Stellantis dément tout projet de scission du groupe

La fuite tombe plutôt mal. Deux mois avant la révélation du plan stratégique du groupe Stellantis qui sera présenté le 21 mai 2026 par Antonio Filosa, l'agence Bloomberg annonce que le constructeur discute avec des homologues chinois pour se renforcer sur le sol européen.
Dans ce cadre, des dirigeants du constructeur auraient récemment rencontré en Chine des représentants de Xiaomi et de XPeng pour évoquer différentes options de restructuration de ses activités européennes. Parmi les pistes évoquées figurerait notamment l’entrée de partenaires chinois au capital de certaines marques, dont Maserati. Les discussions auraient également porté sur l’accès à des capacités industrielles en Europe. Aucun des trois protagonistes n'a, à ce jour, confirmé les informations révélées par l'agence de presse, qualifiées de "spéculations" par un porte-parole de Stellantis.
Le groupe indique cependant que, dans le cadre de ses activités normales, il "organise des discussions avec un éventail d’acteurs du secteur à travers le monde sur divers sujets, toujours dans le but d’offrir aux clients les meilleurs choix en matière de mobilité."
Discussions technologiques ? La piste pourrait être sérieuse. D'autant que des échanges plus poussés ont déjà été évoqués avec Leapmotor dont Stellantis est actionnaire à hauteur de 20 %. Partenariats sur l'outil de production dont on sait qu'il est en surcapacité en Europe ? Secours pour les marques en détresse ? Toutes les options pourraient être sur la table. Même si le constructeur rejette fermement toute idée de cession de marques dans son portefeuille qui en compte 14.
"Stellantis déclare dans les termes les plus catégoriques que la suggestion selon laquelle elle envisage un plan pour diviser la société est fausse. Toute affirmation contraire est une pure invention", a poursuivi le groupe.
Pas de cession de marque, ni de scission du groupe donc. Mais rien n'empêche, et c'est même un scénario assez solide, de faire disparaître des acteurs sur certains marchés où la rentabilité ne peut être retrouvée.
Les marques qui esquissent un sourire… et celles qui grimacent
De quoi raviver les interrogations sur le portefeuille de marques qui questionne toujours les analystes financiers. En Europe, Lancia et DS font figure de grands malades, avec une part de marché de 0,3 % en 2025 et des immatriculations qui ont encore chuté par rapport à 2024.
Le bilan communiqué par l'ACEA montre un volume de 27 700 unités pour DS (-23 %) et de… 11 700 pour Lancia (-64 %). Alfa Romeo a renoué avec la croissance grâce au Junior, qui lui permet de retrouver un peu de couleur dans le paysage européen avec une hausse de 30 % de ses immatriculations. Elles ont en effet dépassé les 55 500 unités.
Quant à Maserati, dirigée par Jean-Philippe Imparato, la dégringolade est encore plus sévère. La marque ne figure même plus dans les statistiques de l'association des constructeurs européens. Et pour cause, seules 7 800 véhicules ont été immatriculés l'année dernière. C'était plus de 50 000 en 2017 !
Une Europe fragilisée face à la concurrence chinoise
Un rapprochement avec des constructeurs chinois pourrait aussi répondre à un enjeu technologique. Les groupes européens et américains accusent désormais un retard notable sur leurs concurrents chinois dans les batteries et les logiciels pour véhicules électriques.
Pour Stellantis, l’intérêt serait double : renforcer la compétitivité de ses marques européennes, tout en partageant les coûts de la transition vers l’électrique. Pour les constructeurs chinois, l’enjeu est tout aussi stratégique. L’Europe est devenue l’un des principaux terrains d’expansion pour ces groupes confrontés à une guerre des prix féroce sur leur marché domestique.
L’accès à des capacités industrielles déjà implantées sur le continent pourrait également accélérer leur développement. Malgré les droits de douane décidés par l’Union européenne sur les véhicules électriques chinois, les marques venues de Chine continuent de gagner des parts de marché. Elles disposaient à la fin de l'année 2025 de près de 7,4 % de part de marché contre 4 % un an plus tôt, selon les données de Dataforce.
Des stratégies différentes entre l’Europe et l’Amérique
Ces discussions illustrent aussi les priorités géographiques de Stellantis. Le groupe concentre désormais l’essentiel de ses investissements en Amérique du Nord, où les perspectives de rentabilité apparaissent plus favorables.
Outre-Atlantique, Stellantis a engagé environ 13 milliards de dollars d’investissements pour moderniser les gammes de ses marques Jeep, Ram, Chrysler et Dodge.
Ces réflexions interviennent alors que Stellantis cherche encore à stabiliser ses activités. Le groupe a récemment annoncé plus de 25,4 milliards d’euros de dépréciations et de charges exceptionnelles, largement liées au recentrage de sa stratégie électrique et à l’abandon de plusieurs projets de batteries et de modèles. Le groupe a annoncé une perte nette de 22,3 milliards d'euros au titre de son exercice 2025.
Le rendez-vous du 21 mai prochain, lors de la journée investisseurs organisée aux États-Unis, devrait apporter les premiers éléments de réponse.
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