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Distribution

Entre stabilité et prises de risque, le groupe Dallard mène sa barque depuis 1973

Publié le 20 février 2026

Par Jean-Baptiste Kapela
11 min de lecture
Fort de ses plus de 50 ans avec Citroën, mais fragilisé par les bouleversements du marché et les choix stratégiques de Stellantis, le groupe Dallard a engagé une profonde réorganisation. Concessions, centres autos, multimarquisme, sport et nouveaux concepts : le distributeur toulousain, dirigé par Philippe et Sophie Dallard, redéfinit son modèle pour assurer sa pérennité.
Coulisses groupe Dallard
La concession Dallard Automobiles située à Muret (31) sur la nationale 117, siège du groupe. ©Dallard

Parmi les distributeurs cinquantenaires qui parsèment le territoire hexagonal, le groupe Dallard sort du lot. Depuis les années 1970, à Muret (31), une grande concession affiche fièrement ses chevrons le long de la nationale 117 reliant Toulouse à Bayonne.

 

Le groupe de distribution dirigé par Philippe et Sophie Dallard est l’un des principaux représentants de Citroën-DS Automobiles et s’est forgé une solide réputation dans la région toulousaine. S’il a permis d’ancrer la marque dans le secteur, comme toutes les histoires d’amour, la relation avec le constructeur ne s’apparente pas à un long fleuve tranquille.

 

À ce jour, le distributeur compte quatre points de vente à Muret, Saint-Gaudens (31), Saint-Paul-lès-Dax (40) et Saint-Jean-de-Luz (64), mais également huit centres automobiles Speedy dans le Sud-Ouest, dont il est d’ailleurs le principal investisseur privé depuis 2022 et le plus gros franchisé français en termes de chiffre d’affaires.

 

Le groupe propose également une unité dédiée aux professionnels ou encore un service de location. Bien sûr, ses activités se concentrent essentiellement dans le Sud-Ouest, preuve d’un ancrage territorial indéfectible.

 

"Tout ce qui est au-dessus de Bordeaux, c’est le Nord pour nous", s’amuse Philippe Dallard, président du groupe. "De l’école primaire à mon école de commerce et mon service militaire, je n’ai jamais quitté la région. Une démarche que nous adoptons également dans les affaires. Nous aurions pu nous développer hors de la région, avec des propositions d’acquisition Citroën ou de croissance externe, mais ce n’était pas notre volonté."

 

Sophie et Philippe Dallard, directrice générale et président du groupe Dallard. ©Dallard

 

Lancer Citroën à Toulouse

 

Avant d’être un groupe touche-à-tout, c’est avant tout Citroën qui permet au distributeur occitan de voir le jour. L’histoire commence en 1973. À cette époque, Guy Dallard quitte son poste de vendeur de camions auprès du distributeur de véhicules industriels Saviem pour fonder, avec son ami Michel Lévy, une concession Citroën, qui deviendra le quartier général du groupe jusqu’à aujourd’hui.

 

La marque aux chevrons cherchait des distributeurs pour conquérir un territoire vierge et les deux associés avaient le profil idéal. "Cette concession a tout de suite été une réussite. Notre père y est arrivé avec beaucoup de conviction, de travail et le bon relationnel. Mes parents ont mis toutes leurs économies dedans", explique Philippe Dallard.

 

 

Une affaire qui fonctionne et qui permet son développement. Les deux associés s’étendent ainsi à Saint-Gaudens en 1984, puis reprennent la succursale Citroën de Ramonville-Saint-Agne (31) la même année pour un franc symbolique.

 

"Notre père a été le premier en France à racheter une succursale à l’époque", souligne Sophie Dallard. La marque se retrouve ainsi avec un seul point de vente dans le secteur, une situation particulièrement rare pour une métropole en France. La concession de Ramonville-Saint-Agne déménagera à Toulouse-Montaudran (31).

 

Une succession brutale

 

Philippe Dallard intègre l’entreprise familiale à 23 ans en 1992 à Muret après les problèmes cardiaques de son père, tandis que sa sœur, Sophie, rejoint le groupe en 2002 à 21 ans.

 

S’ils ont tous deux connu les garages depuis leur plus tendre enfance, l’automobile n’était pas une réelle passion pour Philippe, qui aurait voulu être kinésithérapeute dans le sport avant de faire une école de commerce, tandis que Sophie a entamé des études de droit, envisageant par ailleurs une carrière dans le journalisme. Mais le sort en a décidé autrement. L’aînée de la famille Dallard, Sylvie, a cependant choisi une voie différente.

