrait devenir un marché importateur des technologies d’acteurs étrangers, ce qui provoquerait un risque en matière de données et de sécurité.
Les acteurs américains et chinois déjà implantés en Europe
Précisons que la majorité des projets initiés dans les capitales européennes intègrent systématiquement des entreprises étasuniennes ou chinoises. Par exemple, Waymo a jeté son dévolu sur Londres pour pénétrer le marché européen, tandis que Pony AI va tester des vans autonomes au Luxembourg en partenariat avec Stellantis.
En parallèle, WeRide opère déjà en Belgique, en Espagne et en Suisse et Uber compte déployer cette année à Munich des robotaxis avec la technologie chinoise de Momenta. Comme le précise l’AFP, en Chine où figurent Apollo (filiale de Baidu), Pony AI, WeRide, Didi et SAIC, Goldman Sachs prévoit 500 000 robotaxis en 2030 puis 1,9 million en 2035, contre 4 100 en 2025. L’Europe fait donc figure d’eldorado pour ces entreprises.
Penser le véhicule autonome avant tout pour les transports en commun
Face à ce constat, le rapport précise que remplacer la voiture individuelle par des robotaxis serait une erreur. Le haut-commissariat au Plan précise qu’actuellement, le système automobile est sous-utilisé avec une voiture exploitée 5 % du temps et peu remplie avec 1,6 personne par véhicule en moyenne. De plus, l’institution explique qu’en l’absence de régulation, la voiture autonome pourrait accroître la congestion et les trajets à vide qui représentent déjà 44,3 % des déplacements des véhicules Waymo aux États-Unis.
Ainsi, pour rattraper les acteurs américains et chinois, le rapport propose d’emprunter une nouvelle voie, en les intégrant au système de transports en commun plutôt que de privilégier les robotaxis. Dépassée sur la technologie à l’échelle du véhicule, l’Europe reprendrait ainsi la main sur le modèle de mobilité, préconise l’institution.
"Il faut qu’on l’anticipe parce que ça va tout changer", a déclaré le haut-commissaire au Plan Clément Beaune sur France 2 le 11 mai 2026. "Tous les modèles sont américains ou chinois aujourd’hui. Il faut se lancer, tester, parce que c’est en voyant ces véhicules dans nos rues qu’on va réguler et innover."
À l’image de ce qu’avait indiqué Clément Beaune dans son post LinkedIn, le Plan préconise des véhicules autonomes avant tout partagés : "Aller au travail avec son véhicule autonome, le laisser ensuite repartir en journée pour transporter des personnes âgées qui l’auront loué pour un trajet chez le médecin en zone rurale, et le réutiliser pour rentrer le soir : voici le type d’exploitation qui sera rendu possible par cette révolution", indique la note.
La stratégie de la dernière chance pour rattraper le retard
Pour contrecarrer le débarquement en Europe des acteurs américains et chinois, le haut-commissariat au Plan souhaite que l’étendard de la préférence européenne soit à nouveau brandi. Il suggère notamment de faire émerger deux ou trois champions européens de la conduite autonome qui seraient "massivement financés" par le biais de la commande publique. D’autre part, l’institution recommande de prendre le leadership en maîtrisant le système d’exploitation de la route via la supervision et la gestion des flux par des acteurs publics.
L’institution propose le développement de services via des lignes de cars express, le covoiturage et des hubs multimodaux sans attendre une maturité technologique. À l’image de ce qui a pu être fait avec l’hydrogène, la France propose d’identifier cinq à dix territoires pilotes pour déployer à grande échelle les véhicules autonomes. Enfin, le haut-commissariat au Plan prévoit d’organiser un "wake-up call" européen dans l’objectif de définir un modèle de mobilité "d’intérêt général".
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