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Distribution

Les distributeurs touchés de plein fouet par la crise des semi-conducteurs

Publié le 30 août 2021

Par Catherine Leroy
4 min de lecture
Depuis huit mois, les constructeurs automobiles subissent la pénurie des semi-conducteurs qui impacte la production de véhicules. La crise s'étend désormais à la distribution, qui ne sait plus quoi vendre. Les stocks de véhicules neufs en concession n'ont jamais été aussi bas.
Les concessionnaires affichent des stocks exceptionnellement bas de voitures neuves et doivent gérer des délais de livraison jusqu'à 6 à 8 mois.
Les concessionnaires affichent des stocks exceptionnellement bas de voitures neuves et doivent gérer des délais de livraison jusqu'à 6 à 8 mois.

Pas une seule semaine sans que le sujet de la pénurie des semi-conducteurs ne soit alimenté par l'arrêt d'une chaîne de production, d'une usine. Même Toyota a annoncé des suspensions de production dans 27 lignes de production de 15 usines au Japon. Pourtant, le constructeur avait réussi à échapper à la pénurie grâce à la constitution de stocks tampons. Il faut dire que la catastrophe de Fukushima en 2011 a servi de leçon. Désormais très prudent, Toyota surveille de très près son approvisionnement en pièces.

 

Cette pénurie, dont les effets devaient s'atténuer au second semestre 2021,  est pourtant amenée à perdurer. Au moins jusqu'à mi-2022 ! D'une part, la production des semi-conducteurs reste entre les mains d'une petite poignée de producteurs asiatiques. D'autre part, l'automobile ne pèse que 10 % du marché mondial de ces composants dont la demande est en pleine explosion. Enfin, entre une commande et sa livraison, plus de six mois s'écoulent avant d'obtenir le précieux composant !

 

A lire également : Les équipementiers automobiles durement touchés par la crise des semi-conducteurs

 

Mais, la production n'est désormais plus la seule à être touchée. La distribution automobile commence à serrer les dents et se demande surtout ce qu'elle va bien pouvoir vendre dans les mois à venir.

Pas de livraison, pas de rémunération !

 

"C'est clair, nous commençons à manquer de voitures et les délais ne cessent de s'allonger. Pour obtenir un Ford Kuga ou une Focus, le client doit désormais attendre près de 6 mois", nous explique un professionnel. Ce qui est vrai pour les voitures particulières, l'est également pour les véhicules utilitaires. Toute commande d'un VU Ford aujourd'hui, ne peut être honorée qu'en février ou mars 2022, ce qui ne devrait guère réjouir les clients artisans ou professionnels !

 

Ce qui est vrai pour Ford, l'est pour toutes les autres marques. Opel, BMW, Renault et même Peugeot... tous les réseaux de distribution sont logés à la même enseigne. La pénurie des composants commence à devenir une pénurie des stocks de voitures chez les professionnels. "Les concessionnaires n'ont jamais eu un portefeuille de commandes à livrer aussi important et un stock aussi faible. Ce qui est d'autant plus difficile à vivre pour ceux qui distribuent Peugeot. Car jusqu'à présent, nous avions plutôt été privilégiés dans l'approvisionnement des véhicules dans le groupe Stellantis", ajoute cet autre distributeur.

 

A tel point que le constructeur aurait adapté ses objectifs à réaliser de près de 9 % par rapport aux conditions contractuelles. Peugeot ne serait d'ailleurs pas la seule marque à revoir ses objectifs. Seat les aurait baissé de 10 %. Renault, qui rémunère au trimestre son réseau, aurait également assoupli le point de passage. Une situation atypique. Les distributeurs sont plutôt habitués à se voir imposer des stocks de véhicules pour désengorger les sites de production. "Nous n'avons pas l'habitude de vendre des délais chez Renault. Autant vous dire qu'avoir trois mois de stock en concession est beaucoup trop mais en avoir à peine un mois nous place dans l'embarras vis-à-vis du client", avance ce professionnel. "Un client Porsche accepte un délai de 6 mois pour avoir sa voiture neuve, mais pas un client d'une marque généraliste."

Des commandes en baisse de 50 %

 

Pour autant, la baisse des objectifs est insuffisante, selon les distributeurs interrogés. "Nous allons avoir de gros problèmes. Les constructeurs sont loin d'être souples. Certains les ont baissés mais comme ils étaient complètement surestimés, ils restent en dehors de la réalité du marché", explique ce distributeur Peugeot. Ce dernier a vu son stock de voitures neuves être divisé par 7 en un an !

 

Or, les concessionnaires touchent la rémunération au moment de la facturation de  la voiture au client. Pas de facture : pas de rémunération. Une situation critique qui vient aggraver une période de marché assez faible. "Nos clients ne savent même plus quoi acheter. Entre les hybrides rechargeables qui risquent d'être dans l'oeil du cyclone, le plan d'installation des bornes de recharge qui avance peu. Franchement, rien ne donne envie d'acheter une voiture en ce moment", poursuit ce professionnel.

 

La rentabilité de la distribution au second semestre 2021 risque de ne pas être au rendez-vous ou en tout cas d'annuler celle enregistrée au premier . D'autant que l'offre en véhicule d'occasion commence également à se tarir. Après presque bientôt deux années de crise sanitaire, les mécanismes d'alimentation en voitures d'occasion (loueurs courte et longue durée) se sont grippés.

 

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