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Constructeurs

Ford veut de nouveau compter en Europe

Publié le 18 mai 2026

Par Christophe Bourgeois
6 min de lecture
Ford sort enfin d'un long tunnel en Europe. Après avoir sacrifié la Fiesta et la Focus, le constructeur américain dévoile un plan de relance massif : cinq nouveaux modèles et deux utilitaires d'ici 2029. Il annonce également des partenariats stratégiques, dont un avec Renault conclu en décembre dernier. Objectif : reconquérir une part de marché divisée par deux en dix ans sur le continent.
Ford Europe plan stratégique
Jim Baumbick, le nouveau président de Ford Europe, nommé il y a six mois, a dévoilé le nouveau plan de relance appelé "Ready, Set, Ford". ©Le Journal de l'Automobile

Ford ne le cache plus : la concurrence n'a jamais été aussi forte. Et sa part de marché n'a jamais cessé de baisser. En dix ans, elle a été divisée par deux sur le marché européen. En 2014, elle était de 7,4 % pour se contracter à 3,5 % l'année dernière. En France, Ford affichait une part de marché de 3,5 % en 2019, contre 2,5 % en 2025. Les ventes de véhicules particuliers sont ainsi passées de 80 000 unités à 38 000 unités.

 

Après avoir arrêté la Fiesta en 2023 et la Focus l'année dernière, Ford a perdu plus de 30 % de son potentiel de volume sur le marché européen en général, et français en particulier. Malgré le succès de la Puma et du bon démarrage de sa déclinaison électrique, la Puma Gen-E, le réseau est clairement en manque de produits. Cela a d'ailleurs poussé un certain nombre d'investisseurs à prendre d'autres panneaux pour pallier ce manque.

 

Un plan ambitieux

 

Il était donc urgent pour la branche européenne de Ford de reprendre la main. À Salzbourg (Autriche), devant un parterre de plusieurs centaines de journalistes et de distributeurs, Jim Baumbick, le nouveau président de Ford Europe, nommé il y a six mois, a dévoilé le nouveau plan de relance appelé "Ready, Set, Ford" pour les trois années à venir.

 

"Nous revenons en force sur les segments leaders en Europe, celui des véhicules particuliers entre 4 m et 4,50 m", a-t-il indiqué. D'ici 2029, la marque américaine lancera cinq nouveaux modèles "conçus et développés pour le marché européen", a-t-il insisté.

 

La version Super Duty du Ranger. ©JA

 

Cinq nouveaux produits d'ici 2029

 

En 2028, trois nouveaux modèles seront mis sur le marché. Dans un premier temps, apparaîtra la nouvelle génération de la famille du Bronco. Il ne s'agira pas de la version nord-américaine, un temps importée en France, mais d'un modèle adapté à l'Europe, qui disposera d'une offre multiénergie sans que le constructeur ne donne plus de précisions sur les technologies à venir.

 

Ce dernier sera produit dans l'usine espagnole de Valence, qui assemble actuellement le Kuga. Ce dernier n'aura donc pas de successeur direct puisque l'Escape, version internationale de ce SUV compact, n'apparaît plus dans le plan produits à venir de Ford.

 

Deux citadines électriques

 

Les deux autres véhicules seront électriques. Ils sont issus d'un partenariat signé avec Renault en décembre dernier. Le premier reposera sur la base de la Renault 5, le second sur la Renault 4. Aucun nom n'a été pour l'instant communiqué, mais il serait difficilement compréhensible que Ford ne capitalise pas sur le nom de Fiesta pour la berline du segment B.

 

Produits en France, à Douai et à Maubeuge (59) chez Renault, "ces modèles bénéficieront des dernières technologies de Renault", insiste Jim Baumbick. En 2028, la Renault 5 sera effectivement en mi-vie série, les futures Ford hériteront naturellement des évolutions à venir. Ces deux offres viendront seconder le Puma Gen-E qui, lui, sera en fin de vie.

 

 

En 2029, Ford annonce deux autres modèles, "des crossovers reposant sur une plateforme multiénergie, incluant un prolongateur d'autonomie", indique le constructeur sans donner plus de précisions. Selon nos informations, ces deux modèles pourraient être la remplaçante de la Puma, lancée en 2019. Dans ce futur portfolio, il pourrait y avoir une remplaçante de la Focus.

 

Le Transit City. ©JA

 

Des partenariats technologiques ?

 

Néanmoins, l'arrivée de ces nouveaux modèles soulève beaucoup de questions. Quelle sera la technologie utilisée ? Seront-ils des produits "maison" ? Depuis des années, Ford s'appuie sur des partenariats avec d'autres constructeurs et ne compte pas changer de stratégie. "Nous devons avoir une approche différente pour performer, être plus souple et surtout plus rapide", souligne le dirigeant américain.

 

Outre sa relation historique avec le groupe turc Koc via sa filiale Otosan pour la production de toute la gamme d'utilitaires et de la Puma en Turquie et en Roumanie, Ford achète la plateforme électrique MEB au groupe Volkswagen pour ses Explorer et Capri assemblés à Cologne (Allemagne), tandis qu'il a signé un accord avec Renault comme évoqué plus haut.

 

 

Pour les motorisations, Ford se tournerait-il alors vers Geely comme Renault le fait avec sa filiale Horse ? L'américain et le chinois sont effectivement en étroite discussion. Le premier pourrait ouvrir au second son usine de Valence, là où sera produit le Bronco. Jim Baumbick s'est refusé à tout commentaire sur ce sujet hautement sensible. "Avoir une seule proposition technologique est une erreur", a-t-il juste souligné.

 

Un marché utilitaire prioritaire

 

Même stratégie sur le marché de l'utilitaire. Ford a récemment dévoilé le Transit City, un véhicule 100 % électrique, conçu par le chinois Jianlig Motor Corporation, qui pour l'instant n'est disponible qu'au Royaume-Uni et dans une poignée de pays européens, "l'équation économique pour le marché français et sa fiscalité n'étant pas trouvée", indique-t-on chez Ford France.

 

L'utilitaire est d'ailleurs le pilier de la stratégie de Ford, "de très loin le plus rentable", lâche un concessionnaire. "Sans l'utilitaire, qui représente plus d'une vente sur deux, nous serions au mieux dans le même état qu'Opel, au pire, nous aurions disparu", souligne-t-il.

 

Ford est en effet leader sur le marché de l'utilitaire en Europe avec une part de marché de 11 %. "Ford Pro est la colonne vertébrale de nos activités en Europe", déclare Jim Baumbick. Nous ne nous contentons pas de vendre des fourgons, nous proposons un écosystème intégré de véhicules, de logiciels et de services."

 

Un Ranger permis poids lourds

 

Outre le Transit City, Ford lancera une version Super Duty du Ranger, une version unique sur le marché européen. Il offre une charge utile combinée (charge utile et capacité de remorquage) de huit tonnes et remorque jusqu'à 4,5 tonnes avec une charge utile de près de 2 tonnes. Il est doté d'une suspension renforcée, d'une protection supplémentaire du soubassement et d'une garde au sol élevée. Il sera en revanche nécessaire d'avoir un permis PL pour le conduire.

 

"Ford existe depuis plus d'un siècle en Europe, nous sommes là encore pour le siècle à venir !" Mais la marque à l'ovale bleue ne se réveille-t-elle pas un peu trop tard ?

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