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Distribution

Après une année 2025 record, jusqu'où les enchéristes monteront-ils ?

Publié le 15 avril 2026

Par Gredy Raffin
10 min de lecture
Les principaux opérateurs du marché donnent déjà le ton : 2025 marque un nouveau sommet pour les enchères automobiles. Portés par des volumes en forte hausse, une internationalisation accrue et des investissements structurants, les six leaders du secteur confirment leur rôle clé dans l'écosystème du véhicule d'occasion. Mais à l'horizon 2026, l'arrivée massive de buy back électriques pourrait semer la zizanie.
Bilan enchères 2026
Les six principales maisons de ventes aux enchères ont totalisé 2,987 milliards d'euros d'adjudication en 2026 (+16,4 %). ©JA

De manière officielle, il faudra attendre encore quelques semaines pour avoir tous les chiffres consolidés. Le rapport annuel publié par le Conseil des ventes devrait tomber en juin 2026. En lecture officieuse, une chose est cependant déjà certaine : les maisons de vente aux enchères de véhicules d'occasion ont repoussé les frontières de leur performance en 2025.

 

Pour s'en convaincre, il faut simplement regarder de près ce qu'ont réalisé les six plus importantes enseignes. Au fil des ans, ces opérateurs ont montré combien ils sont le meilleur baromètre des tendances du secteur. Leurs résultats sont un indicateur généralement fiable de ce que le syndicat professionnel dévoile plus tardivement dans le calendrier.

 

L'habituel groupe de tête – composé d'Alcopa Auction, BCAuto Enchères, EnchèresVO, VPAuto, Autorola et Mercier Automobiles – a enregistré une croissance annuelle du montant total d'adjudication de l'ordre de 16,4 %. En 2025, selon leurs déclarations, ces opérateurs ont dégagé 2,987 milliards d'euros de ventes de véhicules d'occasion réalisées. Leur bilan agrégé en dit long sur l'influence que les opérateurs exercent. Les maisons de vente aux enchères concentrent toujours plus d'activité et derrière les chiffres, il y a des stratégies bien rodées et des investissements assumés.

 

Alcopa Auction aux portes du milliard

 

Comme un symbole de cette inarrêtable fuite en avant, Alcopa Auction a maintenu le rythme de croissance, après un exercice 2024 qui s'était soldé par un bilan memorable. Ainsi, dans la foulée d'une progression de 14,3 %, 840 millions d'euros d'adjudication, la maison dirigée par Jean-François Maréchal a fait un nouveau bond de 13,1 % en 2025, pour atteindre près de 950 millions d'euros. Face à ce bilan, toute la modestie et la prudence du dirigeant ne parviennent pas à cacher le potentiel objectif de la maison dont le fief se trouve près de Beauvais (60). Comment ne pas imaginer Alcopa Auction franchir la barre symbolique du milliard d'euros engrangés en 2026. "Nous entrons dans une année spécifique, nous devons nous montrer mesurés dans les ambitions", tempère celui qui a toutefois noté une "légère croissance du volume" au premier trimestre de cette année.

 

 

Le succès du leader témoigne de l'importance du rôle que jouent les enchéristes. Ils ont su se rendre incontournables dans la définition d'une stratégie de remarketing. Les spécialistes de l'exercice le concèdent à l'instar de cette responsable de la revente des voitures d'occasion pour le compte de la captive d'un constructeur. Elle nous dit privilégier les négociations directes avec les concessionnaires, en théorie. "Mais ils acceptent de moins en moins d'assurer l'engagement de reprise, nous avons donc davantage de VO sur les bras et les enchéristes savent traiter ces volumes, confie-t-elle. Même si nous perdons de l'argent, nous sommes un peu forcés de faire appel à leurs services."

 

Un propos qui ne manque pas de faire réagir Antoine Namand, directeur général de VPAuto, dont la lecture se veut un peu différente. "Il ne faut pas regarder la valeur faciale de revente. Nos apporteurs d'affaires ont des coûts cachés importants et notre rapidité d'exécution leur permet de dégager du cash dans un délai très court", prêche-t-il pour sa profession.

 

EnchèresVO a revendu 38 000 voitures en 2026, soit +22,6 %. ©EnchèresVO

 

Quoi qu'il en soit, ce qui vaut pour les constructeurs vaut pour les captives, les banques et les concessionnaires. Pour ne pas crouler sous les stocks, ils ouvrent les vannes et les commissaires-priseurs font leurs choux gras. D'une année à l'autre, le "Club des six", les leaders du marché des enchères automobiles, a ainsi vu son nombre cumulé de reventes passer de 316 900 à plus de 362 000 voitures, soit une envolée de 14,4 % en comparaison à 2024. Une poussée que le secteur doit tout particulièrement à EnchèresVO (+22,6 %, à 38 000 unités) et VPAuto (+50 %, à 45 000 unités).

 

"Cette forte croissance reflète la très bonne dynamique du marché, résume un porte-parole de VPAuto. La tendance a été positive car il y a une véritable démocratisation de notre canal de consommation." Dominique Soinne, coactionnaire de Mercier Automobiles, confirme cet engouement pour les salles, évoquant " une vulgarisation du métier, bien aidée par les médias dont les chaînes de télévision". Et l'expérimenté commissaire-priseur lillois de poursuivre : "alors que les enchères publiques gagnent en notoriété, la maturité de nos environnements digitaux permet de convaincre des acheteurs de sauter le pas même à distance."

 

Investissements et recrutements pour soutenir la cadence

 

Pour accompagner ce mouvement haussier, Mercier Automobiles a débloqué des fonds. Ils ont servi à augmenter les activités à Cavaillon (84), où l'entreprise détient 2,5 ha depuis des années, mais aussi à recruter pour densifier les équipes. "Nous avons pu animer plus de ventes, souvent en duplex, et améliorer la rotation des stocks", relate Dominique Soinne.

