S'abonner
Distribution

Du mono au multimarque, la belle trajectoire du groupe Bernier

Publié le 12 mars 2026

Par Christophe Bourgeois
8 min de lecture
Décennie après décennie, le groupe de distribution, initialement affilié à Citroën puis à Peugeot, s’est ouvert au multimarquisme. Plus de 30 ans après sa création officielle, Bernier figure parmi les plus importants distributeurs de France. S’appuyant sur ses équipes, il a également su quitter son territoire d’origine pour investir dans d’autres régions.
Groupe Bernier
Le groupe Bernier figure dans le top 10 des distributeurs Toyota en France. ©Bernier

Il y a des histoires d’entreprise dont les destins sont façonnés par l’Histoire avec un grand H. Chez les Bernier, tout commence par une rupture brutale – la guerre, la perte d’une affaire, un avenir à reconstruire – avant qu’une porte poussée presque par hasard ne trace une nouvelle trajectoire dans l’automobile.

 

L’aventure commence à Orléans (45). Georges, le grand-père, y est un important distributeur dans la quincaillerie. Mais la guerre éclate, la ville est durement frappée, Georges disparaît et son entreprise avec lui.

 

Michel, qui devait reprendre l’activité familiale, se retrouve alors à chercher du travail. En 1947, sur les conseils d’un ami, il pousse la porte de la concession Luchard, porte Maillot à Paris, un important distributeur Citroën, dont il prend la direction en tant que salarié.

 

"À cette époque, mon père me rappelait qu’il y avait plus de clients que de voitures mais au milieu des années 1950, la tendance s’inverse radicalement; mon père découvre alors le vrai métier de concessionnaire !", se souvient Denis Bernier, président du groupe éponyme.

 

Porté par la période faste de l’automobile, Michel Bernier se développe durant les années 1950 et 1960. En 1968, il quitte Citroën pour rejoindre Peugeot à Paris. "Il existait déjà de grands distributeurs Peugeot avec les familles Neubauer ou Darl’mat, mais le constructeur ne voulait pas de monopole", explique le dirigeant qui rejoindra le groupe de distribution dix ans plus tard.

 

Diplômé d’un DESS en droit des affaires et en contrôle de gestion, il embarque dans l’aventure à 32 ans. "Cela s’est fait tout naturellement, sans pression", se rappelle-t-il.

 

Denis Bernier, président du groupe Bernier. ©Bernier

 

Une concurrence parisienne très forte

 

1992 marque une date clé avec la création officielle du groupe, présidé par Michel Bernier jusqu’en 2000 et dirigé par Denis.

 

À partir de cette période, l’entreprise change de dimension et de zone de couverture. "Vendre des voitures à Paris était un métier très différent de ce qui se passait en province, explique le dirigeant. Notre concurrent n’était pas Renault, mais les succursales du constructeur ou les concessions Peugeot détenues par d’autres distributeurs. Et la concurrence était féroce."

 

Parallèlement, les grandes entreprises quittent progressivement Paris intramuros. Les volumes importants réalisés auparavant diminuent, les commandes se décentralisent et les acteurs de la location longue durée montent en puissance.

 

Cette évolution se traduit pour le constructeur par une baisse des volumes et des marges sous pression, auxquelles s’ajoutent des contraintes immobilières en forte hausse.

 

Dans ce contexte, Denis Bernier décide dans les années 1990 de s’installer en Essonne (91), "pour respirer un peu". Le rachat de la concession Peugeot d’Orléans suit rapidement. "Nous revenions sur les terres familiales avec une affaire dont l’approche était totalement différente de celle de nos activités parisiennes", commente-t-il.

 

Changement de territoire

 

La transition entre Paris et la province s’étale sur près de deux décennies. En 2008, le groupe cède ses dernières adresses parisiennes : Paris XVIe, Neuilly-sur-Seine, Nanterre et La Défense (92). Une décision difficile à prendre. "Ces affaires représentaient à elles seules 40 % de notre activité, mais ce choix était indispensable pour le développement du groupe."

 

Cette évolution avait toutefois été anticipée. Dès 2002, le groupe, jusque-là affilié à une seule marque, se lance dans le multimarquisme avec Toyota à La Verrière (78). "Je n’ai pas été le premier à le faire, mais il y a 25 ans, ce n’était pas encore si répandu dans la distribution", souligne Denis Bernier. Pourquoi Toyota ? "Je voulais me développer avec une marque qui avait une stratégie différente. À l’époque, Toyota n’était pas une marque à volume et cela nous convenait."

 

 

Aujourd’hui, avec plus de 5 500 véhicules vendus (chiffres 2024), le groupe Bernier figure dans le top 10 des distributeurs Toyota. Ses concessions ont été plusieurs fois récompensées par le prix Ichiban, distinguant les meilleurs sites.

