La transformation de l'usine Stellantis de Poissy rassure la plupart des syndicats

À l’issue d’un CSE extraordinaire organisé le 16 avril 2026, la direction de l’usine Stellantis de Poissy (78), qui produit les Opel Mokka et DS 3, annonce que le site ne produira plus de voitures. Toutefois, l’avenir industriel du site devrait perdurer "pour des décennies" via d’autres activités comme la fabrication de pièces détachées, la transformation de véhicules ou encore le reconditionnement. "Il s’agit d’une victoire pour nos salariés, parce que nous inscrivons la transformation du site sur le temps long. La proposition de transformation qui sera mise en œuvre permet d'inscrire l'usine de Poissy dans le territoire pour de nombreuses années et de nombreuses décennies", s’enthousiasme Éric Hann, directeur du site de Poissy.
Une décision qui ouvre de nouvelles opportunités pour le site, mais qui implique également une restructuration. Ainsi, sur les 1 500 emplois dédiés à la production, 500 emplois devraient disparaître d’ici 2030, et "aucun plan social n’est prévu" selon la direction. Les départs seront pour la plupart volontaires ou liés à des départs à la retraite. "Ce plan de transformation répondra à ce besoin d'emplois pour l'ensemble de nos salariés", explique Éric Hann. Dès le 20 avril 2026, Stellantis entreprendra un dialogue avec les salariés afin de savoir s’ils peuvent garder leur activité et quelles reconversions potentielles pourraient avoir lieu en fonction de leurs envies et de leurs compétences. "Proposer une solution d'emploi à l'ensemble de nos salariés est un engagement tenu."
"Les emplois que nous allons créer sont des emplois qui sont connus de nos salariés en emboutissage, ferrage, peinture, assemblage, logistique, qualité. Pour autant, leur répartition sera différente par rapport à ce qu'ils connaissent aujourd'hui. Et donc, pour pouvoir les accompagner de l'emploi qu'ils occupent aujourd'hui à l'emploi qu'ils occuperont demain, nous mettons en place une cellule qui intégrera leur souhait d'évolution, un parcours professionnel, des formations, et si nécessaire une reconversion professionnelle", explique Éric Hann. Moins de salariés justifie également une diminution du site en matière de superficie.
Le soulagement prime sur les inquiétudes
Vis-à-vis de ces annonces, les syndicats ne tiennent pas les mêmes positions. Le syndicat majoritaire sur le site, Force ouvrière, qui a recueilli 34 % des voix lors des précédentes élections professionnelles, ne cache pas son soulagement. "Nous avons tant de fois entendu que le site allait fermer… Là, la direction a affirmé haut et fort que la vocation industrielle du site et les 1 200 emplois seraient maintenus, sans aucun plan social. Les nuages laissent place au soleil", se réjouit Brahim Ait Athmane, membre du CSE, syndicaliste FO.
Une position partagée par les deux autres syndicats, dont la CFTC. L’abandon de la production de voitures relève avant tout du bon sens pour le syndicaliste. "L'industrie automobile a changé et il faut s’adapter. Nous sommes très attachés à la voiture, mais c’est le côté sentimental. De l’autre côté, il y a le pragmatisme, et il faut remplir le frigo. Et aujourd'hui, grâce aux activités qui sont là, il y a de quoi garantir le remplissage du frigo pour tous ceux qui seront présents sur le site", souligne Brahim Ait Athmane.
Toutefois, le syndicat reste sur ses gardes sur certains points, notamment sur la partie formation qui n’est pas claire selon le syndicaliste. "Ce n'est pas parce que vous avez mis de l'argent sur la table, que vous avez planifié les choses sur le papier, que sur le terrain ça se concrétise… Donc nous devons veiller à la mise en œuvre du plan, même si, sur le papier, ça nous paraît bien", ajoute le porte-parole de Force ouvrière. Le syndicat se rendra le 30 avril 2026 au Parlement européen pour partager sa vision de l’industrie automobile.
La CGT, l’Unsa et Sud appellent à la grève
Mais tous les syndicats ne partagent pas cet optimisme. Si la CFE-CGC accepte la situation, qu’elle estime favorable pour l’avenir industriel du site (même si elle ne cache pas sa déception concernant l’abandon de la production de voitures), d’autres syndicats appellent à la mobilisation. À l’initiative de la CGT - rejointe par l'Unsa et SUD - une manifestation est ainsi organisée le 23 avril 2026 devant la mairie de Poissy.
"Il y aura de la casse en matière d’emploi. Le fait de ne pas produire de nouveaux véhicules au-delà de 2028, ils ne pourront pas maintenir tous les emplois du site. La suppression d’emplois, nous ne pouvons pas entendre ça. Surtout que toutes les nouvelles activités du site ne sont pas encore définitivement actées", estime Jonathan Dos Santos, porte-parole de la CGT sur le site de Poissy.
Pour le syndicaliste, le virage, similaire à celui qu’a entrepris Renault pour son site de Flins (78), ne peut pas pérenniser l’avenir du site. "Pour moi, arrêter les lignes de production de voitures pour faire un Flins bis, ce choix stratégique est complètement discutable. On en reparlera quelques mois après 2028, mais je ne pense pas que ce sera fameux. Les nouvelles activités ne garantissent même pas le maintien de l’emploi", ajoute Johnathan Dos Santos.
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