 

Même son de cloche chez EnchèresVO qui, dans la continuité des investissements consentis depuis la fin de la pandémie, a engagé une dizaine de personnes supplémentaires. Elles couvrent les fonctions commerciales, de support et de cotation. À Montigny-le-Bretonneux (78), où Autorola France a son siège, les embauches ont aussi été nombreuses ces derniers mois. La filiale du groupe danois a souhaité avoir davantage de commerciaux sédentaires pour accompagner les clients au quotidien. "Nous avons pu fidéliser les habitués mais surtout, la prospection a été plus prononcée, d'où les 50 % d'inscriptions supplémentaires", explique Pierre-Emmanuel Beau, directeur général.

 

Notre capacité d'exécution est aujourd'hui un facteur clé de notre compétitivité

 

Chez BCAuto Enchères, les efforts ont été concentrés sur la capacité à "susciter de la demande" et plus particulièrement en Europe. Le rapport du Conseil des ventes devrait le confirmer dans quelques semaines, l'exportation a encore pris du poids dans le bilan des enchéristes. "Nous y parvenons et les chiffres en attestent", se félicite Olivier Fernandes, directeur général de BCAuto Enchères. Sur un total de quelque 96 200 adjudications, l'an passé, la filiale tricolore du groupe britannique a expédié 30 % des voitures d'occasion à l'étranger, soit 1 point de plus que l'année précédente.

 

 

À l'international, BCAuto Enchères trouve des débouchés pour 22 % des voitures confiées par des concessionnaires, pour 60 % des véhicules à motorisation électrique et pour 45 % des exemplaires de Tesla, "dont nous sommes certainement les premiers revendeurs en France", glisse Olivier Fernandes. La Pologne, le Portugal et la Roumanie restent les premières destinations devant la République tchèque et l'Espagne.

 

Un propos corroboré par Pierre-Emmanuel Beau qui fait état du maintien "d'un fort taux d'export grâce aux voitures électriques" pour Autorola France. Il faut dire que l'Hexagone ne se défait pas de cette image "d'usine à VO" et les professionnels viennent des quatre coins de l'Europe pour y faire leurs emplettes. "Ils cherchent des voitures de moins de 3 ans", relève Dominique Soinne, chez Mercier Automobiles. "Des voitures qui reviennent de leasing et qui ont un historique complet", ajoute Olivier Fernandes. Cela a tendance à irriter les négociants français exposés à une concurrence difficile à tenir, comme nous l'avions constaté en juin dernier lors de la vente organisée par BCAuto Enchères, au cours de laquelle des voitures partaient à l'export BtoB à des montants supérieurs aux prix BtoC pratiqués dans l'Hexagone.

 

Cap sur le choc des buy back

 

L'orage gronde à l'horizon et le monde de la distribution automobile se prépare au déluge de buy back à compter du second semestre 2026. Une tempête de voitures d'occasion à laquelle les enchéristes n'échapperont pas. Ils avancent toutefois avec confiance. "Gérer des volumes importants dans des délais courts fait partie de notre ADN. Notre capacité d'exécution est aujourd'hui un facteur clé de notre compétitivité", se veut rassurant Guillaume Arnauné, directeur général d'EnchèresVO.

 

Toute tension de marché a toujours été positive pour notre métier

 

Pour sa part, Alcopa Auction finalise la création d'une huitième salle de vente. D'une capacité de stockage de 2 000 places, elle se situera à Châtellerault (86), mais ne sera accessible aux clients BtoB et BtoC que par le Web. En revanche, elle fonctionnera pratiquement en 24/7 pour maximiser les rotations. Jean-François Maréchal confie ensuite : " Nous avons augmenté nos capacités logistiques et nous avons encore deux autres gros projets en préparation."

 

 

Son premier rival n'est pas en reste. Et quand le sujet des buy back arrive sur la table, Olivier Fernandes dit avoir les yeux sur Renault. "Décision avait été prise de passer les contrats de LOA de 49 à 37 mois pour s'aligner sur Stellantis, se remémore le directeur général. Il va en résulter une double dose de voitures à restituer en même temps, à commencer par des Dacia Spring et des Megane E-Tech. Notre rôle n'est pas d'être opportunistes, mais d'être un poumon au service de l'industrie." Il explique que cette philosophie aurait permis à ses équipes de remporter des victoires commerciales chez des constructeurs et des captives qui seront prochainement communiquées.

 

D'un débouché contraint à un rouage stratégique

 

Au fond, si les enchéristes font figure de grands gagnants de cette séquence haussière, ils ont surtout su transformer une contrainte de marché en opportunité industrielle. "Toute tension de marché a toujours été positive pour notre métier", concède d'ailleurs Pierre-Emmanuel Beau chez Autorola. Portées par des volumes records, des investissements ciblés et une présence européenne grandissante, les maisons – représentées par les six leaders du secteur – abordent le second semestre 2026 et son déluge annoncé de buy back avec les reins solides.

 

Chez Mercier Automobiles, la direction salue la démocratisation du canal auprès des particuliers. ©JA

 

Les dés semblent jetés : dans un marché de l'occasion en perpétuelle recomposition, les maisons de vente aux enchères ne sont plus simplement un débouché de dernier recours. Elles sont devenues un rouage essentiel – et assumé – de la chaîne de valeur automobile. Leur vie ne sera pas pour autant un long fleuve tranquille. Jusqu'à présent, la transition écologique a eu un impact limité sur leur activité. Bien moins de 10 % des lots avaient un moteur électrique. Cette part va doubler l'an prochain et frôlera les 20 % l'année suivante. Or les salles ne regorgent pas encore de clients au profil idoine.

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