 

Le showroom Lexus d’Orléans, déjà lauréat pendant cinq années du Trophée Qualité du constructeur, a également remporté en 2025 le prestigieux Kawani Award. "Nous sommes l’une des rares concessions européennes à avoir reçu ce prix", souligne Denis Bernier, mettant en avant le travail de l’ensemble des collaborateurs du groupe.

 

Le site Lexus d’Orléans (45) a reçu le prestigieux Kawani Award, qui récompense les meilleures concessions dans le monde. ©Lexus

 

Consolidation importante

 

Fidèle à Stellantis avec les marques issues de l’ex-PSA, le groupe Bernier a néanmoins élargi son portefeuille au fil des rachats depuis le milieu des années 2010. Il distribue également Kia et Suzuki, puis MG depuis 2023, soit au total onze marques sur un territoire contigu allant d’Évreux (27) au nord jusqu’à Orléans, en passant par une grande partie des Yvelines et l’Essonne.

 

Depuis le début de la décennie, le groupe renforce sa position sur ses territoires naturels, dans l’Essonne et le Loiret, ainsi que dans les départements limitrophes.

 

Parmi les opérations marquantes, figurent la reprise d’Opel, Kia, Jeep et Suzuki à Massy et aux Ulis (91), le développement de Toyota dans le Loir-et-Cher (41) avec la reprise de Blois et l’ouverture d’annexes à Vendôme et Romorantin, ainsi que le rachat des concessions Citroën et DS Automobiles à Orléans, puis d’Opel dans la même ville.

 

Confronté à la contraction des marchés et à la pression sur les marges, le groupe Bernier privilégie en ce milieu de décennie la consolidation et l’efficacité opérationnelle. Une stratégie qui repose autant sur l’organisation que sur l’engagement des collaborateurs.

 

Cette consolidation passe notamment par le regroupement de plusieurs marques sur un même site, comme cela a récemment été le cas à Fleury-les-Aubrais (45), au nord de l’agglomération orléanaise. "Nous avons regroupé Citroën et DS avec Opel chez Peugeot", présente-t-il. Un mouvement qu’il poursuit actuellement sur les sites de Montargis ou de Pithiviers (45).

 

Acteur historique Peugeot, le groupe Bernier s'est depuis développé avec toutes les marques de Stellantis, excepté celles d’ex-FCA. ©Bernier

 

Une politique RSE soutenue

 

Au-delà du commerce, Denis Bernier, également président du Conseil des Territoires au sein de Mobilians et candidat à la présidence du syndicat dans le cadre des élections nationales qui auront lieu en juin prochain, revendique un engagement social fort. "Alors que la moyenne se situe généralement entre 7 et 8 % dans les groupes de distribution, notre effectif intègre plus de 10 % d’apprentis et d’alternants", explique-t-il.

 

 

Le groupe a également mis en place une politique RSE ambitieuse, axée sur des actions concrètes. D’abord, pour améliorer la sécurité et le bien-être des collaborateurs et moderniser les bâtiments lors des rénovations, afin de les rendre plus respectueux de l’environnement.

 

Ensuite, pour renforcer l’impact social local. "Nous accompagnons deux garages solidaires, un à Orléans, l’autre en Essonne", relate Denis Bernier. "À Orléans, nous leur fournissons des véhicules qui partent généralement chez des marchands afin qu’ils puissent les reconditionner, puis les vendre à des personnes dans le besoin." En Essonne, l’autre association forme aux métiers de l’atelier des personnes en voie de réinsertion.

 

Pour piloter cette politique RSE, le groupe a nommé un directeur dédié. "Elle reste une des clés de notre action, mais victime de son succès, elle doit aujourd’hui être mieux encadrée afin d’être plus efficace et plus pertinente", explique Denis Bernier, qui prévoit de déployer une feuille de route sur ce sujet dans les mois à venir.

 

Face à un marché en pleine recomposition, le groupe Bernier poursuit sa consolidation en s’appuyant sur celles et ceux qui font vivre ses concessions au quotidien. Plus qu’un levier social, cet ancrage humain devient un choix stratégique. Une manière de rappeler que, derrière les enseignes et les volumes, l’histoire reste d’abord collective.

 

-----------------------------------------------

 

Une plateforme de pièces en coactionnariat

 

En partenariat avec le groupe Bigot, le groupe Bernier intègre une plateforme de distribution Distrigo, appe­lée Sodispra. Située à Ormes (45), dans l’agglomération orléanaise, elle emploie 85 personnes dont 25 dédiées au commerce. Elle intervient dans 14 départements de l’Île‑de‑France et de la région Centre-Val de Loire. Ins­tallée dans un entrepôt de 10 000 m², elle dispose de 40 000 références dont 20 000 pneus, assure 210 tour­nées par jour, 5 jours sur 7 et 2 à 3 fois par jour.

 

Vous devez activer le javacript et la gestion des cookies pour bénéficier de toutes les fonctionnalités.
Partager :

Sur le même sujet

Laisser un commentaire

cross-circle