Chery s'installe en France pour durer

Chery, premier exportateur automobile chinois, met les bouchées doubles en France, dernier marché européen d'importance – avec l'Allemagne – où il n’était pas encore solidement implanté. À l'occasion d'une soirée organisée à Paris le 10 avril 2026, le constructeur a déroulé sa feuille de route.
Le message était clair. "Partout où nous allons, nous ne venons pas simplement pour vendre des voitures. Nous venons pour nous installer, pour nous développer, pour nous enraciner", a indiqué Tongyue Yin, président de Chery.
Succès au Royaume-Uni
Dans un premier temps, Chery se développe en France avec Omoda & Jaecoo, deux marques créées spécialement en 2023 pour les marchés d'exportation. Ces deux marques "sœurs" sont commercialisées dans 64 pays, notamment en Europe, en Australie et dans certains pays du sud-est asiatique. Au Royaume-Uni, 50 000 véhicules ont été immatriculés et le constructeur présente le Jaecoo 7 comme le modèle le plus vendu aux particuliers.
En France, la marque, qui commercialise officiellement ses premiers produits depuis le 1er avril 2026, emploie une cinquantaine de personnes. Elle vient de recruter Lionel French-Keogh, ancien dirigeant de Hyundai France, à la tête de la filiale, et installera son centre de recherche et développement à Paris La Défense (92), au sein des locaux du siège de l'entreprise.
Après celui de Francfort (Allemagne), ouvert en 2018, il s'agit du deuxième centre de recherche et développement européen de Chery. Le site français aura pour mission de développer des véhicules des segments A et B, sur lesquels le constructeur est absent.
Commercialisation de Chery en France
Concernant la distribution, Omoda & Jaecoo seront représentées par cent concessionnaires. Le dernier a signé à l'occasion de la soirée de lancement. Il s'agit du groupe Lempereur, qui figure notamment parmi les premiers distributeurs MG de France. Il devient en même temps le premier distributeur à prendre la marque Chery, bien que le constructeur n'ait communiqué aucune date de lancement ni de gamme de produits.
Parmi les investisseurs qui ont décidé de prendre les panneaux Omoda & Jaecoo, Chery cite pêle-mêle les groupes Bernard, Deffeuille, Elypse Auto, Faurie, Grim, Loret, Nedey, Rousseau, Scala, etc. Chery prévoit 130 concessions d'ici la fin de l'année pour atteindre à terme 200 points de vente, soit la taille du réseau Kia, Hyundai ou Nissan. "L'objectif est que chaque Français se trouve à moins de 45 km d'une concession", indique le constructeur.
Une plaque pour les pièces de rechange
Pour lever un frein à la vente de véhicules, Chery soigne l'après-vente. Comme il l'a fait en 2024 outre-Manche, le constructeur s'est rapproché de DHL Supply Chain pour ouvrir un entrepôt logistique dédié aux pièces détachées. Cette place forte a été établie à Meung-sur-Loire, près d'Orléans (45).Le contrat initial prévoit une collaboration de trois ans entre les deux partenaires.
Chery y gagne alors la possibilité de s'engager auprès des concessionnaires sur un délai de livraion de 24 heures maximum partout en France. Dans sa communication, la filiale tricolore explique que le périmètre couvre le stockage et la gestion de plusieurs milliers de références de pièces détachées allant des composants de petite taille aux éléments de carrosserie, en passant par les batteries et les produits classés dangereux.
"Je ne connais pas d'autre constructeur étranger qui dispose d'une telle infrastructure sur le territoire français, soulignait au Journal de l'Automobile, Lionel French-Keogh. Au-delà de prendre une longueur d'avance, nous démontrons notre maturité sur des sujets de la plus haute importance". Là encore, il met en avant la création d'emplois dans l'Hexagone. Des développements pourront être réalisés au fil de l'agrandissment du catalogue de véhicules d'ici 2028.
200 000 unités dans l'usine de Barcelone
Pour rappel, présent dans 120 pays, Chery a livré 2,8 millions de véhicules dont 1,3 million hors de Chine. Le constructeur a réalisé un chiffre d'affaires de 60 milliards d'euros. Il dispose d'une usine d'assemblage en Europe, à Barcelone (Espagne), anciennement détenue par Nissan.
Le groupe a en effet signé un partenariat avec EV Motors pour ressusciter une ancienne marque espagnole, Ebro. Cette implantation industrielle a nécessité un investissement de 400 millions d'euros. Chery a l'ambition de produire 200 000 véhicules d'ici 2029, avec une cible d'au moins 50 % de contenu local.
De la place pour tout le monde ?
Cette arrivée en grande pompe de Chery pose la question de la disponibilité des investisseurs, aujourd'hui très fortement sollicités par les acteurs chinois. Car Chery n'est pas le seul. Le constructeur Geely a lui aussi d'importantes ambitions en France.
Il lancera sa marque généraliste Geely Auto, de haut de gamme Zeekr et d'utilitaires Farizon fin avril, sans avoir pour autant dévoilé ni le nombre ni le nom des investisseurs.
Un autre constructeur chinois, GAC, annoncera cette semaine sa stratégie pour le marché européen. Enfin, Denza, la marque premium de BYD, vient également de faire une arrivée remarquée en France. Y aura-t-il de la place pour tout le monde ?
(avec Gredy Raffin)
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