Linktour choisit Modelabs pour importer ses minivoitures en France

Le segment des minivoitures compte un énième compétiteur sur le marché français. Le 16 juin 2026 a été organisé le lancement officiel de Linktour dans l'Hexagone, depuis la mythique salle du Grand Rex à Paris (IIe). Un événement auquel participaient des représentants de la marque détenue par le constructeur chinois Shandong Weiqiao Pioneering.
Méconnu dans nos contrées, Shandong Weiqiao Pioneering assume son engagement dans les voitures électriques. Le constructeur chinois revendique surtout une présence dans quatorze pays à travers le monde au travers d'un réseau de plus de 200 points de vente ainsi que des comptoirs commerciaux en Europe et en Asie, en attendant des implantations en Asie du Sud-Est, en Amérique latine et en Afrique d'ici cinq ans.
L’arrivée en France coïncide avec la volonté de se confronter à un marché où les voitures sans permis (VSP) et les minivoitures ont trouvé une place plus importante ces dernières années. Et pour soigner son entrée en scène, Linktour a décidé de s’associer avec Modelabs. Habituée à jouer l'intermédiaire BtoB entre les fabricants de produits technologiques (objets connectés, engins de micromobilité…), l'entreprise française prendra cette fois le rôle d'importateur automobile.
Inspiré de schémas chinois
Vous l'aurez compris, dès le démarrage, il y aura un caractère inédit dans le projet de Linktour. Le constructeur chinois a fait l'impasse sur l'idée de travailler avec un de ses pairs européens ou un mastodonte du commerce automobile pour se lancer en France. Les seconds se seraient-ils montrés réticents à prendre un tel risque financier dans un contexte économique difficile et refroidis par des rapports d'expériences rarement concluants ? Pas vraiment.
L'inspiration viendrait du marché domestique. "En Chine, plusieurs constructeurs ont fait le choix de se tourner vers des spécialistes de la tech pour commercialiser leurs véhicules. Ils y voient un moyen de changer profondément les paradigmes, puisque les véhicules eux-mêmes sont l'objet d'une rupture, tente une explication Frédéric Gian, le PDG de Modelabs. Nous pensons leur apporter un savoir-faire, tout en apprenant les spécificités de l'automobile".
Modelabs, qui réceptionnera les cargaisons de voitures exportées par Shandong Weiqiao Pioneering, a prévu de recourir à trois canaux de vente. Le groupe aura totalement la main sur le premier, un site internet consacré à Linktour. Mis en service le mardi 16 juin, il aiguille le client sur un parcours d'achat de bout en bout.
Relancer l'automobile chez Fnac-Darty, impliquer GoMecano
Le deuxième canal consistera à s'appuyer sur des relais, en l'occurrence des enseignes grand public. Là encore, dès le lancement de la gamme dans l'Hexagone, les sites Fnac.com et Darty.com seront à la page, dans le cadre d'un accord révélé au cours de la conférence tenue par l'importateur. "Les leads nous parviendront et nous finaliserons les transactions", explique-t-on chez Modelabls. D'autres contrats de coopération similaires pourraient tomber dans les semaines à venir.
Nous avons établi que les enseignes n'auront pas à porter le stock pour des raisons d'espace, de logistique et de frais financiers
Faut-il noter qu'après l'échec de la Citroën Ami dans ses rayons, Fnac-Darty réitère l'expérience ? Le groupe engage donc d'abord ses plateformes internet, puis d'ici quelques semaines déclinera le service en magasin grâce à une connexion au système d'information de Linktour pour permettre aux vendeurs d'apporter le maximum d'informations. Frédéric Gian explique avoir longtemps discuté des problématiques rencontrées précédemment par Fnac-Darty avec la Citroën pour élaborer des parades.
"Tout d'abord, nous avons établi que les enseignes n'auront pas à porter le stock pour des raisons d'espace, de logistique et de frais financiers. Les clients choisiront par conséquent dans la réserve disponible en fonction des arrivages. Ensuite, nous avons compris que la gestion du service après-vente ne peut pas leur être imputée et nous avons pris des dispositions", rapporte le PDG de Modelabs.
Par ces mots, Frédéric Gian fait allusion au contrat passé avec GoMecano, qui sera mandaté pour délivrer son service de réparation au domicile des clients dès que nécessaire. Une approche qui aspire à tacler les problèmes de maillage territorial tout en rassurant les acheteurs sur la capacité de Linktour à répondre durablement aux sollicitations.
Ouvert aux distributeurs automobiles et aux enseignes spécialisées
Le troisième canal de commercialisation se veut plus classique. Modelabs prospecte auprès de concessionnaires automobiles traditionnels, d'enseignes de revente de voitures d'occasion et des réseaux spécialisés dans l'entretien des véhicules. Des profils que l'on pouvait croiser dans la salle d'exposition des voitures après la conférence.
Pour le moment, Modelabs n'est pas en mesure de faire des annonces sur ce front. Toujours est-il que l'importateur entend disposer "d'une dizaine de points de vente en octobre", puis "d'une quarantaine à la fin de l'année". À terme, le Frédéric Gian voudrait compter sur une centaine de sites pour commercialiser les Linktour.
Après avoir vu les franchises de VO en CtoC Simplicicar et L'Agence Automobilière investir dans la conception de leur propre voiture, serait-il possible de voir Modelabs se rapprocher d'un des autres acteurs du secteur ? La porte est ouverte aux négociations, nous laisse-t-on entendre.
Galop d'essai avant Xiaomi ?
En ce qui concerne le catalogue, Linktour propose deux versions de son modèle Alumi : une déclinaison conforme au segment L6e, soit les voitures sans permis, et une déclinaison L7e, soit une minivoiture capable d'atteindre 90 km/h. La première promet 120 km et la seconde atteint 180 km d'autonomie. Les tarifs s'échelonnent de 10 690 à 16 990 euros. Il n'existe pas encore de formule de financement. Ce qui ne saurait tarder, une fois que les sociétés de cotation auront tracé la courbe de dévaluation.
Le constructeur chinois et son importateur visent entre 2 000 et 3 000 ventes en année pleine, ce qui représenterait 8 à 10 % du marché. Une ambition pour la gamme Alumi aussi forte qu'assumée par les cadres de Modelabs. Pour atteindre cet objectif, ils vont privilégier la cible des jeunes conducteurs, ces lycéens et étudiants qui recherchent un moyen sécurisant et sophistiqué de se déplacer en ville. Cependant, la réglementation limite encore l’utilisation de la voiture en interdisant la circulation sur les voies rapides dont sont cerclées les grandes villes.
Quelle est la suite pour ces deux entreprises ? Pour Modelabs, Linktour est une opportunité de diversification tout en préparant la probable arrivée de Xiaomi sur le marché automobile tricolore. Engranger de l'expérience donnera de solides arguments pour se positionner au côté de la marque chinoise quand son projet automobile se précisera. "Nous avons déjà été partenaires sur plusieurs gammes de produits, dont les trottinettes", rappelle Frédéric Gian.
Quant à Linktour, la marque s'offrira un premier bain de foule au Mondial de l’Auto en octobre prochain. Modelabs a réservé un emplacement. Le salon de Paris sera un carrefour incontournable pour promouvoir les véhicules en stock et certainement révéler le nom de nouveaux partenaires commerciaux.
Par Keziah Jeanne
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