Leasing social 2026 : une mesure jugée "inefficace, coûteuse et antisociale" par les distributeurs automobiles

L’annonce d’une troisième version du leasing social automobile pour 2026 ne passe pas auprès des distributeurs automobiles. Marc Bruschet, président des concessionnaires VP de Mobilians, dresse un constat particulièrement critique d’un dispositif qu’il juge à la fois coûteux, mal ciblé et inefficace. Le gouvernement a annoncé, le 11 avril 2026, la reconduction de l'aide à l'achat de véhicules électriques dans un contexte de flambée des prix des carburants en conséquence de la guerre au Moyen-Orient. Deux cibles ont été jugées prioritaires : 50 000 ménages modestes et 50 000 dossiers supplémentaires pour des professionnels dépendants de leur véhicule pour travailler.
Deux jours plus tard, Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie, avançait une aide pouvant aller jusqu'à 9 500 euros. Cette revalorisation se traduira par des aides plus importantes par le biais des certificats d'économie d'énergie (CEE). La ministre a prévenu que le soutien financier sera de 6 500 euros pour les voitures électriques écoscorées et que des bonus viendront s’ajouter sous certaines conditions.
Ainsi, l’aide devrait grimper à 7 000 euros pour les voitures électriques dont le moteur est fabriqué en Europe, à 9 000 euros pour celles dont la batterie est fabriquée en Europe et à 9 500 euros si elles cumulent ces deux critères ! Mais le mystère reste entier sur les limites de revenu des ménages qui pourront en bénéficier.
D’emblée, le représentant de la profession regrette l’absence totale de concertation avec les réseaux de distribution, pourtant en première ligne dans la mise en œuvre de ces offres. "Cette annonce a été faite sans aucune discussion avec la distribution automobile. Or, ce sont bien les distributeurs qui commercialisent ces produits et qui en assurent toute la gestion opérationnelle", déplore-t-il.
Un risque de blocage du marché automobile
Les distributeurs doivent en effet assumer une charge administrative importante liée à la gestion des CEE qui financent le dispositif du leasing social depuis 2025, mais aussi des contraintes financières significatives. "Tout repose sur la distribution automobile : la gestion des dossiers, l’avance de trésorerie et souvent le rachat des véhicules en fin de contrat. Sur un volumes de 50 000 véhicules avec des aides proches de 9 500 euros, cela représente des montants considérables", avance Marc Bruschet. Une situation qui fragilise des réseaux déjà sous pression.
Face à ces contraintes, Marc Bruschet n’exclut pas un risque de blocage. "À un moment donné, les distributeurs pourraient refuser d’assumer ces conditions. Le gouvernement s’expose à un véritable risque de refus d’obstacle de la part du réseau", prévient-il.
Enfin, l’annonce même d’une nouvelle version du dispositif pourrait avoir un effet immédiat sur le marché. En annonçant les nouvelles mesures au mois d'avril pour un démarrage en juillet, les consommateurs vont attendre de savoir s’ils sont éligibles. "Et cela risque de figer les ventes pendant plusieurs mois, probablement jusqu’à l’été", anticipe Marc Bruschet.
Un effet d’aubaine pour les classes moyennes
Au-delà du coût qui dépasse le milliard d'euros en cumulant les deux premières années du dispositif (800 millions d'euros pris au budget en 2024 et 369 millions d'euros par le biais des CEE), le président des concessionnaires VP estime que le dispositif manque sa cible sociale. "Le narratif consiste à dire que l’on aide les ménages modestes à accéder au véhicule électrique. En réalité, ce n’est pas le cas", tranche-t-il.
Selon lui, ces ménages ne peuvent pas profiter du leasing social pour deux raisons principales : un coût encore trop élevé, même avec des loyers autour de 150 euros mensuels, et une inadéquation du véhicule électrique. Pour abaisser les mensualités, les constructeurs réservent des modèles dont les batteries sont généralement de faible autonomie et correspondent mal à l'usage de la mobilité des foyers modestes, qui n'ont généralement qu'un seul véhicule et requiert donc de la polyvalence.
Le leasing social sert souvent à financer un deuxième ou un troisième véhicule
Dans ces conditions, le dispositif bénéficierait surtout aux classes moyennes, voire supérieures, qui disposent déjà d’un premier véhicule thermique. "On est clairement sur un effet d’aubaine. Le leasing social sert souvent à financer un deuxième ou un troisième véhicule dans le foyer, et non à déclencher un premier achat", observe Marc Bruschet.
Pour le président des concessionnaires VP, la priorité devrait être réorientée vers le parc existant, qui constitue selon lui le véritable levier de décarbonation. "L’enjeu n’est pas seulement de soutenir le marché du neuf, mais de réduire les émissions de CO₂ du parc roulant, qui compte 42 millions de véhicules avec un âge moyen de 12 ans", rappelle-t-il.
Dans ce cadre, ce dernier plaide pour un renforcement de la prime à la conversion, ouverte à la fois aux véhicules neufs et d’occasion récents, électriques comme thermiques, et modulée en fonction des revenus. "Si l’objectif est environnemental et social, c’est ce levier qu’il faut activer", conclut-il.
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