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Constructeurs

Avec les futurs Rafale et Scenic électriques, Renault ouvrira un nouveau cycle à l’usine de Palencia dès 2028

Publié le 27 août 2026

Par Grégory Pelletier
9 min de lecture
Après avoir commercialisé tous les véhicules du plan Renaulution (R4, R5, Megane, Austral…), Renault débutera à partir de 2028 un nouveau cycle annoncé par le programme FutuReady en mars 2026. L’usine espagnole de Palencia se convertira à l’électrique avec l’arrivée de la nouvelle plateforme RGEV Medium 2.0, inaugurée par les futurs Rafale et Scenic.
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En exclusivité, Le Journal de l’Automobile vous dévoile les futurs modèles qui seront assemblés dans l’usine Renault de Palencia en Espagne. ©JA/Grégory Pelletier

Avec les commercialisations de la Twingo et du Trafic Van E-Tech en 2026, qui achèvent l’exécution du plan Renaulution, une page se tourne chez Renault. Lancé en 2021 par l’ancien directeur général du groupe Renault, Luca de Meo, ce plan a remis le constructeur français sur les rails tant au niveau de l’image que des résultats commerciaux et financiers.

 

En mars 2026, son successeur, François Provost, a ouvert un nouveau cycle avec le plan stratégique FutuReady dont les premiers fruits arriveront à maturité à partir de 2028 avec le lancement de deux nouveaux produits.

 

Un programme revu et corrigé par François Provost

 

À l’époque de Luca de Meo, ce programme électrique, baptisé C-EV en interne, prévoyait trois silhouettes. Aux côtés d’un SUV coupé, le constructeur au losange envisageait un break à l’allure dynamique et un monospace compact, matérialisés par les concepts Emblème de 2024 et R-Space de 2026.

 

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Avec le concept R-Space, Renault a étudié le retour d’un monospace compact en électrique. François Provost, le directeur général du groupe Renault, n’a pas donné suite. ©Renault

 

Lors de la présentation de ce dernier, le 10 mars 2026, François Provost savait déjà que cette étude de monospace ne servirait qu’à la communication. Depuis son arrivée à la tête du groupe à l’été 2025, la stratégie a changé : le festival de nouveautés a cédé la place à une plus grande rigueur financière. Le dirigeant a donc tranché : le programme comptera deux véhicules au lieu de trois, avec, à la clé, plusieurs centaines de millions d’euros d’économies.

 

Le départ de Gilles Vidal chamboule le design

 

À l’été 2025, le retour chez Stellantis de Gilles Vidal, alors patron du design de Renault, a eu des conséquences sur ce programme. Les deux concept-cars, tout comme le SUV coupé en cours de développement, portaient ce qui devait devenir la nouvelle signature stylistique de Renault.

 

Laurens Van den Acker, directeur du design du groupe Renault, n’a dès lors pas eu d’autre choix que de remodeler les futurs Rafale et Scenic électriques. Selon nos sources, leur design a été revu plusieurs fois depuis l’arrivée d’Alexandre Malval à la tête du bureau de style Renault, en janvier 2026. Si la presse spécialisée imaginait déjà le SUV coupé avec les traits du concept Emblème, le Mondial de Paris, en octobre 2026, devrait révéler une autre orientation stylistique pour la marque.

 

Une nouvelle plateforme "RGEV Medium 2.0" maison

 

La partie technique de ce programme C-EV a également réservé des surprises. Dans le plan initial, Renault envisageait de partager la plateforme électrique inédite développée par Nissan pour les futurs Ariya et Qashqai électriques. Le constructeur français a finalement changé son fusil d’épaule. Dévoilée le 10 mars dernier par Philippe Brunet, directeur de l’ingénierie du groupe Renault, la nouvelle "RGEV Medium 2.0" est une évolution profonde de l’actuelle RGEV Medium des Megane, Scenic et Alpine A390.

 

 

Contrairement à la plateforme "RGEV Medium Van" du nouveau Trafic Van E-Tech, celle des futurs Rafale et Scenic n’adoptera pas une architecture 100 % SDV (Software Defined Vehicle, ou véhicule défini par logiciel), mais une solution hybride. La "RGEV Medium 2.0" marquera ainsi une étape intermédiaire avant le passage au DV AI (véhicule défini par l’intelligence artificielle), au-delà de 2030.

 

Deux raisons l’expliquent : le SDV se révèle plus complexe et plus coûteux à déployer que prévu, tandis que les constructeurs chinois travaillent déjà au développement du DV AI, appelé à s’imposer rapidement comme le nouveau standard. Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Le groupe Renault a ouvert, en juin 2026, un second centre de R&D à Hangzhou, en Chine, qui se consacrera précisément aux logiciels et à l’intelligence artificielle.

 

Coup de pression sur les coûts

 

Pour atteindre l’objectif d’une réduction de 40 % des coûts de cette nouvelle plateforme, François Provost impose une grande rigueur dans les budgets de développement et la chaîne d’approvisionnement, un domaine qu’il connaît sur le bout des doigts. Selon des sources internes, l’une de ses premières mesures a consisté à mettre systématiquement les fournisseurs habituels en concurrence avec leurs homologues chinois.

 

Partenaire du nouveau moteur électrique de troisième génération (E7A), Valeo en a fait les frais, le groupe ayant été jugé insuffisamment compétitif. Officiellement, cette machine électrique est développée par Renault et sera produite à Cléon. Officieusement, les équipements électriques périphériques, notamment l’onduleur, seront achetés auprès de fournisseurs chinois.

