Flash back. Le 7 septembre 1969, sur le rapide autodrome de Monza encore dépourvu de chicanes, Jackie Stewart remporte son sixième Grands Prix de la saison, une victoire largement suffisante pour s’adjuger son 1er titre de Champion du Monde des conducteurs, tandis que Matra remporte la « Coupe des constructeurs » de F1. Irrésistible au volant de sa Matra MS 80 face à la Lotus de Rindt, l’écossais signe en fait sa sixième victoire de la saison sur onze Grands Prix, la première d’entre-elles ayant été obtenue à Kyalami en Afrique du Sud au volant du châssis MS 10, symbole de la première véritable F1 dessinée par Matra.
Point commun des deux monoplaces, elles étaient propulsées par un V8 Ford Cosworth alimenté et lubrifié par Elf. Un choix voulu par Jean-Luc Lagardère, le président de Matra, dans la mesure où le V12 « maison » présentait encore quelques défauts de jeunesse. Conçue par Bernard Boyer, la MS 80 à coque rivetée renfermant les réservoirs cloisonnés (une technique issue de l’aéronautique) signe surtout un exploit considérable à l’époque, tant les britanniques (Brabham, BRM, Cooper, Lotus, McLaren) régnaient alors sur la discipline. Ce double titre marquait aussi l’accomplissement pour l’équipe Matra-Elf d’un programme défini trois ans auparavant (le partenariat ayant été signé le 19 janvier 1967 à Monte-Carlo), et qui représentait alors la plus haute ambition sportive.