Quand l’incertitude réglementaire bride le verdissement des flottes européennes

Tous les ans depuis 2022, le loueur longue durée Alphabet publie son étude baptisée European Emission Fleet Monitor (EFEM), qui suit les progrès en matière de durabilité des flottes des entreprises du Vieux Continent. Pour cette quatrième édition, la filiale du groupe BMW observe une régression des indicateurs de durabilité qu’elle n’avait pas constatée depuis la création de l’étude. Un recul dû en partie à un contexte réglementaire incertain incitant les sociétés à ralentir leurs efforts en matière de durabilité de leur flotte.
Ainsi, la progression sur le sujet reste très hétérogène. En effet, 27 % du panel assurent poursuivre leurs efforts en matière d’électrification et de réduction de leurs émissions de CO2. En revanche, 19 % adoptent une posture attentiste dans l’espoir d’une clarification réglementaire.
15 % des répondants préfèrent conserver de la flexibilité en se tournant vers des solutions intermédiaires comme les véhicules hybrides. Quid de la France ? L’étude montre que huit sociétés sur dix estiment que le flou réglementaire a un impact direct sur la gestion de leur flotte. Précisons que le baromètre a été réalisé en début d’année 2026 auprès de plus de 630 gestionnaires de flotte dans douze pays européens.

©Alphabet
Un recul du suivi des émissions de CO2
Une incertitude des décideurs qui impacte également le suivi des émissions de CO2 puisque seulement 34 % des entreprises européennes assurent mesurer les émissions de leur parc en 2026. Un taux qui trébuche de 9,3 points par rapport à 2025 et qui se retrouve, selon le loueur, à son plus bas niveau depuis quatre ans.
Selon Alphabet, ce recul n’est pas symptomatique d’un désintérêt pour les enjeux environnementaux. En revanche, il s’agit d’une mise en avant des "difficultés rencontrées par les entreprises pour structurer efficacement leur stratégie de transition énergétique dans un contexte réglementaire mouvant", selon le loueur.

©Alphabet
Une digitalisation qui peine à émerger
D’autre part, seuls 25 % des gestionnaires de flotte assurent avoir connaissance des solutions numériques qui leur permettraient de suivre simplement les émissions de CO2 des véhicules de leur parc. Une fois de plus, en France, la part est encore plus forte avec huit entreprises sur dix qui ne connaissent aucun outil de suivi des émissions disponible, ce qui reflète un manque de visibilité sur les données nécessaires à leur transition.
En parallèle, un tiers du panel interrogé en Europe comme en France estime être en difficulté pour intégrer différents outils numériques et considère qu’il s’agit d’un frein à la digitalisation des flottes. Mais en parallèle, l’intelligence artificielle connaît une progression avec 11 % des entreprises qui ont intégré une solution d’IA de gestion de flotte, soit quatre points de plus qu’en 2025.

©Alphabet
Un recul des enjeux de verdissement
L’enquête menée par Alphabet met en exergue un recul des enjeux de développement durable dans la stratégie de gestion de parc des entreprises européennes. En effet, une entreprise sur deux a intégré la durabilité dans ses objectifs en 2026 alors qu’elles étaient 60 % lors de la création du baromètre.
En France, le résultat est encore plus impressionnant puisque seules 39 % des entreprises affirment intégrer les enjeux de durabilité dans leur stratégie de flotte, contre près de 50 % en 2025. D’autre part, la part des entreprises hexagonales qui ne prennent pas en considération le développement durable dans leurs décisions liées à la gestion de flotte a augmenté de quatre points depuis l’année dernière, à 26 %.
Parmi les freins à la transition énergétique, le manque d'informations. 47 % des entreprises interrogées assurent avoir connaissance des dispositifs disponibles pour soutenir l’électrification. Une part qui, cette fois-ci, est nettement supérieure en France avec 57 % des entreprises déclarant connaître totalement ou partiellement les aides à leur disposition. Là encore, pour Alphabet, il y a une nécessité d'accompagner les sociétés en matière de visibilité réglementaire afin de stabiliser leur transition.

©Alphabet
Une électrification qui progresse malgré tout
En dépit d’un objectif de transition en repli, l’électrification continue de progresser au niveau européen. 61 % des gestionnaires de parc interrogés estiment que leur flotte devrait être totalement électrifiée dans les prochaines années. En France, la dynamique est similaire avec 53 % des interrogés qui affirment la même chose concernant leur parc, contre 40 % en 2025.
Dans le détail, de nombreux points brident encore la transition vers les véhicules électriques. Ainsi, en France, pour 46 % des répondants, l’autonomie des véhicules se présente comme le principal frein, de loin devant les infrastructures de recharge. Par ailleurs, parmi les 26 % de gestionnaires de flotte qui estiment que l’électrification n’est pas une priorité, la complexité opérationnelle apparaît comme le principal facteur de ralentissement.
Ces freins confirment la nécessité d’une approche globale et coordonnée pour accélérer durablement la transition des flottes automobiles.

©Alphabet
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.