 

Résultat : ce moteur "7-en-1" sera 20 % moins cher tout en offrant 25 % de puissance supplémentaire, soit 275 ch. Il conservera sa technologie à rotor bobiné sans aimants, mais améliorera son rendement sur autoroute, son principal point faible, pour atteindre 93 %.

 

Pas de rupture technologique pour la batterie…

 

En cours de développement au Battery Center de Lardy (91), la nouvelle chimie LNMO (oxyde de lithium-nickel-manganèse) ne sera finalement pas déployée à partir de 2028, contrairement à ce qu’avait annoncé Renault en 2025. Bien que cette technologie présente l’avantage de combiner la densité du NMC et le coût du LFP, le constructeur misera sur ce dernier pour réduire le prix de ses SUV électriques.

 

S’il communique sur une autonomie "jusqu’à 750 km", qui correspondrait à une version longue autonomie, Renault prépare aussi, selon nos sources, une déclinaison offrant de 600 à 650 km. Selon toute vraisemblance, le constructeur s’appuiera sur CATL ou BYD.

 

Le recours au LFP, moins dense, est d’autant plus plausible que la batterie associera les architectures "cell-to-pack" (les cellules sont directement implantées dans le pack) et, grande nouveauté, "cell-to-body", qui fait de la batterie un élément structurel du châssis.

 

Ces deux technologies permettent d’embarquer davantage d’énergie dans un même espace, de réduire le poids et, par conséquent, le prix de revient de fabrication (PRF). L’adoption d’une architecture 800 V autorisera une recharge rapide en 15 minutes en 2028, puis en 10 minutes en 2030. À cette date, une évolution de la chimie est prévue, avec une hausse de la densité de 280 à 307 Wh/kg.

 

… mais le choix du range extender REEV

 

Avec ce programme C-EV, le constructeur privilégie clairement la baisse des prix à la course à l’autonomie pour rivaliser avec les constructeurs chinois. Mais pour rassurer les clients qui restent frileux face au 100 % électrique, Renault proposera une version électrique à prolongateur d'autonomie REEV (Range Extender Electric Vehicle). Elle pourra parcourir 1 400 km sans recharger et n’émettra que 25 g de CO2/km, soit nettement moins que les hybrides rechargeables.

 

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Le Rafale EV inaugurera en juin 2028 la troisième génération de moteur électrique E7A développé par Renault avec l’aide de fournisseurs chinois afin de baisser les coûts. ©Renault

 

Sur la base de la version 100 % électrique, les ingénieurs glisseront un moteur thermique sous le capot avant qui rechargera la batterie en roulant. Il développera "une puissance de 40 à 55 ch", selon Philippe Brunet, et ne sera pas emprunté à Geely, partenaire de Renault dans Horse, dont le système REEV C15 développe une puissance minimale de 90 ch.

 

Le groupe Renault pourrait donc puiser dans son propre catalogue et retenir un trois-cylindres atmosphérique, peut-être le 1.0 SCe. L’objectif est de proposer cette technologie à un prix inférieur à celui de la version 100 % électrique. Pour y parvenir, la capacité de la batterie LFP sera réduite de moitié afin de libérer de la place pour le réservoir d’essence ainsi que pour le catalyseur et l’échappement, positionnés sous les sièges avant.

 

Transition électrique à l’usine de Palencia

 

Après plusieurs semaines de tensions avec les syndicats en mai 2026, Renault a confirmé l’attribution du programme C-EV à l’usine espagnole de Palencia. Celle-ci sera la seule, en Europe, à produire des véhicules reposant sur la plateforme RGEV Medium 2.0. L’usine de Douai (59) perdra donc la production du remplaçant du Scenic en 2029.

 

À partir de 2027, le site de Palencia entamera les préparatifs industriels nécessaires à la fabrication de ses premiers véhicules électriques. Selon nos sources, la production commencera avec le Rafale électrique, en juin 2028. Le SUV haut de gamme sera proposé en version 100 % électrique (propulsion de 275 ch ou transmission intégrale de 500 ch) ainsi qu’en version électrique avec prolongateur d’autonomie REEV.

 

La suspension active et les quatre roues directrices 4Control seront reconduites. Le nouveau venu inaugurera toutefois la direction by-wire, sans liaison mécanique, puis le freinage by-wire dans un second temps. Le nouveau Scenic entrera en production sur la même base en avril 2029. Il sera suivi par son jumeau, le Mitsubishi Eclipse Cross, en juillet 2029. Au total, le volume annuel cumulé des trois véhicules est estimé à 150 000 unités.

 

Les Austral et Espace poursuivront leur carrière

 

Si la carrière de l’actuel Rafale s’arrêtera en 2028, celles des Austral et Espace se poursuivront à l’usine de Palencia, respectivement jusqu’en 2034 et 2032, selon nos informations. Les deux modèles bénéficieront donc d’un restylage et d’une mise à jour technologique en 2028. L’Austral connaîtra un ultime restylage vers 2031, avant la fin de sa carrière.

 

Sous le capot, les deux véhicules devraient inaugurer la troisième génération du système hybride (HEV), notamment grâce au moteur HR18 Evo. Celui-ci se glissera pour la première fois sous le capot des Austral et Espace en entrée de gamme, aux côtés du 1,2 hybride de 200 ch.

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