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Industrie

Automobile : la crise de l'énergie chasse celle des semi-conducteurs

Publié le 14 septembre 2022

Par Catherine Leroy
3 min de lecture
Le secteur automobile ne voit pas le bout du tunnel qui a débuté avec la pandémie de Covid-19 en 2020. La flambée des prix de l'énergie vient aujourd'hui rebattre les cartes de la production. Entre risques de pénurie et de surcoûts, la gestion de la crise devient un état permanent.
La production d'un kWh de batterie nécessite 200 kWh d'énergie.

Avec un retard de 155 000 immatriculations sur les huit premiers mois de l'année 2022, la probabilité que le marché français termine son exercice 2022 à un niveau bien inférieur à celui de 2021 est forte, voire inéluctable !  Pour l'instant, peu de monde se risque à donner des prévisions. "Mais rattraper 35 000 immatriculations par mois pendant quatre mois est difficilement réalisable", avance Marc Mortureux, directeur général de la PFA. "Ce qui signifie que l'automobile sera le seul secteur industriel à connaître un niveau d'activité historiquement bas, trois ans de suite."

 

La pénurie des semi-conducteurs n'est toujours pas terminée même si des signaux d'amélioration se font sentir. La logique qui prévaut dans l'industrie montre des volumes de production très bas, des stop&go dans la production automobile encore très fréquents et une hausse des coûts des matières premières. "C'est un vrai affaiblissement même si les industriels notent une certaine détente sur la pénurie des semi-conducteurs", poursuit Marc Mortureux.

 

En 2021, ce sont 11 millions de véhicules qui n'ont pas pu être produits et sans doute près de 4 millions en 2022. Une récente étude d'Allianz Trade indique même que cette crise des composants électroniques a entraîné un manque à gagner d'environ 18 millions de véhicules dans le monde et qu'elle coûtera environ 100 milliards d'euros en 2021 et 2022.

 

D'une pénurie à l'autre

 

Mais une crise chassant l'autre, l'invasion de l'Ukraine par la Russie vient rebattre les cartes des prix des matières premières et notamment celui de l'énergie. Les industriels du secteur n'entrevoient pas de difficultés par rapport à l'objectif des 10 % d'économies fixé par le gouvernement, ni sur les risques de ruptures en approvisionnement qui pourront se gérer s'ils sont anticipés. Mais le problème se concentre surtout sur la hausse des prix. Beaucoup d'entre eux doivent renégocier leur contrat pour les trois prochaines années, actuellement. Et pour l'instant, le flou reste total sur le volume dont ils pourront disposer au tarif régulé (environ 60 % de la consommation), et sur la hausse concernant les 40 % restant.

 

"Les factures peuvent doubler, voire davantage", reconnaît le directeur de la PFA. "Or, l'énergie pèse entre 5 et 10 % du coût de production. Ce doublement de l'enveloppe énergie dans la production, on le voit bien, pourrait tout simplement représenter l'intégralité des marges d'une entreprise."

 

Lire aussi : Les entreprises de l'automobile tirent la sonnette d'alarme sur la hausse des prix de l'énergie

 

Autre inquiétude : l'amorce d'une nouvelle pénurie en acier ou en aluminium. Deux ressources cruciales pour l'automobile mais dont la production reste très énergivore. "Clairement, ces hausses ne passent pas si elles ne sont pas répercutées sur le client." D'autant qu'un véhicule électrique demande plus d'énergie à la production qu'un véhicule thermique. Selon la PFA le rapport est de 1 à 200 pour la fabrication d'un véhicule électrique et la production d'un kWh de batterie nécessite 200 kWh d'énergie ! "Nous sommes dans cette conjoncture défavorable à l'Europe, puisque cette crise énergétique est européenne", conclut Marc Mortureux, qui espère que les gouvernements des États membres qui ont pris la décision  de passer au 100 % électrique en 2035, accompagnent le choix opéré.

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