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Constructeurs

La nouvelle Dacia Spring peut-elle reconquérir le marché des petites électriques ?

Publié le 8 septembre 2026

Par Catherine Leroy
7 min de lecture
Produite en Slovénie sur la même base que la Renault Twingo E-Tech electric, la deuxième génération de Dacia Spring change entièrement de dimension. Plus grande, plus puissante et proposée sous les 20 000 euros, elle doit permettre à Dacia de revenir dans la course à l’électrique.
La nouvelle Dacia Spring sera assemblée dans l’usine Renault Group de Novo Mesto, en Slovénie, sur les mêmes lignes que la Renault Twingo E-Tech electric. ©Dacia

 

Dacia va-t-elle pouvoir retrouver les sommets sur le marché des petites voitures électriques ? C’est en tout cas la mission confiée à la nouvelle Spring, présentée début septembre 2026 à la presse et dont les commandes ouvrent dès ce mardi 8 septembre 2026.

 

La première génération avait permis à la marque du groupe Renault de prendre une longueur d’avance sur le segment des électriques abordables du segment A. Mais sa fabrication en Chine l’a ensuite privée du bonus écologique en France, après l’introduction du score environnemental. Dans le même temps, la concurrence s’est considérablement renforcée avec l’arrivée de la Citroën ë-C3, de la Fiat Grande Panda mais aussi du Hyundai Inster.

 

Après avoir séduit plus de 210 000 clients depuis son lancement en 2021, la Spring fait donc entièrement peau neuve. Elle ouvre également un nouveau chapitre dans l’électrification de Dacia. La marque prévoit de lancer quatre modèles 100 % électriques d’ici à 2030, à raison d’environ une nouveauté par an. La Spring est donc la première de cette série.

 

 

Cinq ans après les débuts du modèle, cette deuxième génération n’en conserve finalement que le nom. Design, plateforme, motorisation et site de production : tout change.

 

Une production transférée en Europe

 

La Spring sera désormais assemblée dans l’usine Renault Group de Novo Mesto, en Slovénie, sur les mêmes lignes que la Renault Twingo E-Tech electric. Le site doit également accueillir la Nissan Wave, qui deviendra également une concurrente. Cette production européenne permettra à la Spring de devenir éligible aux aides à l’achat accordées dans plusieurs pays de l’Union européenne. Elle rapproche aussi sa fabrication de ses principaux marchés, au moment où Bruxelles envisage de renforcer les critères de contenu local applicables aux véhicules soutenus par des fonds publics.

 

L’européanisation de la voiture sera toutefois progressive. La batterie LFP de CATL sera d’abord produite en Chine. À partir de 2027, elle devrait provenir de l’usine que le fabricant chinois construit en Hongrie. Même calendrier pour le moteur électrique Shanghai e-Drive : fabriqué initialement en Chine, il doit être assemblé dans l’usine française de Cléon à compter de 2027.

 

75 % de pièces communes avec la Twingo

 

La nouvelle Spring repose sur la plateforme RGEV small de Renault Group, également utilisée par la Twingo. Les deux voitures partageraient environ 75 % de leurs pièces. Dacia assume ces importantes synergies, conformes au modèle économique de la marque. Sur un segment A aux volumes limités, le partage d’une plateforme, de composants et d’un site industriel permet de réduire les investissements et de contenir les coûts. La marque a néanmoins cherché à différencier les deux modèles, aussi bien visuellement que par leurs équipements. La Spring privilégie une conception plus simple afin de limiter son prix, mais également son poids et sa consommation.

 

Elle ne recevra notamment pas la banquette arrière coulissante de la Twingo. Cet équipement apporte davantage de modularité, mais aussi une masse et un coût supplémentaires. Dacia lui préfère une banquette fixe rabattable en deux parties et un coffre plus volumineux.

Plus grande et surtout beaucoup plus large

 

Avec 3,85 m de long, la nouvelle Spring gagne 15 cm par rapport à sa devancière. Elle s’élargit surtout de 18 cm, pour atteindre 1,74 m et mesure désormais 1,52 m de haut. Ces nouvelles proportions doivent lui apporter davantage de stabilité, d’habitabilité et de présence sur la route. À l’œil, la nouvelle Spring ne donne d’ailleurs plus la même impression de fragilité que la première génération. Son coffre atteint 337 litres, soit la meilleure capacité annoncée dans la catégorie. Un rangement de 18 litres sous le capot avant sera également proposé en option, notamment pour accueillir le câble de recharge.