 

En 2004, le destin de Philippe et Sophie change. Posté dans son bureau, Guy Dallard convoque à Toulouse son fils, alors directeur de la concession de Muret. "Je me souviens, je prenais mon café une heure avant, comme si de rien n’était", se remémore Philippe Dallard.

 

Nous sommes des gens affectifs, ancrés dans le territoire, attachés à l’ancienneté. Nous pensions qu’il y aurait eu un peu plus d’affect et de considération...

 

En entrant dans le bureau de son père, ce dernier, la mine grave, lui lance : "J’en ai assez, je vais arrêter et je pense que nous allons vendre. Est-ce que tu acceptes de reprendre les rênes du groupe ?"

 

Sans préparation et à brûle-pourpoint, Philippe Dallard doit faire un choix. "Je n’étais pas prêt et je n’y pensais même pas. Mais quand mon père décide d’un truc, c’est rare qu’il revienne dessus", se souvient-il. Face à ses hésitations, son père lui fait comprendre qu’il doit prendre une décision immédiate. Il finit par accepter.

 

"Il appelle sa secrétaire et lui dit d’écrire un mot : «Je, soussigné Guy Dallard, démissionne de toutes mes fonctions…, vous faites une assemblée générale extraordinaire, vous appelez les avocats et je quitte les lieu». À ce moment-là, j’ai le vertige et pendant plus de deux mois, il n’est plus revenu à son bureau", se rappelle, encore étonné, Philippe Dallard.

 

En 2025, le groupe a réalisé 1 000 ventes de VN et l’équivalent en VO pour un chiffre d’affaires de près de 50 millions d’euros. ©Dallard

 

Établir un groupe

 

S’ensuit alors un travail de restructuration. Lorsque Guy Dallard était aux manettes, l’entreprise ne répondait pas à une logique de groupe : chaque affaire travaillait de manière individuelle, parfois en concurrence.

 

"Si un client allait à Montaudran puis à Muret, on se faisait la guerre en interne. Les directeurs se prenaient le bec entre chaque site et j’avais d’ailleurs une très mauvaise relation avec la directrice de Montaudran. C’était contre-productif", se rappelle l’actuel président.

 

La première décision de Philippe Dallard est donc d’instaurer une véritable logique de groupe et de réorganiser les équipes et il stabilise ainsi l’entreprise.

 

En 2014, le distributeur tente l’aventure du multimarquisme avec le panneau Kia. La société investit fortement pour la marque sud-coréenne, notamment avec l’autopôle de Saint-Gaudens. Une aventure qui ne durera que trois ans. "Nous n’étions pas prêts, tant au niveau de l’organisation que des équipes", assure le président.

 

Malgré des propositions d’autres constructeurs, le groupe ne bougera plus avant un premier développement, en 2016, hors de la Haute-Garonne, avec la reprise des concessions de Bassussarry et Saint-Jean-de-Luz (64).

 

Une entreprise pérenne… avant la rupture

 

Le groupe se tourne alors vers la côte occidentale avec une concession Citroën-DS Automobiles. À cette époque, il possède trois points de vente et réalise 100 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 5 000 véhicules neufs vendus et une équipe de 200 personnes.

 

Particulièrement performant, il est élu meilleur concessionnaire de France en 2019, reconnu pour sa qualité de service, sa productivité et sa rentabilité. Jusqu’en 2021, il figurait dans notre top 100 des groupes de distribution, à la 89e place, avant d’en sortir l’année suivante.

 

L’année 2022 marque un tournant. À la suite d’une période Covid difficile, Stellantis – fusion de FCA et PSA en 2021 et dirigé par Carlos Tavares – décide de résilier les contrats de vente et de distribution de services pour toutes les marques du groupe.

 

Nous nous réjouissons du retour de Xavier Chardon qui a marqué l’une des meilleures périodes de la marque

 

Une réorganisation dans les réseaux s’opère. Le groupe Dallard fait figure de dommage collatéral et se retrouve contraint de céder ses affaires basques à son voisin Emil Frey, qui couvrait la zone avec la marque Peugeot.

 

"Cela ne s’est pas fait de gaieté de cœur, puisque nous étions ravis de nos performances sur la côte basque. Mais nous n’étions pas propriétaires de nos immobiliers et, dans une stratégie où le groupe souhaitait réunir les trois marques (Peugeot, Citroën et DS Automobiles), ce n’était pas possible pour nous", se désole le président du groupe.

 

Fidèles aux chevrons depuis l’origine, Philippe et Sophie Dallard vivent cet épisode comme une trahison, s’estimant alors "victimes de la politique Tavares". S’y ajoutent les sujets des contrats d’agent et des éléments structurels liés à l’arrivée des marques chinoises et à l’ampleur de la digitalisation.

