Guillaume Sicard, Renault France : " Le stock de VO électriques a été réduit de moitié"

J.A. : Quel est votre regard sur le marché français après ces cinq premiers mois d'activité ?
G.S. : Le marché connait une transformation que personne n'imaginait aussi rapide. Elle est en partie due à des faits exogènes, politiques et militaires, qui changent profondément la structure du marché. En début de l'année, les électriques représentaient 28 % des immatriculations globales alors qu'il restait encore des livraisons de leasing social mais aujourd'hui il n'y en a plus et la part demeure à 28 %. Et je pense que ce chiffre ne reflète pas le portefeuille de commandes où les VE sont encore plus haut. A ce rythme-là, les électriques sur le marché français pourraient peut-être atteindre 35 % en fin d'année.
J.A. : Les électriques représentent 37,6 % de vos immatriculations en mai et 33 ,1 % depuis janvier 2026. Est-ce conjoncturel ou cette hausse va-t-elle s'inscrire dans la durée ?
G.S. : Je pense que ce niveau va s'inscrire dans la durée. Les automobilistes comprennent que nous vivons dans un monde où les crises s'enchainent (Covid, Ukraine, Moyen-Orient…) et influencent à chaque fois le prix du carburant. Il y a une forme d'incertitude pour le client qui ne peut plus prévoir son budget automobile et cherche aussi à réduire ses dépenses.
Dans ce contexte, il voit que l'électrique est une réponse car le prix du kW d'électricité est finalement assez stable, peu cher et prévisible. Il n'y aura pas, comme nous l'avons vu à la pompe, une augmentation de 30 centimes en quelques jours. Ce contexte fait basculer certains clients plus vite que prévu. Certains anticipent leur renouvèlement d'autant qu'il y a aujourd'hui en France un taux d'épargne très élevé. Cette dynamique est vraiment visible sur le canal des particuliers qui est en hausse de 6 % au global, avec même +12 % sur les deux derniers mois.
J.A. : Face à cette bonne santé des électriques, comment évoluent les motorisations traditionnelles ?
G.S. : La logique est semblable, avec un besoin de contrôler son budget. Et nos hybrides, avec par exemple une consommation de 3,9 l pour la Clio, répondent à ce besoin pour ceux, qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas passer à l'électrique. La consommation a toujours été un élément important dans la décision d'achat mais elle est aujourd'hui décisive.
J.A. : Dans ce contexte, après cinq mois d'activité, Renault a toutefois vu ses immatriculations globales reculer de 1,5 % sur un marché à -0,6 %. Comment expliquez-vous ces résultats ?
G.S. : Effectivement, ce léger recul est une réalité mais il demande un éclairage, notamment avec un filtre centré sur la valeur que crée notre business model. Sur le canal des particuliers, notre part de marché progresse de 1,5 point. Sur le BtoB, après une année 2025 déjà en forte hausse, nous gagnons encore 0,8 point de part de marché.
En revanche, et cela explique les chiffres globaux, nous avons réduit la voilure sur les loueurs courte durée, en y baissant de notre part de 6 points. Nous protégeons la valeur de nos VN, mais aussi des VO.
J.A. : Justement, vous évoquez les VO. Les VO électriques étaient un point de crispation du réseau en début d'année. Qu'en est-il aujourd'hui ?
G.S. : Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, il y a eu un vrai changement sur le VO électrique et le stock de ces modèles a été réduit de moitié. A l'image du VN, la demande de VE d'occasion va rester structurellement haute.
J.A. : Ce décollage du VO électrique est-il une bonne nouvelle pour les constructeurs qui veulent faire vivre un même modèle sur plusieurs cycles ?
G.S. : Comme pour le VN, il y a un changement de mentalité. De plus en plus de clients achètent leur VO en leasing. Encore une fois, ils veulent avoir de la visibilité sur leur budget automobile et c'est une chose que nous leur offrons aussi avec des véhicules électriques d'occasion et une mensualité 30 % moins chère que pour un VN. Le réseau est aussi gagnant en renforçant la fidélité de leurs clients car dans ces offres globales il y a notamment l'entretien ou une extension de garantie.
J.A. : Vous lancez aujourd'hui la Renault 4 Plein Sud. Depuis le 12 juin 2025, jour du lancement de la R4 en France, vous avez enregistré près de 11 300 immatriculations. Est-ce un démarrage conforme à vos ambitions ?
G.S. : Nous voudrions toujours en faire plus. Cela étant, la Renault 4 E-Tech fait 8 % du segment BB+ électrique et 21 % du BB+SUV. Elle est le leader incontesté de la catégorie. Sur le seul canal des particuliers, elle capte près de 30 % du marché, loin devant ses concurrentes.
La voiture a trouvé sa place mais sur un marché plus restreint que celui de la R5. Après la Plein Sud aujourd'hui, nous allons continuer de faire vivre cette gamme avec, notamment, l'édition Roland Garros qui sera disponible cet automne.
J.A. : Un mot sur la Twingo qui est livrable depuis le 9 avril 2026. Comment se déroule ce lancement ?
G.S. : Cela ne se voit pas encore dans les immatriculations, mais sur un segment A qui avait quasiment disparu, les chiffres enregistrés pour la Twingo sont assez dingues. Nous asseyons même, avec la montée en cadence de l'usine, de récupérer des fabrications pour réduire les délais de livraisons qui aujourd'hui sont à octobre.
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