Leapmotor peine à trouver la bonne carburation en France

Durant les huit premiers mois de l’année 2026, les immatriculations de Leapmotor en France ont progressé fortement (+157,8 %), mais les volumes restent relativement faibles avec seulement 4 707 unités. Une trajectoire (en volume) bien loin de celle d’autres marques chinoises en France, comme MG, BYD ou Jaecoo.
Pourtant, la marque orientale du portefeuille de Stellantis affiche de bien meilleures performances ailleurs. À l’international, elle bat un record de nombre de livraisons quasiment tous les mois.
Ainsi, en août 2026, Leapmotor a écoulé 103 129 unités (+80,7 %) à l’échelle de la planète. En Europe, le décollage semble réel avec 65 056 immatriculations cumulées à fin juillet 2026, contre 10 701 un an plus tôt. Le problème est-il donc franco-français ?
Seulement des modèles électriques
La taille et la force du réseau de distribution ne peuvent pas être une explication. En effet, Leapmotor s’appuie sur des investisseurs de Stellantis et comptait, fin 2025, 139 points de représentation dans l’Hexagone, dont, notamment, 100 concessions et 27 succursales.
Des affaires portées par de grands groupes à l’image de DMD, Dubreuil, Sofida, Rousseau, Autosphere, Car Avenue ou Tressol-Chabrier. Au-delà d’un manque de communication flagrant, car la marque Leapmotor reste encore très largement inconnue en France, sa non-performance doit beaucoup, jusqu’ici, à sa gamme finalement peu adaptée au très complexe marché français avec ses aides, sa fiscalité et ses fléchages.
Contrairement aux autres marques chinoises qui ont dégainé des hybrides et PHEV lorsque les véhicules électriques ont été taxés, Leapmotor demeure une marque électrique, même si les C10 et B10 proposent des variantes à prolongateur d’autonomie (REEV) mais qui restent fiscalement des électriques.
Et le marché hexagonal de l’électrique, certes en croissance, est très largement contrôlé par les modèles bénéficiant des aides de l’État (pour les particuliers) et d’une fiscalité avantageuse (pour le BtoB) avec l’écoscore. Les modèles Leapmotor ne peuvent prétendre à rien de tout cela.

Avec l’arrivée des B03 et B03X, Leapmotor va enfin entrer sur le segment B, le plus important en France. ©Leapmotor
Ses ventes aux professionnels se sont limitées à 223 unités depuis le début de l’exercice, soit seulement 5,5 % de ses immatriculations. Les particuliers écrasent le mix avec 73,9 % et 3 483 des 4 707 mises à la route à fin août 2026.
Autre mauvaise nouvelle pour Leapmotor dans un avenir proche, son best-seller avec 2 840 unités à fin août, la citadine T03 du segment A, devrait être une victime collatérale de l’arrivée de la Twingo et de la guerre de l’électrique la moins chère de France avec la Citroën ë-C3. Puis viendra aussi en fin d’année la nouvelle Dacia Spring.
Mais il y a aussi des perspectives plus réjouissantes avec la production annoncée de modèles dans l’usine Stellantis de Saragosse en Espagne. Leapmotor pourrait devenir fiscalement compatible avec les exigences du marché français.
À partir d’octobre 2026, le B10 obtiendra un passeport européen et sa base technique servira même de socle à un futur modèle Opel attendu pour 2028. La berline électrique du segment C qui vient d’être lancée, la B05, sera aussi espagnole à partir du troisième trimestre 2027. De quoi, sans doute, changer la donne.
Une faible couverture du marché
La structure du marché français explique aussi le lent décollage de Leapmotor. En effet, la marque n’est aujourd’hui présente que sur les segments A, C, C-SUV et D-SUV. De quoi couvrir, toutes énergies confondues, 47,6 % du marché.
Toutefois, les choses pourraient s’améliorer assez rapidement avec l’arrivée de deux modèles sur le segment B avec les B03 et B03X, une berline et un SUV urbain. De quoi ajouter 47,7 % à la couverture théorique et atteindre un taux global, au regard des seuls segments, de 95,3 %.
Mais en réalité, avec son offre seulement électrique, Leapmotor "joue" sur bien moins que cela, un peu plus de 1/5e du marché en fait. Rappelons qu’en 2025, les modèles électriques ont représenté 20 % du marché français et 29,8 % à fin août 2026, sous les premiers effets de l’édition 3 du leasing social.
Pour l’heure, il est difficile d’appréhender à qui Leapmotor fait du mal commercialement. Le niveau des ventes et des modèles repris ne permet pas encore de juger de la conquête de la marque.
De la même manière, la concurrence intragroupe, principalement avec Opel, Fiat et Citroën, ne semble pour l’heure pas très significative. Pourtant, les modèles Leapmotor, aujourd’hui tous fabriqués en Chine et taxés à 31 % (10 + 21) à leur entrée en Europe, sont commercialisés à des tarifs très largement inférieurs à ceux de leurs cousins occidentaux.
Exemple le plus récent : la berline électrique B05. Affichée à un prix médian de 28 900 euros, elle est largement moins chère qu’une Citroën ë-C4 ou qu’une Opel Astra E dont les tarifs médians catalogue flirtent respectivement avec les 37 000 et 42 000 euros (voir tableau ci-dessous).
Et pour environ 10 000 euros de moins, la chinoise offre une meilleure fiche technique avec une batterie plus grosse, une meilleure autonomie ou une recharge plus rapide. Mais la B05 est loin d’être parfaite et même parfois exaspérante (comme de nombreux modèles chinois) avec une interface toujours très compliquée ou des Adas encore loin du bon calibrage.
Le loup n’est pas encore dans la bergerie
Lorsque Carlos Tavares avait annoncé l’arrivée de Leapmotor dans la galaxie Stellantis, en 2023, beaucoup y voyaient "l’entrée du loup dans la bergerie" alors que les plus pragmatiques s’attachaient à y voir un astucieux complément dans l’offre du groupe.
Il y a sans doute un peu de vrai dans les deux cas, mais pour l’heure, le loup n’a pas encore trouvé la porte de la bergerie. On note, en revanche, que l’influence de la marque chinoise est réelle, voire forte, dans le futur de Stellantis avec la reprise de plateformes et/ou d’architectures électrique et électronique pour alimenter à moindre coût et rapidement les gammes des marques définies comme "non prioritaires" dans le nouveau plan stratégique Stellantis.
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