 

Malgré cette croissance, Dacia a cherché à contenir la masse. La Spring affiche 1 212 kg dans sa configuration la plus légère. L’habitacle monte en gamme avec une instrumentation numérique de sept pouces sur toutes les versions. La finition supérieure Journey reçoit un écran central tactile de 10,1 pouces, la navigation connectée, Apple CarPlay et Android Auto sans fil.

 

Un moteur de 80 ch et 250 km d’autonomie

 

La nouvelle Spring abandonne les motorisations de 45 et 65 ch de la génération précédente au profit d’une seule version de 60 kW, soit 80 ch. La batterie LFP affiche une capacité utile de 27,5 kWh et offre jusqu’à 250 km d’autonomie en cycle mixte WLTP. Une valeur que Dacia juge suffisante au regard des usages observés sur la première génération.

 

Les propriétaires de Spring parcourent en moyenne 34 km par jour, à une vitesse moyenne de 34 km/h. Trois quarts d’entre eux rechargent leur voiture à domicile. La consommation est annoncée à 12,7 kWh/100 km, l’une des plus faibles du marché. La Spring reçoit de série un chargeur embarqué en courant alternatif de 6,6 kW. Il faut compter 2 h 55 pour passer de 15 à 80 % sur une wallbox de 7 kW. Un pack optionnel porte la puissance en courant alternatif à 11 kW et ajoute une recharge rapide en courant continu de 50 kW. Dans ce cas, le passage de 15 à 80 % réclame 28 minutes. Ce pack comprend également la fonction V2L, qui permet d’utiliser la batterie pour alimenter de petits appareils électriques.

 

Dacia rattrapée par l’accélération de l’électrique

 

Au-delà du renouvellement du produit, cette Spring doit combler une faiblesse devenue pénalisante pour Dacia. La marque reconnaît avoir souffert en France de l’accélération du marché électrique, notamment sous l’effet des aides publiques.

 

Selon Frank Marotte, directeur marketing, ventes et opérations de Dacia, le mix électrique du marché français aurait gagné environ 20 points en un an, bien davantage que ce qu’avait anticipé le constructeur. "L’électrification s’est accélérée très fortement et nous n’avons pas pu pleinement jouer, puisque nous n’avions pas les produits correspondant à l’ensemble du marché", reconnaît-il.

 

Au premier semestre 2026, les ventes mondiales de Dacia ont ainsi reculé de 8,1 %, à 327 077 unités. En Europe, la baisse a atteint 8,7 %, avec 284 021 véhicules immatriculés. La marque estime que l’accélération de l’électrique explique davantage cette contre-performance que la montée des constructeurs chinois, même si ces derniers ont, selon Frank Marotte, "grignoté sur tout le monde".

 

Transformer une nécessité industrielle en opportunité commerciale

 

La nouvelle Spring répond également à une logique industrielle. Après l’échec des discussions engagées avec Volkswagen autour d’une petite voiture électrique commune, en mai 2024, Luca de Meo se devait d’assurer le plan de charge de Novo Mesto et rentabiliser la plateforme développée pour la Twingo.

 

 

Interrogée sur les conditions dans lesquelles le projet avait été décidé, la direction de Dacia assume un arbitrage collectif au sein du groupe. "Dans toutes les entreprises, il y a des discussions, surtout lorsqu’on parle d’un investissement important, pour savoir quel est le bon moment, le bon niveau d’investissement et le bon modèle", répond Frank Marotte.

 

La Spring a pu être développée en seulement 16 mois en s’appuyant sur la base technique de la Twingo et sur le nouveau processus de conception de Renault Group. Une partie du travail a été réalisée par le centre ACDC de Shanghai, en collaboration avec les équipes françaises, roumaines, indiennes et chinoises.

Toute la gamme sous les 20 000 euros

 

La nouvelle Spring sera proposée en deux finitions, Expression et Journey. Toutes deux disposeront du même moteur de 80 ch, de la batterie de 27,5 kWh et du chargeur embarqué de 6,6 kW.

 

La version Expression est commercialisée à partir de 17 900 euros et la finition Journey à partir de 19 400 euros avant déduction des aides gouvernementales. La Spring conserverait ainsi un écart d’environ 2 000 euros avec sa cousine Twingo, soit près de 10 %. Un positionnement essentiel pour Dacia, désormais confrontée aux nouvelles citadines électriques européennes, mais aussi à une concurrence chinoise capable de pratiquer des prix particulièrement agressifs.

 

 

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