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Constructeurs

Le groupe Volkswagen supprimera bien 100 000 emplois d'ici 2030

Publié le 4 septembre 2026

Par Christophe Jaussaud
5 min de lecture
Le conseil de surveillance du groupe Volkswagen a donné son feu vert, à l'unanimité, au plan présenté par Oliver Blume. Pour rebondir, VW va notamment supprimer 50 000 emplois supplémentaires et ainsi réduire ses effectifs de 100 000 salariés d'ici la fin de la décennie. Il compte aussi diminuer ses gammes de 50 % et la complexité de 75 % d'ici 2035.
L'usine d'Emden, qui produit notamment la Volkswagen ID.7, fait partie des quatre usines dont l'avenir n'est pas assuré. ©Volkswagen

Le couperet est tombé. Le conseil de surveillance du groupe Volkswagen a donné son aval, à l'unanimité, au plan défendu par Oliver Blume, le patron du groupe allemand.

 

Il y aura donc 50 000 suppressions de postes supplémentaires d'ici 2030, dans toutes les fonctions, y compris de direction. Cela porte donc à 100 000 le nombre d'emplois qui vont disparaître, en ajoutant l'accord de 2024 qui en prévoyait déjà 50 000.

 

 

Une saignée historique pour Volkswagen et pour l'automobile allemande. Oliver Blume avait notamment annoncé que près de la moitié des nouvelles suppressions allaient concerner l'Allemagne.

 

Pour justifier son plan, baptisé Plan d'avenir 2030, le groupe affirme que "compte tenu de la pression concurrentielle mondiale croissante, des structures de demande en mutation et du changement technologique dans l'industrie automobile, une adaptation conséquente des capacités de personnel à la réalité économique est indispensable".

 

De plus, le groupe avait prévenu que la trajectoire financière actuelle n'était pas suffisante pour garantir à l'entreprise qu'elle "ait les moyens à long terme pour les nouvelles technologies, de nouveaux produits et ses sites".

 

Oliver Blume avait ajouté : "Si nous poursuivions en Allemagne comme jusqu’à présent, nous subirions durablement un handicap d’environ 1,5 milliard d’euros par an. C’est précisément pourquoi nous sommes confrontés à une forte nécessité d’agir."

 

Le patron veut fortement réduire les coûts pour éviter cela : "Aujourd’hui, nous nous situons environ 30 % au-dessus de la moyenne des entreprises comparables."

 

Quatre usines allemandes toujours sur la sellette  

 

La décision a été annoncée, le 3 septembre 2026, après une réunion de la commission de présidence du conseil, qui précédait une réunion plénière de l'organe de contrôle du groupe de Wolfsburg. Salariés et actionnaires, qui ont le même poids, y ont pris acte de l'existence d'une surcapacité de production de 500 000 véhicules en Europe.

 

Il a été constaté qu'"aucune charge de production ultérieure compétitive" ne pouvait actuellement être garantie pour quatre usines allemandes, à Emden, Zwickau, Hanovre et Neckarsulm, entre 2031 et 2034. Pour ces sites menacés, Volkswagen n'a toutefois pas franchi l'étape politiquement explosive d'une fermeture.

 

Si ces fermetures "ne sont pas décidées, elles ne sont pas non plus écartées", a commenté Ferdinand Dudenhöffer, expert du secteur automobile. "Des possibilités d'utilisation alternatives sont examinées", indique le groupe, qui veut élaborer d'ici mi-2027 une nouvelle organisation industrielle pour ses usines européennes.

 

Cette prudence a permis au directoire d'obtenir le soutien des représentants des salariés et d'éviter une crise sociale ouverte après près de deux ans de discussions tendues. "Nous avons lutté avec acharnement pour obtenir de bonnes solutions dans cette situation de crise", a déclaré Christiane Benner, présidente du syndicat IG Metall et vice-présidente du conseil de surveillance, dans le communiqué.

 

Daniela Cavallo, présidente du comité d'entreprise du groupe, a salué un projet destiné à préparer l'avenir de Volkswagen "sans que les mesures ne se fassent unilatéralement au détriment des salariés".

 

Une nouvelle stratégie en Chine ? 

 

Au-delà de la réduction des effectifs, le plan vise une refonte en profondeur du constructeur. Volkswagen prévoit de réduire de moitié sa gamme de modèles d'ici 2035 et de diminuer de 75 % la complexité de son offre.

 

Le groupe vise par ailleurs une marge opérationnelle de 9 % en 2030, contre à peine 3,8 % au premier semestre 2026. Il prévoit aussi 135 milliards d'euros d'investissement dans les usines, la recherche et le développement entre 2027 et 2031.

 

 

Si l'Europe va trinquer, le reste du monde n'échappera pas à la réorganisation. Les activités nord-américaines seront recentrées "sur les segments les plus rentables" explique le constructeur. Il ne s'est pas non plus montré très disert sur le dossier chinois : "Le groupe adaptera sa stratégie à un marché dont la croissance ralentit et renforcera ses exportations vers les pays du Sud global."

 

La stratégie "en Chine pour la Chine" déployée il y a peu ne semble pas avoir donné entière satisfaction et le pays pourrait donc devenir une base d'exportation régionale.

 

Les ventes avaient encore baissé de 8 % dans le pays en 2025 (2 694 000 unités) et la chute s'est accélérée au premier semestre 2026 avec -25,9 %, à 973 000 unités.

 

Revoir la gouvernance

 

Le groupe prévoit par ailleurs de "simplifier sa gouvernance", pour plus de rapidité, d'efficacité et de modernité.

 

Depuis des décennies, Volkswagen est sous l'influence conjointe du politique et des salariés : le Land de Basse-Saxe détient 20 % du capital et dispose d'une minorité de blocage sur les décisions stratégiques, tandis que les représentants du personnel bénéficient, via la cogestion, d'un poids déterminant au conseil de surveillance, notamment sur les questions touchant aux sites industriels.

 

Ce système, souvent critiqué pour sa lourdeur et parfois assimilé à celui d'une "entreprise d'État" par des observateurs, a longtemps limité la capacité du constructeur à mener des restructurations rapides. Le groupe va également passer au crible ses participations et il annonce qu'un tiers ne devrait pas résister à l'analyse. Des ventes de foncier et d'immobilier sont aussi à l'ordre du jour.

 

Pour Ferdinand Dudenhöffer, Volkswagen a surtout obtenu un "cessez-le-feu" et "un compromis meilleur que les discussions publiques douloureuses des 24 derniers mois." Mais Volkswagen n'est pas encore sorti de l'ornière. Le plus dur commence.

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