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Distribution

Les entreprises de l'automobile tirent la sonnette d'alarme sur la hausse des prix de l'énergie

Publié le 9 septembre 2022

Par Catherine Leroy
7 min de lecture
Avec des factures de gaz et d'électricité qui seront multipliées au moins par trois en 2023, les professionnels de l'automobile alertent les pouvoirs publics. La hausse du poste énergie n'est pas tenable dans les comptes d'exploitation.
prix de l'énergie et automobile
Les professionnels de l'automobile s'inquiètent d'une multiplication au moins par trois de leurs factures énergétiques.

Il n'y a pas que les verriers ou les fonderies qui sont en première ligne face à la flambée des coûts de l'énergie, le secteur des services est loin d'être épargné. Comme peuvent en témoigner les professionnels de l'automobile. De fait, les groupes de distribution commencent à tirer la sonnette d'alarme. Au point qu'une cellule de crise vient d'être mise en place chez Mobilians pour connaître l'impact réel sur les charges d'exploitation de la hausse du prix du mégawattheure (MWh) pour l'électricité et le gaz.

 

"Nous sommes en train de réaliser un sondage auprès des dirigeants de groupe de distribution pour évaluer le surcoût que vont engendrer ces hausses avec un comparatif entre 2021 et 2023", explique Marc Bruschet, président des concessionnaires VP au sein de l'organisation professionnelle. Il faut dire que l'inquiétude est aussi exponentielle que les cours du gaz !

 

Avant même que les résultats de ce sondage soient connus, les témoignages de quelques dirigeants montrent l'ampleur du désastre. "C'est tout simplement apocalyptique", reconnaît Jérôme Daumont, président du groupe Altaïr et du groupement des concessionnaires Renault. La facture pourrait tout simplement être multipliée par trois, voire cinq selon les cas de figures.

 

Des produits financiers

 

Difficile de généraliser car beaucoup de facteurs entrent en jeu dans ce surcoût. Tout d'abord, la date de renouvellement des contrats avec les fournisseurs d'énergie. Un professionnel, dont le contrat a été renouvelé en 2020, pour les trois prochaines années, sera protégé par son engagement de durée. Ensuite, reste à savoir si cet engagement a été signé à prix fixe ou à "clic", c'est-à-dire avec des fluctuations.

 

"Les marchés de l'électricité et du gaz sont devenus des produits financiers", poursuit Jérôme Daumont qui, en 2018, au moment de la renégociation de ses contrats, a pu découvrir la complexité du sujet. "La durée de souscription joue sur le prix proposé par l'opérateur, qui place sur le marché futur les différents contrats signés. Ce prix de gros est coté trois ans en avance."

 

Et le prix n'est pas le même selon les différentes échéances. Mais Jérôme Daumont a eu le nez fin ou a bénéficié de chance, c'est selon. Son contrat d'électricité a été renouvelé en décembre 2021, pour les trois prochaines années, et compte tenu de ces cotations, sa facture en 2023 sera plus faible qu'en 2022 !

 

Ce surcoût est tellement ahurissant et anormal que le problème doit être réglé par les pouvoirs publics Denis Bernier, président du groupe Bernier

 

Mais il ne pourrait s'agir que de l'exception qui confirme la règle car le problème, bien sûr, devient extrême pour les groupes qui doivent renégocier en ce moment leur contrat pour les trois prochaines années.

 

Denis Bernier, président du groupe Bernier et président du conseil des Territoires chez Mobilians, subit justement ce mauvais tour du calendrier, avec un contrat de gaz en cours de renouvellement. "Entre 2020 et 2022 ma facture de gaz a déjà plus que triplée. Mais lorsque je réalise une projection pour l'année prochaine, en prenant en compte un cours de 500 euros le mégawattheure, j'obtiens une hausse de 275 % ! Le problème est tellement important qu'il devient désormais politique. Ce surcoût est tellement ahurissant et anormal que le problème doit maintenant être réglé par les pouvoirs publics", affirme-t-il.

 

La hausse du poste énergie n'est pas tenable dans nos comptes d'exploitation Marc Bruschet, président des concessionnaires VP de Mobilians

 

La Commission européenne semble vouloir prendre le taureau par les cornes. Et tant pis pour le libéralisme et la libre concurrence prônée depuis des années. Ursula Van der Leyen, présidente de la commission européenne a présenté le 7 septembre 2022 ses propositions pour contrer la crise énergétique qui sévit.

