Antonio Filosa appelle Paris et Bruxelles à protéger l’industrie automobile européenne

Antonio Filosa attend des décisions rapides de la part des responsables politiques européens. Invité à s’exprimer lors de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) du Medef, le directeur général de Stellantis a concentré ses demandes sur deux sujets : la mise en place d’un véritable dispositif "Made in Europe" et l’assouplissement de la réglementation sur les émissions de CO₂ des véhicules utilitaires légers.
Pour le dirigeant, l’urgence est de rétablir des conditions de concurrence plus équilibrées face à la progression des constructeurs chinois. Ces derniers disposent désormais d’importantes capacités de production en Europe, auxquelles s’ajoutent leurs exportations depuis la Chine.
"Nous devons offrir aux acteurs automobiles des conditions de concurrence équitables. Pour cela, le Made in Europe doit devenir une obsession de l’administration", a-t-il affirmé.
Faire du Made in Europe une priorité à Bruxelles
Antonio Filosa a salué la position défendue jusqu’ici par la France. Il attend désormais que cette politique soit portée à l’échelle des Vingt-Sept et rapidement traduite dans les textes européens.
"Nous avons la chance d’avoir en France une administration politique qui soutient l’idée du Made in Europe depuis le premier jour", a-t-il souligné. Mais "nous devons maintenant porter une position forte et claire à Bruxelles".
Le directeur général de Stellantis demande des règles "simples, claires" et capables de récompenser les entreprises qui conçoivent et produisent réellement sur le continent.
Cette préférence européenne ne devrait donc pas reposer uniquement sur le lieu d’assemblage des voitures. Elle devrait également prendre en compte leur conception, leur ingénierie et l’utilisation de composants provenant de fournisseurs européens.
"Stellantis, Volkswagen et Renault sont d’accord sur l’importance de se concentrer sur l’Europe des Vingt-Sept et sur les constructeurs qui conçoivent, développent et utilisent des composants fabriqués par des fournisseurs européens", a assuré Antonio Filosa.
Le dirigeant met en avant l’ancrage industriel du groupe pour justifier cette demande. Selon lui, 86 % des véhicules vendus par Stellantis en Europe sont produits dans une usine européenne. Par ailleurs, 95 % seraient conçus par des ingénieurs français, italiens ou allemands.
Une flexibilité demandée pour les utilitaires
La seconde demande concerne la réglementation européenne sur les émissions de CO₂. Antonio Filosa ne remet pas en cause la trajectoire fixée aux voitures particulières. Mais il continue de plaider pour une révision de ceux concernant les véhicules utilitaires. ce que pour l'instant la Commission européenne n'a pas envisagé.
"Pour les voitures particulières, ce n’est pas aujourd’hui notre principale priorité. En revanche, pour les véhicules utilitaires légers, nous devons introduire une flexibilité très importante, car la demande n’est pas alignée sur la réglementation", a-t-il expliqué.
Maintenir les douze usines françaises
Ces demandes interviennent alors que l’industrie automobile européenne reste confrontée à d’importantes surcapacités. Le marché continental demeure inférieur d’environ trois millions de véhicules à son niveau de 2019.
En France, le groupe compte douze sites industriels et emploie environ 38 000 personnes. Antonio Filosa assure vouloir préserver cette implantation malgré la faiblesse du marché.
"Notre stratégie pour utiliser les capacités disponibles consiste à les partager dans le cadre de partenariats industriels intelligents", a-t-il indiqué. Interrogé sur le maintien des douze sites français dans cinq ans, il a répondu : "Je pense que oui." L'accord signé avec Dongfeng en mai 2026 lui permet cette assurance.
Le constructeur entend notamment accueillir dans certaines usines sous-utilisées des modèles issus de ses partenariats avec des groupes chinois. La co-entreprise créée avec Dongfeng à Rennes s’inscrit dans cette logique. L’objectif affiché consiste à augmenter le taux d’utilisation des sites sans fermer d’usines.
Mais pour Antonio Filosa, coopérer avec des entreprises chinoises ne dispense donc pas l’Europe de protéger son propre appareil industriel.
"Les constructeurs chinois sont déjà ici. Nous devons reconnaître cette réalité et travailler intelligemment", a-t-il résumé. Mais cette coopération doit, selon lui, s’accompagner de règles européennes donnant la priorité aux investissements, aux emplois et à la valeur créée sur le continent.
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