Patrice Locussol, CA Auto Bank : "Le secteur de l'occasion va devoir faire preuve de résilience"

Le Journal de l'Automobile : Que retenez-vous de l'exercice 2026 jusqu'à présent ?
Patrice Locussol : Le marché a régressé au premier trimestre mais l’on constate des signaux positifs sur certains modèles. Les voitures d'occasion récentes, par exemple, se portent bien. Deux raisons bien connues de tous peuvent expliquer ce début d’année difficile : l’attentisme des consommateurs provoqué par un pouvoir d’achat en baisse, d'une part, et le niveau de prix élevé sur les retours de leasing de 3 ans, en particulier pour les voitures électriques, d'autre part. Ce qui exige des captives de remettre des moyens.
J.A. : Qu'en est-il pour CA Auto Bank plus spécifiquement ?
P.L. : Notre performance globale en France est satisfaisante, nos activités s’équilibrant entre financement à 50 % de VO et 50 % de VN. Nous restons optimistes, CA Auto Bank est partenaire de marques comme Tesla ou MG Motor qui ont fait des ventes saines et font preuve d’agilité technologique. Leurs véhicules électriques arrivent sur le marché de l’occasion avec des autonomies de l’ordre de 500 à 600 km et à des prix plus accessibles. Nous sommes aussi confiants car, au même titre que de nombreux analystes du marché automobile, nous pensons que les prix de marché vont se stabiliser, alors que les voitures électriques d'occasion ont des propriétés de plus en plus attrayantes face à la hausse récente des prix du carburant.
J.A. : Quel comportement observez-vous chez vos clients ?
P.L. : Quand les prix sont élevés, il y a moins de clients. Nous savons que certaines marques vont subir de lourdes pertes pour tenter de se remettre en phase avec les valeurs de marché, quand d'autres s'en sortiront plus naturellement. D'une manière globale, je pense que le secteur va devoir faire preuve de résilience pendant encore deux ou trois ans.
Les concessionnaires prennent de plus en plus le réflexe de provisionner en amont, par anticipation
J.A. : Un an après votre intervention aux États-Majors du véhicule d'occasion (EMVO), le monde est-il prêt pour le concept de multicycle ?
P.L. : Si la dégressivité de la valeur du véhicule est adaptée aux besoins d’un marché multicycle, il n’y a pas de raison que les clients ne répondent pas favorablement à l’offre. Les outils CRM sont calibrés et prêts pour aider les concessionnaires à gérer ce changement de modèle économique. Au 1er trimestre 2026, nos partenaires ont écoulé 43 % des voitures d'occasion avec un contrat locatif. Certains acteurs, tels que Tesla et MG, aident à atteindre ce niveau avec 15 à 20 points de plus que la moyenne.
J.A. : Entre VO toxiques et pénurie, chacun y va de son petit scénario à venir pour le marché des voitures d'occasion. Quelle est votre conviction ?
P.L. : Effectivement certains véhicules d’occasion ont pu pénaliser les distributeurs et notamment ceux qui n’avaient pas correctement provisionné. Les pertes financières peuvent s’élever à plusieurs milliers d’euros par véhicule. Cependant, les concessionnaires prennent de plus en plus le réflexe de provisionner en amont, par anticipation, et sont plus nombreux à laisser au constructeur le rôle de reprise des véhicules. Pour la suite, je ne crois pas à une pénurie de VO. Le marché étant devenu clairement européen et sans frontière, il y aura toujours des flux d'approvisionnement. D'autant plus que le marché du VN fonctionne bien dans d’autres pays et que cela génère des reprises.
J.A. : Récemment a été dévoilée votre collaboration avec Starterre. Quel est votre commentaire ?
P.L. : Avec Starterre, CA Auto Bank a trouvé un bon relais pour proposer du leasing aux acheteurs les plus modestes. Ce modèle est transposable, sous réserve que l'entreprise partenaire dispose de l'infrastructure informatique adéquate.
J.A. : Les acteurs de l'intermédiation pourraient-ils être de ceux-là ?
P.L. : Je ne crois pas. Nous estimons que l'expérience client est souvent dégradée et les marges s'affaissent sous le poids de la compétition. Nous croyons davantage à nos partenariats avec des groupes de distribution comme BYmyCAR ou Car Avenue qui maîtrisent les enjeux.
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