Marché automobile : les constructeurs européens pris en étau par les chinois

À la veille du Mondial de l'Auto, le cabinet AlixPartners a souhaité dresser un portrait de l'automobile en 2026. "Nous estimons que les ventes vont baisser de 6 % en 2026, tirées par la Chine qui va enregistrer une forte baisse de 15 %, et dans une moindre mesure, par le marché nord-américain (États-Unis, Canada et Mexique), qui reculera de 3 %", présente en introduction Alexandre Marian, partner & managing director chez AlixPartners.
Pour les années à venir, AlixPartners n'est guère plus optimiste. "Nous estimons que le marché mondial progressera de seulement 2 % par an, poursuit Alexandre Marian. Les raisons de cette relative stagnation sont multifactorielles. D'un côté, une bonne partie des marchés sont matures. D'autre part, la transition vers l'électrification étant coûteuse, les volumes ne progressent pas aussi vite que par le passé. Enfin, les habitudes de consommation de la mobilité dans certaines régions du monde ont également un impact sur la situation."
La Chine face à ses surcapacités industrielles
Résultat, selon l'étude, les industries automobiles chinoise et européenne, et à une tout autre échelle française, sont en surcapacité. "Si cela a toujours été le cas en Chine avec un taux d'utilisation d'environ 55 %, cela a été différent en Europe et en France, souligne Alexandre Marian. Avant 2020, la plupart des sites dans cette partie du monde tournaient autour de 70 %."
Sans oublier que les constructeurs chinois se livrent une guerre sans nom dans un paysage automobile particulièrement éclaté. "Dans un contexte baissier, nous avons dénombré 143 marques en Chine, dont 80 % d'entre elles n'atteignent pas les 100 000 unités par an, seuil en dessous duquel une marque ne peut être viable", analyse le consultant. Seules huit d'entre elles réalisent plus de 400 000 ventes par an, dans un marché estimé à 23,3 millions d'unités en 2026, contre 27,4 millions en 2025.
30 % du marché mondial en 2030
Les constructeurs chinois n'ont donc d'autre choix que d'exporter pour continuer à exister, au détriment des autres acteurs. En 2026, ils ont ainsi commercialisé 10 millions de voitures hors de leurs frontières et le cabinet estime qu'ils représenteront 30 % des ventes mondiales d'ici la fin de la décennie.
Une stratégie qui porte déjà ses fruits. Car si les marges Ebitda des constructeurs européens ne cessent de s'effriter, passant de 13,2 % en 2021 à 6,9 % aujourd'hui, celles des constructeurs chinois, habituellement bien inférieures à celles de leurs concurrents européens, ont progressé en 2024 et 2025. "Cette progression est en partie liée à l'exportation, souligne Alexandre Marian. Car les acteurs qui exportent affichent de meilleurs résultats que ceux qui restent sur le marché domestique."
Les constructeurs européens en première ligne
Rien qu'en Europe, qui comprend le Royaume-Uni et la Turquie, dans le périmètre retenu par le cabinet, ces derniers couvriront une part de marché de 16 % en 2030. Selon une autre projection présentée par AlixPartners, les marques chinoises pourraient représenter 20 % des immatriculations à cette échéance, ce qui ferait automatiquement reculer les autres constructeurs.
Les européens risquent d'ailleurs d'être les grands perdants de cette progression, puisque le cabinet estime qu'ils pourraient perdre quatre points d'ici la fin de la décennie pour représenter 56 %. Pour mémoire, ils couvraient une part de marché en Europe de 70 % en 2019.
Tendance inéluctable ?
Et la tendance semble inéluctable. Si la croissance des marques chinoises est relativement contenue en France et en Allemagne, avec une progression d'environ deux points pour les deux pays, pour atteindre respectivement une part de marché de 5,5 % et de 4,4 %, elle s'est envolée dans les trois autres plus importants marchés européens.
La Palme d'or revient au Royaume-Uni. Il représente en effet aujourd'hui 15,8 % de part de marché contre "seulement" 10,2 % fin 2025. Une progression assez similaire en Espagne et en Italie. Les acteurs chinois ont enregistré une progression de 4,4 points, flirtant avec les 15 % en Espagne et les 13 % en Italie.
Le Mondial de l'Auto en est révélateur. Sur les 39 marques présentes, 39 % sont chinoises, soit 15 marques représentées par neuf constructeurs, tandis que les quatre groupes européens (Stellantis, Renault, Volkswagen et Mercedes-Benz) exposeront seize marques.
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