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Distribution

Comment le groupe Altaïr est devenu son propre gestionnaire de flotte

Publié le 30 juin 2026

Par Gredy Raffin
7 min de lecture
Le groupe de distribution francilien, qui souhaitait prendre en main la gestion de sa flotte interne de véhicules, a opté pour la solution digitale Vivodrive. Jean-Pierre Mesic, directeur général adjoint opérationnel d'Altaïr, revient sur les raisons et les procédés qui ont conduit à ce changement de paradigme.
Altaïr vivodrive
L'ensemble des concessions du groupe Altaïr cumule pas loin de 500 véhicules à disposition des clients et des collaborateurs. ©JA

Tout est parti d'une photographie. De celles que l'on fait à la prise d'un nouveau poste à responsabilité. Une capture de la réalité commandée alors par Jean-Pierre Mesic, quand Jérôme Daumont lui a confié le fauteuil de directeur général du groupe Altaïr. Il se souvient : "Dès mon arrivée, j'ai essayé de faire une photographie des véhicules en parc dans nos concessions. L'exercice a révélé qu'ils étaient mal répertoriés, mal suivis et financés de manière bien diverses".

 

À l'échelle d'un groupe de distribution comme Altaïr, à savoir une plaque d'une quinzaine de sites facturant 14 000 VN, 6 500 véhicules d'occasion et 180 000 heures d'atelier par an, le parc en détention représente entre 450 et 500 véhicules attachés à des enjeux de mobilité. Que ceux-ci soient de démonstration, de courtoisie, de service ou incorporés dans un service de location courte durée, ils font gonfler la flotte.

 

"Notre constat nous a mis en face d'une réalité, souligne encore Jean-Pierre Mesic, celle que nous vendons 2/3 de nos VN en BtoB, mais que nous n'étions pas en mesure d'appliquer ce que nous leur recommandons". Altaïr est notamment fournisseur national de véhicules électriques à l'opérateur télécom Free. Pour le DG, il est clair que les groupes de distribution automobile n'ont pas la culture de la gestion de flotte et que cela coûte cher aux investisseurs.

 

Il est difficile de calculer avec précision le poids du parc de véhicules sur le bilan comptable. Entre la perte de valeur des véhicules en circulation, les éventuelles pénalités pour dépassement des limites imposées par les standards de constructeurs ou encore la conséquence des contraventions, Jean-Pierre Mesic tente une évaluation. L'homme, qui autrefois dirigeait les opérations du groupe Emil Frey France, estime que les sommes peuvent, chaque année, aisément dépasser les 100 000 euros, dont 30 000 à 50 000 euros uniquement pour le sujet des amendes, pour les groupes du calibre de son actuel employeur.

 

Un logiciel plutôt qu'un recrutement

 

Quand la photographie a révélé le décor des concessions du groupe Altaïr, Jean-Pierre Mesic se trouvait contraint de réagir. La logique aurait été d'embaucher un gestionnaire expérimenté pour piloter ce parc de près de 500 véhicules légers et utilitaires. La solution est venue d'ailleurs.

 

En visitant un salon, le groupe a identifié Vivodrive. Dérivé de Vivofleet, outil spécifique aux entreprises qui ont des véhicules sur la route, ce logiciel se destine plus précisément aux concessionnaires. "Nous avons vu que l'investissement serait moindre comparativement à une embauche et nous avons compris que nous pouvions optimiser notre système en place", résume le directeur général.

 

 

Avant tous ses confrères, Jérôme Daumont donne son aval pour déployer la solution imaginée par Jean-Charles Roy. Et à compter du début 2026, Altaïr devient le client test pour valider la pertinence du concept et l'ajuster aux besoins des concessionnaires dans le même temps.

 

Jean-Charles Roy joue gros sur ce pari. Après avoir vendu l'idée du carnet d'entretien dématérialisé, sous la dénomination Vivocaz, il y a plusieurs années, l'entrepreneur a commencé à démarcher les sociétés avec Vivofleet. Il pense tenir une solution qu'il aurait aimé avoir dans sa précédente vie de concessionnaire du Grand Est.