 

Il s'agirait pour le gaz de s'entendre avec tous les États membres sur un prix à payer qu'ils ne dépasseront pas, à savoir 200 euros par mégawattheure. Actuellement, ce dernier après avoir franchi la barre des 1000 euros en août 2022 est redescendu à 550 euros. Côté l'électricité, même volonté de plafonnement à 200 euros.

 

Le gouvernement français planche également sur une amélioration du dispositif du guichet d'aide aux entreprises pour que, selon Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, "aucune entreprise ne perde de l'argent à cause de la hausse des prix du gaz et de l'électricité", a-t-il affirmé. Dans la limite cependant du quoi qu'il en coûte !

 

Mais pour l'instant, au regard des modalités d'aides apportées par le gouvernement, un carrossier indépendant sera sans doute mieux protégé qu'un groupe exerçant dans le véhicule neuf, d'occasion et l'après-vente.

 

En effet, l'énergie pèse environ 25 % de la marge à l'atelier, mais beaucoup moins si l'on considère, comme les pouvoirs publics, le poids de l'énergie ramené au chiffre d'affaires global. "La hausse du poste énergie n'est pas tenable dans nos comptes d'exploitation", met en garde Marc Bruschet.

 

La faute à la Russie ?

 

Mais, si l'invasion de l'Ukraine par la Russie a été un accélérateur du phénomène, il faut bien comprendre que la hausse avait débuté bien avant.

 

Ainsi, Jérôme Daumont avait observé le mouvement haussier dès l'été 2021 : "Dès le mois de septembre 2021, nous avions observé des tensions sur ces deux marchés avec des prix qui avaient déjà été multipliés par quatre entre septembre et décembre de 2021. Déjà à cette époque, les marchés avaient anticipé des problèmes de production sur le nucléaire français, notamment avec les campagnes de maintenance sur plus de la moitié des centrales du territoire. Dans le même temps, nos besoins en gaz augmentent car le développement de l'énergie renouvelable implique également une hausse de la production de gaz, pour compenser les périodes de l'année où le solaire ou l'éolien ne produisent rien. L'Ukraine n'a fait qu'accroître le phénomène."

 

Des économies à chercher partout

 

"Nous allons nous positionner très vite auprès du gouvernement car notre secteur sera très durement touché par cette crise. Les chauffages dans l'atelier, les cabines de peinture... tous ces éléments sont très gourmands en énergie. De notre côté, nous allons également mettre sur pied des plans d'économies", note Marc Bruschet. Mais, pour autant, ces plans ne pourraient générer que 10 à 30 % d'économies, nuance Denis Bernier. "Nous allons travailler sur les horaires de travail, sur les cabines de peinture, l'optimisation des temps de chauffage... Le plus difficile sera sans doute de modifier le comportemental", reconnaît-il.

 

Le coût de massue du décret tertiaire

 

Au-delà de l'inflation de l'énergie, ce plan d'économies doit de toute façon être réalisé. Le décret tertiaire ou Dispositif Eco Efficacité tertiaire (DEET) est passé par là en juillet 2019. Il oblige les entreprises de service disposant de bâtiments à usage tertiaire d'une superficie supérieure à 1 000 m² à réduire leur consommation d'énergie de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et de 60 % en 2050, se calquant ainsi sur le paquet climat Fit for 55 de la Commission européenne.

 

Avant la fin du mois de septembre 2022, ces entreprises, englobant celles de la distribution automobile, doivent transmettre à l'Ademe toutes leurs données de consommation au titre de 2021, permettant ainsi de fixer un point de départ pour le calcul des objectifs de réduction. "Il va falloir serrer les boulons de partout" reconnaît Jérôme Daumont. Baisser les surfaces, mettre des coupe-circuits pour les compresseurs, installer des pompes à chaleur, des panneaux photovoltaïques lorsque c'est possible... tout doit être envisageable pour ces bâtiments qui constituent de véritables passoires thermiques.

 

"C'est un mouvement de fond qui va s'engager et tout va dans le sens de la baisse de notre empreinte foncière. Le phénomène va accélérer la reconstruction de la distribution. Le chantier est énorme", reconnaît Denis Bernier.

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