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Constructeurs

Véhicule industriel : l’année 2022 s’annonce difficile

Publié le 27 avril 2022

Par Florent Le Marquis
4 min de lecture
Si les immatriculations de VI neufs de plus de 5 tonnes se stabilisent au premier trimestre 2022, le marché reste perturbé par des défis économiques "sans précédents". La filière doit aussi faire face aux conditions d’entrée dans les ZFE.
Les conditions d'entrée dans les ZFE ont été un sujet abordé lors du dernier point presse de la Csiam. © Man Truck & Bus
Les conditions d'entrée dans les ZFE ont été un sujet abordé lors du dernier point presse de la Csiam. © Man Truck & Bus

"2022 démarre difficilement", reconnaît Thierry Archambault, président-délégué de la Chambre syndicale internationale de l’automobile et du motocycle (Csiam). Pourtant, les constructeurs poids lourds ne voient pas le nombre d’immatriculations diminuer. Au premier trimestre, le marché du véhicule industriel neuf de plus de 5 tonnes se montre stable (+0,5 %) par rapport à la même période l’an dernier, selon le premier bilan 2022 de l'organisation professionnelle.

 

Une production à la peine

 

Mais 2021, qui faisait suite à une année particulièrement perturbée par le Covid-19, ne s’approchait pas du niveau de l’avant-crise, et les chiffres se situent actuellement encore "en dessous des années habituelles", poursuit Thierry Archambault. Dans le détail des chiffres du premier trimestre, l’écart entre les immatriculations de porteurs, en baisse de 13,9 %, et celles des tracteurs, en hausse de 14,4 %, interroge. Pourquoi un tel fossé ? "Il y a un effet de rattrapage sur les tracteurs, dont le marché a été plus affecté en 2021", explique Henri Paccalin, président de Mercedes Benz Truck France et président de la branche véhicules industriels de la Csiam. A noter que le marché des bus et car enregistre, quant à lui, un recul 2,8 % (-11,8 % pour les bus, +1,8% pour les cars).

 

Dans le secteur poids lourds, tracteurs comme porteurs sont touchés par les difficultés auxquelles l’ensemble du secteur automobile fait face. "Nous nous heurtons, ces derniers mois, à des défis économiques sans précédents, résume Henri Paccalin. Des ruptures d’approvisionnements aggravées, des hausses de coûts de matières premières, etc. Des événement inédits aux répercussions énormes sur nos activités." Le président de Mercedes Benz Truck France cite notamment le coût de l’acier, qui a plus que doublé en quelques mois, mais aussi ceux du fret maritime et de l’énergie. Pour les porteurs, des problèmes de réapprovisionnement des châssis sont soulevés. "Le sujet des composants électronique est aussi préoccupant", ajoute Claude Cham, président de la Fiev, qui s’attend à des ruptures d’approvisionnements "jusqu’en 2023, au moins".

 

A ne pas comparer avec 2008

 

Le marché n’avait pas connu de situation si délicate depuis près de 15 ans. "La situation est pourtant bien différente entre 2008 et 2010, tempère Jean-Yves Kerbrat, directeur général de Man Truck & Bus. A l’époque, il y avait eu une anticipation de renouvellement des véhicules puis une forte récession du marché. Actuellement, il y a une demande structurellement forte qui ne s’essouffle pas. C’est à nous, constructeurs, de nous organiser pour y répondre." Si les carnets de commandes sont bien remplis, les délais d’attente entre la commande et la livraison s'allongent. "Entre douze et treize mois, estime Clément Chandon, directeur produits d’Iveco France. Mais nous ne recensons aucune annulation de commande."

 

Un point "positif" néanmoins à signaler selon Henri Paccalin : "La pénurie des semi-conducteurs se stabilise. Elle ne s’améliore pas, mais elle ne s’aggrave plus".

 

ZFE : une volonté d’élargissement aux biocarburants

 

Autre sujet actualité pour les constructeurs, les ZFE, qui suscite beaucoup d'inquiétudes chez les transporteurs. Face à cette échéance, la Csiam s'est réjouie de la publication au Journal Officiel, le 16 avril dernier, de l’éligibilité à la vignette Crit’Air 1 des véhicules roulant exclusivement au B100, leur ouvrant ainsi les portes des ZFE. Mais la Csiam souhaiterait qu’il en soit de même pour les véhicules fonctionnant exclusivement avec des biocarburants de deuxième génération, type HVO, produits à base de déchets et offrant par la même une réduction massive des émissions de CO2 en utilisation, le tout sans aucune modification technique.

 

Thierry Archambault a appelé de ses vœux un calendrier plus tenable pour la mise en conformité des véhicules, argumentant qu’il fallait trouver les solutions avant d’imposer les règles, et non l’inverse. "Nous attendons aussi une harmonisation des ZFE, qu’il y ait une cohérence pour qu’un transporteur ne se retrouve pas à devoir changer de camion parce qu’il change de ville", a-t-il ajouté.

 

Henri Paccalin conclut : "Nous avons tous envie de protéger la planète, de réduire les émissions de CO2. Nous ne remettons pas en cause l’objectif de l’UE, nous voulons seulement revoir le calendrier et apporter une solution de transition, car l’artisan lambda ne pourra pas s’offrir un véhicule électrique du jour au lendemain."

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