 

Besoin d'une connexion aux DMS

 

Jean-Pierre Mesic se montre déjà convaincu par cet outil qui joue le rôle de plateforme d'informations partagées entre les collaborateurs. Toutes les sorties de véhicules y sont répertoriées et les contrats archivés en sécurité. Les secrétaires commerciales ont été désignées garantes du bon fonctionnement, sans forcément voir leur charge de travail augmenter du fait de la simplification des tâches.

 

Pour tenir la promesse, Jean-Charles Roy doit entretenir de bonnes relations avec les éditeurs de DMS, comme Reynold's & Reynold's dans le cadre du déploiement chez Altaïr. Vivodrive n'étant qu'un outil métier supplémentaire – dans un environnement déjà si chargé – qui vient interagir avec le logiciel au cœur des organisations. D'abord pour éviter les ressaisies, ensuite pour soigner le traitement client sur le long terme.

 

 

"Quatre classes de véhicules ont été créées et nous avons défini les règles de gestion pour chacune d'elles. La concession peut superviser et, aussitôt que nécessaire, basculer à tout moment un véhicule sur le parc des voitures d'occasion", apprécie Jean-Pierre Mesic. Il raconte, en outre, que la visibilité gagnée lui a offert la possibilité de créer une car policy pour les véhicules des collaborateurs, sifflant la fin des disparités entre les affaires.

 

Une présentation synthétique qui démontre combien Vivodrive va se trouver en rivalité avec une autre start-up française. En effet, Brikks, la société fondée par Thibault Sarrazin, avance des arguments similaires auprès des concessionnaires. Un discours qui a d'ailleurs fait mouche chez un groupe provençal majeur et influent qui a décidé d'entrer au capital. Une compétition en devenir qui, surtout, tend à pointer un réel besoin dans les concessions françaises, où les VD fleurissent sur le terreau de la crise.

 

Une app pour la location en cours de validation

 

Jérôme Outters, le directeur de Verdier Automobiles, compte parmi les premiers utilisateurs de Vivodrive chez Altaïr. Il met en lumière un autre avantage : la géolocalisation des véhicules depuis la plateforme. Conditionnée au bon vouloir des constructeurs qui ouvrent l'accès aux données, cette fonction vient sécuriser les véhicules et garantit un suivi en temps réel du kilométrage. Par extrapolation, Altaïr en a fait un moyen de tracer ses VUL de livraison des pièces de rechange chez les clients extérieurs.

 

Immanquablement, les comptes d'exploitation ont été négatifs pour la flotte interne du groupe de distribution. Vivodrive n'a pas encore agi comme la solution magique qui fait passer tous les voyants au vert. Mais, il y a du mieux. Au point d'imaginer maintenant d'équilibrer la balance, voire de gagner de l'argent sur la location. D'autant que la prochaine application ajoutée par Jean-Charles Roy – en validation par Google et Apple – incitera à faire plus de contrats de location.

 

 

"Avec le recul, nous ne mesurons pas que la perte de valeur de l'actif, nous prenons aussi en considération le temps économisé pour les salariés", insiste par ailleurs Jérôme Outters. Dans le cas des traitements de contraventions, par exemple, le gain opérationnel est estimé à 90 % avec un taux de responsabilisation maximum. Sans pouvoir documenter les premières impressions, les partenaires évoquent un retour sur investissement de "5 à 10 euros pour un euro dépensé dans Vivodrive".

 

Injecter plus de données financières

 

Seuls des déploiements chez d'autres opérateurs pourront avaliser cette tendance. Toujours est-il que le groupe Altaïr a acté l'extension du dispositif au périmètre d'autres marques que Renault. Il y aura en premier lieu les concessions Nissan, puis toutes les autres marques du portefeuille suivront, dont Omoda et Jaecoo pour lesquelles Jérôme Daumont a ouvert une affaire aux Ulis (91), il y a quelques jours à peine.

 

Au fil des mois, il faudra surtout combler les trous dans la raquette. Jean-Charles Roy y travaille. À titre d'exemple, l'archivage des documents débouche sur une analyse financière améliorée et une connaissance plus fine des coûts mensuels du parc. À partir de là, des stratégies pourront se mettre en œuvre. "Je pense que nous pourrons aller plus loin dans l'expérience, en injectant davantage de données économiques", confirme le directeur général d'Altaïr.

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