 

"Ils sont arrivés comme des rouleaux compresseurs. Nous étions contraints de grossir et ce n’était pas possible sur notre zone", détaille Sophie Dallard. "Nous sommes des gens affectifs, ancrés dans le territoire, attachés à l’ancienneté. Nous pensions qu’il y aurait eu un peu plus d’affect et de considération", ajoute Philippe Dallard.

 

Aujourd’hui, la relation entre le distributeur occitan et Citroën s’apaise avec les changements de direction. "Nous nous réjouissons du retour de Xavier Chardon (nouveau directeur général de Citroën, NDLR), qui a marqué l’une des meilleures périodes de la marque. Les relations sont très bonnes et nous commençons à parler de développement", se satisfait Philippe Dallard.

 

Se diversifier pour se développer

 

Après cette période complexe, le distributeur doit se repenser et entame ce qu’il appelle la phase 3 de son histoire.

 

"Même si nous entretenons aujourd’hui de très bonnes relations avec Stellantis… ça a frotté. Tavares a cassé une dynamique de groupe et d’équipe, tout en perturbant l’écosystème. À ce moment-là, nous avions une vision moins idéaliste de la distribution automobile", reconnaît Philippe Dallard.

 

Le groupe adopte alors un nouveau modèle reposant sur un triptyque : la concession traditionnelle Citroën/DS Automobiles, les centres autos (quatre à Toulouse, ainsi qu’à Saint-Gaudens, Tarbes et Bayonne) et ce que Philippe et Sophie Dallard appellent le "multimarquisme".

 

Le groupe rachète ainsi une ancienne concession Opel et un centre Midas à Saint-Paul-lès-Dax (40), débadgés sous l’enseigne Dallard Automobiles afin de s’affranchir de la politique de marque et de développer son propre modèle.

 

Aujourd'hui, le groupe réalise près de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec environ 1 000 ventes VN et autant de VO. "Nous sommes moins dans une logique de volume. Nous avons une vision plus large et misons davantage sur la qualité de service, car la part de marché du constructeur a baissé", souligne Sophie Dallard.

 

S’y ajoute une dimension à 360° : service de valet, location courte durée, atelier mobile et important business center. Le groupe a également un pied dans l’immobilier et a tenté une aventure en 2023 dans les deux-roues avant de se raviser.

 

Un développement avec VinFast

 

En tant que groupe historiquement monomarque, Dallard est très dépendant des performances du constructeur. "Si la marque subit les contrecoups du marché ou d’une stratégie, vous êtes vite aspirés par les volumes", analyse Philippe Dallard.

 

Pour l’avenir, le groupe ne compte pas s’arrêter là et envisage un nouveau format autour du concept de "Village Auto et Sport". Celui-ci propose la réparation toute marque, un business center et, depuis le 1er janvier 2026, une structure Dallard Utilitaires dédiée aux VU neufs et d’occasion.

 

En parallèle, sur le site de Muret, le groupe prévoit d’intégrer à l’arrière de la concession un complexe sportif moderne, "à mi-chemin entre la salle de sport et l’intelligence artificielle", explique Philippe Dallard.

 

Côté diversification, le groupe a intégré VinFast à son portefeuille au 1er janvier 2026 et devient distributeur de la marque vietnamienne à Toulouse et dans le Sud-Ouest.

 

Enfin, au cours du premier trimestre 2026, il signera son retour dans la Ville rose avec l’ouverture d’un City Store en centre-ville. Ce point de vente phygital, Dallard City Store, regroupera l’ensemble des solutions de commerce, ainsi que l’utilitaire et l’occasion, en face du centre commercial Saint-Georges.

 

L’aventure continue pour le groupe Dallard et, s’il n’est pas encore question de succession, il est fort à parier qu’elle se fera, quoi qu’il arrive, en douceur.

 

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Propriétaire d’un club de handball : le Fenix

 

Si de nombreux distributeurs sponsorisent et soutiennent les équipes de sport de leur région, le groupe Dallard va plus loin. Pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, il s’est diversifié dans un domaine inattendu sur une terre de rugby : le handball. En 2012, il rachète le club toulousain du Fenix, alors proche du dépôt de bilan. Philippe Dallard, passionné de sport, en assure la présidence. Aujourd’hui, le Fenix est le quatrième club français au classement de la saison 2024‑2025. "Cela nous permet d’intégrer de belles valeurs à notre groupe. Le Fenix est intégré à 100 % comme une filiale. Les tumultes que nous avons connus dans l’automobile n’existent pas dans le sport : il n’y a pas de rupture de modèles ou de confiance", souligne‑t‑il. Le groupe a également été partenaire historique du TFC et du club de rugby de Colomiers (31).

 

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